(Par Steve Mc Innis)
Personnellement, des spectacles de festival, j’en mange, je prévois souvent mes destinations vacances selon le nom des artistes des nombreux festivals.
Après avoir assisté au spectacle d’Angine de Poitrine au Festival de Jazz de Montréal et La Chicane au HOG de Hearst, une question mérite d’être posée : est-ce que la qualité d’un spectacle se mesure au nombre de personnes présentes ? Est-ce meilleur dans les grands centres avec de grosses foules ou moins de monde dans de petites communautés ?
En région, les festivals ne disposent pas toujours des mêmes moyens. Les budgets sont souvent plus modestes, les équipes plus petites et les ressources techniques peuvent être limitées. Pourtant, cela ne signifie aucunement que l’expérience offerte au public est moindre. Bien au contraire.
Dans un festival régional, le spectateur ne se retrouve pas nécessairement dans une foule anonyme. Il peut avoir l’impression de participer à un véritable évènement communautaire. On y croise des voisins, des amis, des familles et des gens qui ont parfois parcouru plusieurs kilomètres pour se retrouver. Le spectacle devient alors beaucoup plus qu’une prestation sur une scène : il devient un moment rassembleur.
En plein centre-ville de Montréal, mon expérience au Festival de Jazz de Montréal de cet été fut assez pathétique. Il y avait tellement de monde qu’il était impossible de voir la scène et encore moins entendre un son de qualité.
À un certain moment, on était incapable de reconnaitre les tounes, même que j’ai découvert à la mi-spectacle que ce n’était pas Angine de Poitrine qui jouait, c’était plutôt Patrick Watson ! Peu importe, il y avait tellement de monde que j’ai même craint pour la sécurité de mes amis et moi. Nous étions écrasés les uns sur les autres.
Après cette torture, au diable le show, on s’est ramassé dans un restaurant japonais à manger des choses que j’étais incapable de nommer.
Dans les grands centres, la force réside souvent dans la diversité et la capacité d’attirer des artistes de grande renommée. Les moyens financiers permettent de présenter des productions plus spectaculaires, mais à quel prix pour le spectateur alors qu’une limonade avec rhum te coute 21 $.
Les festivals régionaux jouent cependant une autre carte : celle de la proximité. Cette proximité a une valeur qui mérite d’être reconnue. Lorsqu’un artiste se produit devant quelques centaines ou quelques milliers de personnes dans une communauté, son spectacle peut avoir un impact disproportionné par rapport à sa taille. Il contribue à faire vivre le milieu, à attirer des visiteurs, à soutenir les commerces locaux et, surtout, à créer un sentiment de fierté.
Il est non négligeable d’ajouter que la proximité entre l’artiste et les spectateurs peut être enviée par les groupies des grands centres.
Il serait donc injuste de comparer directement les festivals régionaux aux grandes manifestations des métropoles en utilisant uniquement le nombre de spectateurs, le budget ou la renommée des artistes. Ce serait comparer des réalités qui ne jouent pas avec les mêmes règles.
La véritable comparaison devrait plutôt porter sur ce que ces évènements apportent à leur communauté.
Un grand festival peut faire rayonner une ville à l’échelle nationale. Un festival régional, lui, peut donner à une petite communauté l’impression que le monde vient à elle. Et dans des régions où les occasions de voir de grands spectacles sont moins nombreuses, cette différence compte énormément.
Il faut aussi reconnaître que les festivals en région font face à des défis particuliers : distances, coûts de transport, disponibilité des artistes, commandites moins nombreuses et bassins de population plus restreints. Malgré cela, des organisateurs et des bénévoles continuent de créer des évènements qui demandent souvent autant de passion que de travail.
C’est peut-être là que se trouve la véritable richesse des festivals régionaux.
Ils ne cherchent pas nécessairement à être les plus gros. Ils cherchent à être importants pour leur communauté.
À l’heure où l’on parle beaucoup de vitalité régionale, d’attraction touristique et de rétention des populations, il serait peut-être temps de reconnaître davantage le rôle culturel et économique de ces évènements. Parce qu’une scène régionale qui réussit à rassembler une communauté, à attirer des visiteurs et à offrir une expérience mémorable n’a rien d’une petite scène.
Elle est simplement une scène qui joue un rôle différent.
Et parfois, c’est précisément dans ces petites communautés que les grands moments prennent toute leur dimension.
Steve Mc Innis
