L’OCS a 25 ans. Elle est née d’ententes frontalières entre la Chine et la Russie, presque une formalité diplomatique à l’époque. Aujourd’hui, elle rassemble une part considérable de la population mondiale et des économies qui ne s’organisent plus systématiquement autour de Washington ni des institutions issues de l’après-guerre. Le commerce entre la Chine et les autres membres de l’OCS, presque insignifiant en 2001, se chiffre maintenant en centaines de milliards de dollars par année.
Ce n’est pas une révolution soudaine. C’est plutôt une tendance de fond, patiente, qui avance pendant qu’on regarde ailleurs.
Pendant des décennies, on a vécu —nous en Occident surtout— dans un monde qu’on pouvait décrire avec un seul centre de gravité. Ce n’est plus tout à fait vrai. De nouveaux réseaux économiques se construisent. De nouvelles alliances politiques se solidifient. De nouvelles infrastructures —chemins de fer, pipelines, banques régionales— relient des pays qui, il y a une génération, avaient très peu à faire ensemble.
Pourquoi ça nous concerne, ici à Hearst ? Parce qu’un monde à plusieurs centres n’obéit plus aux mêmes règles qu’un monde à un seul centre. Les alliances se recomposent. Les rapports de force se négocient différemment. Et l’incertitude qui en résulte —sur le commerce, sur la sécurité, sur les prix qu’on paie à l’épicerie— vient justement de là : personne ne mène plus la danse seul.
Je ne prétends pas ici prédire où tout ça mène. Mais nommer la tendance, c’est déjà se donner une longueur d’avance pour comprendre les nouvelles qui viendront —parce qu’elles viendront, plus vite qu’on pense.
Demain, c’est maintenant. Et le centre du monde, lui, s’est mis à bouger.
