Il y a maintenant près de 10 ans que le Théâtre des Gobelins a vu le jour, avec une branche gastronomique également du Gobelin Gourmand. Les amoureux sont en couple depuis 20 ans et ils partagent la même passion pour les arts, les projets et l’univers du conte.
Les ateliers sont donnés par Danielle et Joël Lauzon auprès des plus jeunes dans les écoles de la région.
Plus jeunes, les deux étaient assez timides, mais lorsqu’ils ont été initiés à l’improvisation au secondaire, un feu sacré s’est déclenché. « L’impro nous a permis de nous ouvrir. Moi, par exemple, j’avais toujours la parole facile. Avec la famille, on faisait beaucoup de bénévolat, notamment au Foyer des Pionniers. Aussi, chaque année, on organisait un miniconcert et, parfois, on participait aux chars allégoriques. J’ai grandi dans cet univers, c’était normal pour moi. Pourtant, à l’école, j’étais une personne plutôt réservée », explique Danielle Lauzon, née Blais.
« Moi, c’est en 9e année que j’ai découvert le théâtre et l’improvisation. Ça a été une révélation. Avec mes cousins, on montait déjà de petits spectacles en famille, mais à l’école, je me faisais discret. C’est vraiment avec l’impro que tout a changé. Lors de mon premier tournoi, j’ai réalisé qu’il existait un monde où les gens partageaient les mêmes passions que moi », avoue Joël Lauzon.
Quand tu grandis à Hearst, si tu n’entres pas dans le moule de la normalité, c’est-à-dire jouer au hockey, faire de la motoneige et du quatre-roues, tu peux te sentir un peu à part des autres.
Mais dans l’impro, j’ai rencontré des gens qui trippaient sur les mêmes choses que moi. C’était un univers où les jeux de mots, l’intelligence et la vivacité d’esprit étaient mis de l’avant. J’ai trouvé ma place et je suis sortie de ma coquille.
Animé par le désir de partager sa nouvelle passion, M. Lauzon s’est impliqué avec les élèves de 8e année quand il était un étudiant du secondaire afin d’attirer plus de joueurs dans l’équipe d’impro de son école. Danielle et Joël Lauzon ont tous deux poursuivi des études en art d’expression à l’Université Laurentienne, un programme qui a depuis été supprimé.
Pendant leurs études, ils ont multiplié leurs expériences : spectacles littéraires de théâtre, tournées des écoles ontariennes, spectacles de marionnettes, du théâtre jeunesse, etc.
Après leurs études, ils ont entamé des carrières dans le domaine artistique à Sudbury, Joël ayant une spécialisation en cinéma et Danielle en folklore et ethnologie.
« Le folklore, c’est l’étude du peuple, le conte, la chanson folklorique, les traditions orales, les traditions en général », explique Mme Lauzon. « Nous avons commencé un cercle de conteurs à Sudbury, moi j’ai été président du Centre franco-ontarien de folklore pendant quelques années, jusqu’à ce que Danielle obtienne le poste de directrice générale de l’organisme », poursuit son mari.
Retour au bercail
Les années s’enchainaient et leurs carrières passionnantes prenaient beaucoup de leur temps et ils ont ressenti le besoin de revenir vers leur ville natale pour s’installer, fonder une famille et obtenir des emplois plus stables et prospères.
« La vie nous a ramenés ici. Sudbury, c’était bien, mais on travaillait des 70 heures par semaine pour un salaire de 45 000 dollars par an, même en tant que directeurs d’organismes provinciaux. On n’avait pas d’avenir à long terme. Revenir ici nous a offert une autre perspective. On a compris qu’on pouvait enfin faire nos propres projets, plutôt que de gérer ceux des autres depuis les coulisses. Aujourd’hui, on crée, on monte des spectacles, on vit pleinement notre passion. Et surtout, on a enfin le temps pour ça. »
Improvisation
Le projet local a été subventionné par Patrimoine Canada et le l’organisme Vice-Versa, en collaboration avec le Conseil des Arts de Hearst. Les écoles francophones en situation minoritaire ont la chance de pouvoir demander des fonds pour des projets qui auront un impact positif sur les élèves.
S’investir pleinement et développer des projets qui leur tiennent à cœur, c’est le slogan vital du couple, dorénavant. « Par exemple, depuis trois ans, Danielle et moi animons des ateliers d’improvisation dans les écoles secondaires. Chaque mercredi, nous entrainons les jeunes, en collaboration avec Stéphanie, l’enseignante responsable, qui adore l’impro, mais n’a pas nécessairement l’expérience pour l’enseigner seule », explique M. Lauzon.
Pour moi, il était impensable de voir l’impro disparaitre de l’école. J’ai moi-même vécu mon secondaire grâce à l’improvisation, et je ne sais pas si je serais la personne que je suis aujourd’hui sans cela.
Au Québec, les professionnels jouent dans la Ligue Nationale d’Improvisation. Toutefois, dans la francophonie ontarienne, peu de ligues se comparent à ce niveau de jeu. De leur côté, les Lauzon ont tenté de mettre sur pied une ligue universitaire sur le campus de l’Université de Hearst il y a quelque temps, mais ça se limitait plutôt à des soirées d’impro.
« L’idée était d’offrir un espace où même les élèves du secondaire peuvent jouer avec des adultes, ce qui est une expérience très différente pour nous. Nous pouvions dire plus de choses sans aller dans l’inacceptable », confie Danielle, qui travaille à l’établissement postsecondaire.
Concernant l’avenir du Théâtre des Gobelins, plusieurs projets sont en cours, notamment une nouvelle pièce de théâtre qui intègrera du conte et de la musique.
