Pourtant, l’histoire est têtue. En 1962, Kennedy et Khrouchtchev se sont parlé pendant que le monde retenait son souffle au-dessus de Cuba. Mandela a négocié avec le régime qui l’avait emprisonné pendant 27 ans. L’Irlande du Nord a trouvé la paix autour d’une table où s’assoyaient d’anciens ennemis. Aucun de ces dialogues n’était une approbation. Tous étaient une nécessité.
On m’objectera Munich, en 1938, où la discussion a nourri l’agresseur. C’est vrai. Mais on sert aujourd’hui Munich à toutes les sauces pour disqualifier toute diplomatie. Et quand on frappe un pays en pleine séquence de négociations, comme ce fut le cas avec l’Iran, on envoie un message terrible : parler ne sert à rien.
Il faut aussi de l’humilité. Qui peut désigner le mal sans se regarder lui-même ? Chaque camp se raconte comme celui du bien. J’ai grandi dans un monde où la Russie et la Chine étaient des ennemis naturels, presque par définition. On ne m’a jamais vraiment expliqué pourquoi. On me l’a simplement répété.
Le mal existe peut-être. Mais il surgit plus souvent comme un symptôme que comme une volonté : des peurs, des humiliations, des intérêts qui s’entrechoquent. Traiter un symptôme en diabolisant le malade n’a jamais guéri personne.
Juger des actes, oui. Condamner l’inacceptable, oui. Mais refuser d’écouter, c’est se condamner à ne rien comprendre, et donc à recommencer.
Alors voici un petit réflexe à garder cette semaine. Quand un discours vous dit que parler est une faiblesse, posez-vous une question simple : à qui profite le silence ?
