Le sommet de cette année, à New Delhi, marquait les 20 ans du groupe. Le document final, la Déclaration de New Delhi, compte 140 points. Trois éléments méritent qu’on s’y attarde.
D’abord, une demande de réforme des grandes institutions internationales —l’ONU, les institutions financières issues de l’après-guerre— pour qu’elles reflètent mieux le poids économique actuel des pays du Sud global, plutôt qu’un ordre figé depuis 80 ans.
Ensuite, une critique commune des sanctions unilatérales imposées sans l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU —une position qui vise, sans le nommer directement, le recours de plus en plus fréquent des États-Unis à ce genre de mesures.
Enfin, sur les conflits en cours —Ukraine, Moyen-Orient— le groupe est resté prudent. Un appel général à la «retenue» et au dialogue, sans condamner personne nommément. C’est révélateur : même entre eux, les membres du BRICS ne s’entendent pas sur tout. La Russie, l’Iran et les Émirats arabes unis, par exemple, ne partagent pas les mêmes intérêts dans le conflit au Moyen-Orient. La déclaration commune est un compromis, pas un consensus profond.
Ce qui frappe, c’est moins le contenu précis que le geste lui-même : onze pays, aux intérêts souvent divergents, arrivent quand même à s’entendre sur un texte commun qui conteste poliment, mais fermement, l’ordre établi depuis la Deuxième Guerre mondiale.
Est-ce que ça annonce un nouveau système mondial cohérent ? Non —pas encore, et peut-être jamais sous cette forme précise. Les tensions internes au groupe sont réelles. Mais une chose semble claire : le statuquo, lui, ne tient plus. Les acteurs changent, les alliances se recomposent, et personne —nous inclus— ne sait encore avec certitude ce qui va en émerger.
Demain, c’est maintenant. Et cette fois, ce ne sont plus les mêmes qui écrivent le scénario.
