le Jeudi 6 août 2026
le Jeudi 6 août 2026 14:31 Opinions

Lettre à l’éditeur : Amour oral

J’en ai plein mon casque de l’… habitude, encore bien présente chez plusieurs francophones de Hearst, de ne pas s’affirmer. À force de vouloir être accommodants, nous avons rendu possible l’impensable : qu’une personne anglophone puisse vivre toute sa vie dans l’une des villes les plus francophones de l’Ontario… sans parler un seul mot de français.

Lettre à l’éditeur : Amour oral
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Ce n’est pas un reproche envers les individus, mais un constat collectif. Comme tant d’autres communautés francophones, nous nous adaptons, nous nous excusons, nous changeons de langue pour faciliter la vie des autres… et, sans le vouloir, nous entretenons l’idée que l’anglais domine, même ici.

Là où le bât blesse :

  • des commerces affichés presque uniquement ou en anglais seulement ;
  • et, plus préoccupant encore, des commerces dont les propriétaires francophones eux-mêmes optent pour l’anglais, ce qui nuit directement à notre affirmation collective ;
  • des publicités d’évènements majeurs en anglais ;
  • des anglophones installés ici depuis des décennies sans avoir appris le français ;
  • et certaines personnes anglophones qui comprennent le français —parfois même le parlent— mais choisissent de ne pas l’utiliser, plaçant ainsi la charge linguistique sur les francophones ;
  • des enfants qui comprennent très tôt que l’anglais «compte plus» ;
  • des employés des commerces et des services publics unilingues anglophones dans une ville pourtant francophone ;
  • et la disparition de la Saint‑Jean, autrefois si vibrante, symbole de ce qui arrive quand on cesse de célébrer qui l’on est.

Ce n’est pas un problème de personnes. C’est un symptôme : celui d’une difficulté à nous affirmer.

Et soyons honnêtes : dans plusieurs régions du Québec où les anglophones sont nombreux, jamais on n’embaucherait des unilingues francophones pour les servir. Là-bas, ce serait impensable. Ici, nous l’acceptons presque comme normal.

Quand nous parlons systématiquement en anglais aux anglophones, nous leur retirons l’occasion, et parfois même la permission implicite, d’apprendre le français. Certain(e)s aimeraient le faire, mais doivent presque s’affranchir pour y arriver.

Pourtant, l’intégration est possible et belle. Je pense à des anglophones respectueux qui ont choisi d’apprendre le français, comme Victor Granholm, ou comme ma mère, qui a appris la langue, enseigné la natation, et qui sert aujourd’hui ses clientes et clients de la popote roulante en français.

Hearst, je te parle par amour.

Je suis fier de ta radio, de ton journal, de tes commerces, de tes employé(e)s qui nous servent en français. Fier des anglophones qui ont choisi de s’intégrer réellement. Fier de l’accueil chaleureux que tant de visiteurs nous décrivent.

Mais parce que je t’aime, je me permets de partager mes préoccupations.

Il n’est jamais trop tard pour s’affirmer. Il n’est jamais trop tard pour être fier de notre francophonie.

Cet appel s’adresse à toutes et à tous : citoyennes, citoyens, commerces, organismes, institutions, et oui, à notre conseil municipal. Affirmer notre langue n’est pas un geste politique : c’est un geste de cohérence, de respect et de fierté.

Nous avons tout ce qu’il faut pour être un modèle.

Il ne manque qu’une chose : le courage collectif de dire que le français mérite sa place.

Alors, montrons‑le. Ensemble.

Bienvenue chez nous. Hearst, c’est différent !

Gilles Trahan