L’établissement a précisé dans son communiqué que le directeur général est principalement responsable de l’administration et de la gestion de l’organisation, mais qu’il n’offre pas de soins de première ligne.
En d’autres termes, le conseil veut clairement dire que la nomination d’un dirigeant ne parlant pas français ne diminue pas l’obligation légale de l’établissement ni sa capacité à offrir des services en français.
De son côté, Fabien Hébert a admis que dans son communiqué, l’établissement a bien réitéré son engagement à maintenir la francophonie, mais cela ne le rassure pas, car la nomination d’un directeur général anglophone pourrait changer de façon fondamentale la culture organisationnelle au sein de l’Hôpital Notre-Dame.
Autrement dit, explique M. Hébert, les rencontres vont se tenir en anglais, les procès-verbaux vont probablement être rédigés en anglais, ainsi que tous les échanges d’équipe, ce qui va donner une place beaucoup plus prépondérante à la langue anglaise à l’intérieur de l’organisation.
«Donc, lorsqu’un haut dirigeant d’un organisme croit ou poursuit certains engagements, c’est sûr que pour lui, il n’y aura pas de réflexe naturel de mettre la francophonie en premier parce que ça ne fait pas partie de sa nature (…). Pour moi, c’est difficile de défendre quelque chose qu’on ne comprend pas. Et puis, je ne suis pas convaincu de la culture et de la réalité francophones du nouveau directeur général.»
M. Hébert comprend que le rôle d’administrateur d’une institution de santé n’est pas du tout facile, faisant allusion aux membres du conseil de l’Hôpital, parce qu’il y a toujours de grandes décisions à prendre et de grands enjeux. Mais comme ils ont déjà embauché un directeur général non francophone, ce qui reste, c’est de mettre des mesures en place pour s’assurer que la culture, l’environnement et la langue de travail ne changent pas.
Fabien Hébert poursuit dans le même ordre d’idées concernant la position des membres du conseil dans leur communiqué où ils ont mentionné que «la capacité de l’Hôpital à offrir des services en français est une responsabilité organisationnelle permanente qui ne dépend pas de la langue parlée par un seul membre de l’équipe de direction», mais, dit-il, l’inquiétude n’est pas à court terme.
«Le directeur n’arrivera pas demain matin et changer tout le règlement de l’Hôpital, mais on craint des changements progressifs sur le mode de fonctionnement à long terme», se justifie-t-il, ajoutant que possiblement, d’autres personnes ayant des compétences similaires auraient pu postuler si le conseil avait enlevé l’aspect linguistique pour tous les candidats et affiché de nouveau le poste sans exigences linguistiques.
Pour lui, l’impact clair de la décision du conseil d’administration de l’Hôpital est le fait d’aller de l’avant avec l’embauche et puis de changer les critères de sélection pendant le processus, alors que si le poste avait été affiché sans l’exigence linguistique, à ce moment-là, on aurait pu avoir une liste de candidats différents.
«On va se poser la question suivante : est-ce qu’une école francophone aurait accepté d’embaucher un principal anglophone, ou une direction d’éducation anglophone dans un conseil scolaire francophone ? Non, ça n’aurait pas pu se produire parce que la capacité de parler le français est une exigence du poste (…). Mais, il paraît que le conseil d’administration de l’Hôpital a choisi de changer d’avis sur les exigences linguistiques pour le poste, et c’est déplorable.»
Cependant, le président de l’AFO a rappelé que le fait de parler des compétences linguistiques de quelqu’un ne veut pas dire qu’on est en train de critiquer ses croyances ou ses compétences professionnelles. Toutefois, il remet en question le fait que ce directeur-là ne parle pas français dans un poste où il devrait être bilingue ou même être francophone pour que ça soit plus bénéfique pour la communauté.
D’autre part, M. Hébert a évoqué l’un des problèmes du système de santé ontarien, car selon lui, la province n’a pas d’entente de réciprocité avec d’autres pays francophones pour accepter les médecins qui viennent de là-bas, comme le fait le Québec.
«Le Québec, eux, recrutent des médecins francophones en France et ils viennent directement travailler sans avoir besoin de refaire leurs études de médecine ou de faire deux ans de résidence pour prouver leurs compétences. Nous, en Ontario, on a une entente avec des pays qui sont anglophones et on va recruter en Angleterre, en Australie et aux États-Unis ; ce sont tous des pays qui font partie de nos ententes de réciprocités.»
