Cette nouvelle formation rassemble Mimi O’Bonsawin, Sandrine Masse, Pako, Willows, Ivan Boivin-Flamand, Mariko, Velours Velours, Guillaume Arsenault et Luan Larobina. Tous les artistes poursuivent également une carrière individuelle, mais sur scène, le projet demeure collectif du début à la fin.
«Il n’y a personne qui a sa chanson solo sur l’album. C’est fait pour qu’on brille ensemble et qu’on s’élève les uns les autres», explique Willows, artiste métisse de la Rivière Rouge originaire du Manitoba.
Lorsqu’interrogée sur le processus de sélection des membres du groupe, elle affirme que c’est différent pour tous, la première cohorte du projet avait perduré pendant plus de sept ans et le public en redemandait. C’était donc impératif, il fallait créer la deuxième mouture.
Ayant de moins en moins de temps à consacrer au collectif à cause de leurs carrières solos, elle s’est retrouvée à participer avec l’ancienne gang.
«J’ai été appelée à quelques reprises vers la fin de la tournée de la première cohorte. On m’a ensuite proposé de faire partie de la deuxième. J’avais vraiment aimé jouer avec la première cohorte, alors j’ai accepté avec plaisir de poursuivre l’aventure avec un nouveau groupe d’artistes.»
Les membres du collectif s’accompagnent les uns les autres pendant tout le spectacle. Ils sont également appuyés par un batteur et un bassiste. La direction musicale est assurée par Ivan Boivin-Flamand, qui participait déjà à la première mouture de Nikamu Mamuitun.
Willows ne croit pas que le choix des membres a été fait au hasard. Au contraire, elle a l’impression que chaque personne est complémentaire aux autres, ce qui rend le tout plus harmonieux.
Sur scène, les voix se mélangent aux guitares, aux claviers, aux synthétiseurs, à la basse, à la contrebasse, à l’alto, au ukulélé et aux tambours autochtones. Willows joue pour sa part du piano, du Mellotron, de la guitare et de l’accordéon.
Un album écrit en cinq jours
Les chansons du nouvel album, intitulé Mamowi – Ensemble, ont été composées lors d’un blitz de création de cinq jours, en mai 2025. Plusieurs membres du groupe ne se connaissaient pas encore au moment de commencer le travail. Chaque participant ayant des idées et un fil conducteur, la composition des titres n’a pas été très longue, comme s’ils étaient faits pour créer ensemble.
«Je n’avais jamais vécu ça auparavant. C’était vraiment spécial», raconte Willows.
Le collectif a réussi à créer plus de chansons qu’il n’en fallait. Les artistes ont ensuite sélectionné celles qui formaient l’ensemble le plus cohérent. L’enregistrement s’est déroulé pendant environ une semaine au Studio Makusham de Florent Vollant, à Maliotenam.
Ce séjour a notamment donné lieu à une collaboration inattendue avec le membre fondateur du groupe Kashtin. Après avoir entendu l’une des chansons, Florent Vollant a proposé d’y ajouter des paroles en innu-aimun. Il a ensuite aidé le groupe à traduire le refrain.
Pour Willows, cette rencontre a laissé une empreinte importante sur l’album, Florent Vollant est l’un des grands de la musique des Premières Nations canadiennes, ayant eu un succès mondial en chantant dans sa langue maternelle, l’innu. «Il nous a offert ça avec beaucoup de générosité. Il s’est impliqué dans le processus de création de cette chanson-là. Ça a vraiment amené une belle couleur», souligne-t-elle.
Des langues qui se rencontrent
Le français, le michif, l’atikamekw et l’innu-aimun se côtoient sur l’album. Plusieurs langues peuvent même se retrouver à l’intérieur d’une seule chanson.
Cette diversité linguistique était l’une des priorités du collectif. Willows réapprend elle-même le michif et a pu le chanter dans quelques pièces.
Les chansons abordent entre autres l’amitié, le territoire, les identités culturelles et la relation avec les langues. La rencontre demeure toutefois le principal fil conducteur de l’album.
«Il est question d’apprendre à se connaître et de mettre nos cultures de l’avant à travers nos langues. Certaines chansons parlent directement de la réappropriation linguistique. Quelques membres ont grandi dans leur langue, tandis que d’autres sont en train de la réapprendre», raconte l’artiste. «Nous partageons ces réalités. D’autres chansons parlent d’amitié. Les thèmes tournent autour de la rencontre au sens large, mais aussi du territoire ainsi que du lien avec nos langues et nos cultures.»
Cette écoute est également essentielle sur le plan musical. Avec autant d’artistes et d’instruments réunis sur scène, chacun doit savoir laisser de l’espace aux autres.
«Il faut s’écouter pour que ça reste beau et mélodique, puis pour qu’il y ait de la place pour tout le monde», ajoute Willows.
Un spectacle accessible au-delà des mots
Selon elle, il n’est pas nécessaire de comprendre toutes les paroles pour apprécier le spectacle. Les artistes prennent le temps de présenter les chansons, mais la musique permet aussi de transmettre les émotions au-delà de la langue.
«Les gens ressentent des choses même s’ils ne comprennent pas chaque mot. La langue n’est pas une barrière. La musique réussit à faire ça», affirme-t-elle.
Les réactions recueillies depuis le début de la tournée sont d’ailleurs très positives. Après les spectacles, plusieurs spectateurs restent sur place pour discuter avec les artistes et en apprendre davantage sur les langues et les cultures représentées.
Le spectacle se termine avec un makushan, une danse rassembleuse au son du tambour à laquelle le public est invité à participer.
«Tout le monde se lève et on se retrouve dans la même énergie. Ça fait du bien au cœur», raconte Willows.
Originaire du Manitoba et maintenant établie à Montréal, l’artiste connaît déjà bien les communautés francophones à l’extérieur du Québec. Elle a souvent joué en Ontario et s’est produite à quelques reprises à Hearst. Elle voit plusieurs ressemblances entre les Franco-Manitobains et les Franco-Ontariens.
Nikamu Mamuitun poursuit maintenant la tournée de sa deuxième cohorte, après une première mouture qui avait parcouru les scènes pendant sept ans. Pour Willows, la longévité du projet démontre que le public demeure intéressé par cette rencontre entre les cultures.
«Il se passe quelque chose d’un peu magique avec cette gang-là. C’est un spectacle chaleureux et rassembleur. En ce moment, je pense qu’on a besoin de spectacles qui font du bien comme celui-là.»
