L’auteur de cette bande dessinée, Jacques Poirier, professeur en sciences humaines et sociales interdisciplinaires, est revenu avec quelques explications sur ce qui l’a inspiré à écrire ce livre, le choix de son titre très frappant, la façon dont il a travaillé conjointement avec Christian Quesnel sur la documentation et le réalisme historique, ainsi que la réaction des gens de la région après la publication.
M. Poirier a rappelé qu’il a écrit dans le passé des articles de revues scientifiques et historiques sur l’histoire de Reesor Siding et, d’ailleurs, il l’a même enseigné auparavant à des étudiants à l’Université de Hearst avec sa collègue Danielle Colombe.
Jaques Poirier
Or, pour cette bande dessinée, dit-il, il a contacté par pur hasard Christian Quesnel en tant qu’illustrateur, qui est son ami de longue date depuis plus de vingt ans, et ce dernier a automatiquement accepté de travailler avec lui sur ce projet.
«Lorsque j’ai dit à Christian que je travaillais sur Reesor Siding, il m’a dit que ça ferait une super bande dessinée et qu’on devrait travailler là-dessus. Moi, je n’ai pas répondu tout de suite, mais peu de temps après, il m’a envoyé la première planche de la bande dessinée. Et puis là, je lui ai dit “oui”, on peut commencer le projet.»
Tout au long de la réalisation, M. Poirier a révélé qu’ils ont structuré leur travail de telle sorte que c’était lui qui envoyait du matériel à Christian, tel que des photos, des articles, des coupures de journaux et des résumés, tous portant sur l’histoire de la compagnie Spruce Falls Power and Paper et les syndiqués grévistes.
Contrairement à ce qui se fait habituellement entre un scénariste et un illustrateur dans un projet de livre, le professeur nous a confié qu’il avait laissé le champ libre à M. Quesnel.
«L’entente que j’avais avec Christian, c’était qu’il avait carte blanche sur les dessins et les images pour faire la chronographie. Il y avait, à quelques occasions, que j’ai scénarisé les planches. Comme c’est son domaine, j’avais dit que “je vais le laisser” pour voir ce que ça va donner.»
Quant à lui, Christian Quesnel a créé une ambiance marquée par le froid, la tension et la violence du conflit, représenté clairement les personnages, les lieux et les évènements historiques, et utilisé son style pour rendre l’histoire plus émotive et réaliste.
Jacques Poirier et Christian Quesnel dans les locaux de radio Canada pour présenter la bande dessinée.
Étant donné que les évènements de l’histoire de la compagnie Spruce Falls Power and Paper se sont déroulés le 11 février 1963, en plein hiver, ces deux créateurs voulaient proposer un titre percutant à la bande dessinée, ce qui justifie l’intitulé de ce livre Du sang sur la neige.
«Il y avait eu trois personnes qui sont décédées et huit qui ont été blessées du côté des syndiqués et on trouvait que c’est un titre intéressant. Et puis, une des sources d’inspiration pour le titre est un article d’un journal de l’époque qui s’appelait Allo Police. Et il y avait une photo où on voyait des traces de sang sur la neige (…)», a-t-il précisé.
Toutefois, Jacques Poirier a regardé beaucoup de documentation en utilisant divers outils afin de préserver l’histoire dans toute sa véracité avant de la reproduire dans la bande dessinée avec son collègue.
En fait, M. Poirier a effectué sa recherche au Centre d’archives de l’Université de Hearst. Il a aussi travaillé avec les fonds d’archives du syndicat de la compagnie en question et quatre autres fonds d’archives où se trouvaient des photos, des rapports de police et des retranscriptions de procès, tout en consultant également des ouvrages de quelques historiens spécialistes des évènements de Reesor Siding, ainsi qu’en entreprenant d’autres démarches auprès des archives de l’Ontario.
En ce qui concerne la réaction des gens de la région après la publication du livre, le professeur a admis que, dans la grande majorité des cas, les commentaires sont très positifs.
«Ce que j’ai trouvé intéressant c’est qu’autour de cet évènement-là, les gens de la région n’en ont pas parlé parce qu’on avait un peu une honte de ce qui s’était passé. Et puis, cet évènement-là a polarisé des communautés et des familles parce qu’il y avait des gens qui étaient dans les deux côtés (…).»
Depuis la parution du livre, ajoute-t-il, plusieurs personnes sont venues le rencontrer en disant : «Mon oncle, mon père ou mon grand-père était présent, ou a vécu cet évènement-là, mais il ne m’en a jamais parlé de ces faits».
