le Mercredi 3 juin 2026
le Jeudi 12 février 2026 11:19 Société

Un acte de reconnaissance qui célèbre la culture et l’héritage

Méthode Babassagana (à droite) entouré de sa famille — Photo de courtoisie
Méthode Babassagana (à droite) entouré de sa famille
Photo de courtoisie

La perception des gens à l’égard du Mois de l’histoire des Noirs est assez variée, notamment quant à la façon dont il est célébré partout au Canada, et il représente beaucoup de choses à la fois, qu’elles soient personnelles, culturelles ou sociales.

Un acte de reconnaissance qui célèbre la culture et l’héritage
00:00 00:00

Méthode Babassagana, président de l’Association de la communauté africaine de Hearst, a donné son point de vue en tant que personne d’origine camerounaise vivant au Canada depuis trois ans, sur de nombreux aspects, selon lui, qui pourraient être autour de cet acte de reconnaissance visant à célébrer l’histoire et la contribution des personnes d’origine noire.

Il a rappelé qu’en premier lieu, dans son pays d’origine, la communauté est accoutumée à la valorisation des Noirs dans le monde par leur histoire, leur culture et leur identité, en passant par tout ce qui est lié à la traite négrière.

Autrement dit, il existait un commerce d’êtres humains africains réduits en esclavage et déportés vers les Amériques, qui était présent à l’époque, entre le XVe et le XIXe siècle, mieux connu sous le terme de «commerce triangulaire», qui se faisait entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique.

«On est quand même familiarisé à tout ça et lorsque je suis arrivé au Canada, en février 2023, j’étais invité à l’Université de Hearst au campus de Timmins pour assister à un évènement qui célébrait la fête des Noirs. On avait partagé beaucoup de choses et il y avait plusieurs repas qui ont été distribués.»

M. Babassagana reconnaît qu’il est un peu difficile de parler de l’histoire des Noirs sans qu’il y ait quelque chose qui heurte.

«Mais, depuis que j’ai appris qu’il y a un mois pour l’histoire des Noirs, pour moi ça représente un peu la fenêtre ouverte qui va permettre que les uns et les autres puissent d’abord se pardonner tout ce qui est arrivé dans le passé et pour que d’autres personnes aussi puissent mieux nous connaître. Parce que jusqu’à présent, les Noirs sont très peu connus de la partie occidentale et du monde. Mais par contre, à l’inverse, si tu as eu à aller en Afrique noire et tu poses une question à ce qui concerne la civilisation occidentale, on va te répondre aisément sur beaucoup de choses de cette civilisation. C’est le moment aussi pour nous de se faire connaître (…)».

Il trouve que ce qui est le «challenge» en moment de célébration de l’histoire des Noirs est d’essayer de permettre aux autres aussi de comprendre les Noirs et, pour que cela se fasse, dit-il, il faut qu’on s’organise de telle sorte que les gens vont s’intéresser à la culture des Noirs et s’intéressent à l’apprendre.

En outre, Méthode a précisé qu’il y a des gens qui n’ont même pas vécu les choses qui se sont passées dans les années antérieures, mais ils entendent d’autres en parler et cela les impacte tout de même, ainsi que la génération actuelle.

«On n’est pas connu de l’esclavage, on n’est pas connu des ségrégations raciales, mais celles-là nous impactent que tu sois Blanc ou que tu sois Noir au point où c’est un peu difficile pour tout le monde (…)», a-t-il expliqué.

De plus, en tant que président de l’Association de la communauté africaine de Hearst, après avoir côtoyé beaucoup de personnes d’origine noire, il a constaté que plusieurs parmi eux se confrontent à des défis. En fait, d’après lui, tout tourne autour de l’incompréhension, car c’est difficile, parfois, de faire la part des choses sur «ce qui est fait parce que tu es Noir et ce qui est fait parce que c’est arrivé comme ça, ou est-ce qu’il n’y a pas de faille ?».

Pour lui, la limite de tout cela est trop fine pour basculer d’un côté ou de l’autre et, du fait que la plupart des immigrants qui s’installent à Hearst viennent de pays différents et se retrouvent seuls en général dans certaines situations, cela constitue également un grand défi.

«Parfois, plusieurs de nos frères noirs se sont retrouvés dans des situations où s’ils avaient été mieux accompagnés, ils s’en seraient bien mieux sortis. Parce que la culture est différente, la façon d’appréhender les choses est différente et ça fait en sorte que parfois on est mal compris. Quelqu’un peut perdre son emploi pour quelque chose qui n’a pas lieu d’être. Donc, la culture joue un grand rôle (…).»

Aux côtés de l’association et sa part à jouer pour faciliter l’intégration des personnes d’origine noire vivant au sein de la communauté de Hearst, le président a souligné que justement le but de la mettre en place est d’essayer de briser l’isolement pour permettre aux nouveaux arrivants qui ne connaissent peut-être pas un grand nombre de personnes d’obtenir un réconfort.

À cela s’ajoute que leur souhait, en tant qu’organisation, c’est d’aller vers ces derniers pour qu’ils ne se sentent pas seuls, essayer de commencer à les inculquer sur la façon dont les choses fonctionnent ici, ce qui peut leur permettre de ne pas se retrouver déboussolés.

«Quand on parle de la solitude, on veut éviter que les gens sombrent dans la dépression en allant vers eux. Et on va jusqu’à vouloir apporter un accompagnement aux nouveaux arrivants, et ça fait partie de nos objectifs, plus tard, d’aller les récupérer dès leur arrivée à Timmins jusqu’à Hearst pour qu’ils se tentent tout de suite à l’aise et sentent qu’ils ont trouvé une nouvelle famille (…).»

Méthode Babassagana a profité de cette période de célébration du Mois de l’histoire des Noirs pour lancer un appel à toutes les personnes immigrantes qui se trouvent dans la région, et plus particulièrement à Hearst, d’être vigilantes et de toujours faire tout ce qu’elles ont à effectuer dans l’urgence, parce que les choses changent très rapidement.

«Mon conseil pour toute chose qu’on va entreprendre ici, c’est de surprendre toujours à l’avance et de ne pas attendre parce qu’il n’y a pas de temps. Il faut traiter chaque situation comme une urgence, car du jour au lendemain une situation peut changer (…).»