À cette occasion, elle a accepté de revenir sur son riche parcours, ses réalisations et quelques-uns des moments marquants de sa vie. Résidente de Hearst et issue d’une grande famille originaire du Québec, Mme Rose Lecours a fêté ses 105 ans dans une ambiance très festive, puis le chanteur Angelo était accompagné de Lise Camiré Laflamme, sa filleule.
Lorsqu’une personne atteint l’âge exceptionnel de 105 ans, comme c’est le cas pour Mme Lecours, on pourrait s’attendre à de profonds changements en matière de comportement, surtout en ce qui concerne les capacités cognitives par rapport aux autres tranches de vie, mais cette vieille femme qui pourrait être la plus âgée à Hearst garde toujours sa bonne mémoire.
Liliane, Hugette et Francine, les trois filles de Rose Lecours, étaient très émues de pouvoir célébrer une autre année de la vie de leur mère, qui est toujours en bonne santé et capable de jaser avec les gens, tout en étant l’une des rares, voire l’unique personne, à avoir résidé à Hearst pendant cent années consécutives.
Rose Lecours, lors de sa rencontre avec le journal Le Nord, est revenue sur son enfance à la campagne, où elle vivait avec ses parents un peu loin de Hearst, dans le bois, ses frères ainsi que sa sœur, qui était la dernière de la famille.
«Quand on a sorti du bois pour venir en ville, j’avais 19 ans et je restais toujours avec ma mère. Mon père avait acheté une belle maison en ville. On était deux filles dans la famille, ma sœur et moi, et les restes étaient tous des garçons. On était bien, j’ai grandi dans cet environnement et puis ma mère m’a montré à cuisiner, à broder et à faire plein d’autres affaires (…).»
La ville de Hearst a entretemps connu de grands changements, dit-elle, rappelant que lorsque sa famille venait tout juste s’installer dans le Nord-Est de l’Ontario, vers les années 1924, alors qu’elle avait deux ans, les francophones étaient minoritaires et tout se déroulait en anglais, mais les activités du bois d’œuvre ont fait que pas mal de gens sont venus d’autres provinces, notamment du Québec, ainsi que de la France et finalement se sont implantés dans le Nord.
Après s’être mariée avec Maurice Lecours, Rose s’est lancée dans le domaine de l’entrepreneuriat, ce qui l’a le plus marquée dans sa vie. Elle avait acheté un vieux magasin, l’a réfectionné pour faire du commerce et y a travaillé pendant dix ans en tant que commerçante, avant de bâtir le gros édifice qui abritait son magasin, nommé Maurice Lecours (LTD), au 817 rue George.
«Mon magasin était en plein centre-ville, en face du théâtre, et je vendais un peu de tout. Il y avait par exemple des vêtements d’hommes, de femmes, d’enfants, des chaussures et plein d’autres affaires. Maintenant, j’ai vendu tout l’édifice à ma fille Francine. Je me rappelle lorsqu’on a bâti le magasin, j’avais demandé à mon beau-père pourquoi on ne mettait pas la business à mon nom. “Il m’avait répondu non, une femme, quand elle a de l’argent, ça devient fou” (…)», raconte-t-elle, en s’éclatant de rire et ajoutant que son beau-père était très sévère.
À l’âge de 105 ans, Mme Lecours est aujourd’hui très fière de tout ce qu’elle a eu accompli auprès de son mari et de voir tous ses enfants réussir leur vie.
«Je pense que mon secret de vivre aussi longtemps c’est de m’occuper de ma famille, ma santé et mes affaires. Ma santé est toujours bonne. Ce n’est rien de spécial, mais juste que j’ai réussi assez bien ma vie de même que d’avoir bien élevé mes enfants et travaillé pendant 37 dans mon magasin avec mes employés.»
Après avoir pris sa retraite et vendu son entreprise, Rose Lecours a profité de son temps en commençant à faire de la couture, c’est-à-dire à fabriquer des courtepointes, ce qui lui a permis de faire beaucoup de dons à des personnes dans le besoin, par exemple à Timmins parmi les survivants des écoles résidentielles, et en République dominicaine via son amie Linda Proulx qui partait là-bas chaque année dans le cadre d’un voyage humanitaire.
«J’ai fabriqué des courtepointes jusqu’à l’âge de 102 ans et c’est après que je me suis rendu compte que je ne pouvais plus. Je suis maintenant ici, au Foyer des Pionniers, depuis plus de deux ans. Je ne voulais pas déranger mes enfants et leur famille (…).»
Quant à son mari, Maurice Lecours, il avait son entreprise dans le bois et, dit-elle, ce dernier était très heureux d’effectuer ses activités dans le domaine forestier, soulignant que la compagnie Lecours Lumber à Constance Lake, la plus grande scierie indépendante actuellement en Ontario, appartenait à son beau-père.
Enfin, Rose Lecours aime bien sa résidence actuelle, contrairement à ce qu’on entend souvent de certaines personnes du troisième âge qui ont parfois peur d’aller vivre dans un foyer pour soins de longue durée.
Mme Lecours a confirmé au journal Le Nord que les employés du Foyer des Pionniers qui prennent soin d’elle «sont gentils et doux, ne sont pas vulgaires et agissent avec un bon comportement». Rose Lecours a conclu en disant qu’elle reçoit de bons traitements et se sent très bien, en santé, en sécurité et en paix malgré son âge.
