L’entente survient alors que le Canada cherche à réduire sa dépendance envers un seul partenaire commercial, en l’occurrence les États-Unis, et à renforcer sa résilience face aux chocs internationaux. Les deux gouvernements affirment partager un objectif commun : diversifier les marchés d’exportation, faire du pays une superpuissance énergétique et bâtir une économie plus durable et compétitive.
Au cœur de l’accord, Ottawa et l’Alberta s’engagent à améliorer leur collaboration afin d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050 tout en maximisant le potentiel économique des ressources de l’Ouest.
Pour Mark Carney, l’entente marque un virage stratégique. «Nous ferons du Canada une superpuissance énergétique, nous réduirons nos émissions et nous diversifierons nos marchés d’exportation.»
Le ministre fédéral de l’Énergie, Tim Hodgson, souligne que cette collaboration permettra au pays de soutenir ses alliés tout en consolidant sa place sur la scène énergétique internationale.
La stratégie repose sur une tarification du carbone plus solide et plus efficace, des investissements massifs du secteur privé dans les technologies propres et une exploitation énergétique jugée «responsable» pour les travailleurs et les communautés.
L’un des piliers du partenariat est Pathways Plus, projet présenté comme le plus vaste système de captage, d’utilisation et de stockage du carbone au monde. Selon les projections, il pourrait ajouter plus de 16 milliards de dollars au PIB et soutenir plus de 40 000 emplois par année, tout en réduisant significativement les émissions du secteur pétrolier.
L’accord ouvre également la porte à la construction d’un nouvel oléoduc destiné principalement aux marchés asiatiques. Le gouvernement fédéral s’engage à créer un processus d’approbation clair et accéléré, en vertu de la Loi visant à bâtir le Canada, dès qu’une proposition officielle de l’Alberta sera soumise.
Ce projet, financé et construit par le secteur privé, inclurait une participation financière autochtone. L’oléoduc transporterait au moins un million de barils de pétrole par jour à faibles émissions. La mise en service de Pathways Plus serait toutefois un préalable essentiel, afin de garantir que le pétrole exporté soit parmi les plus propres au monde.
Au-delà du pétrole et du gaz, le protocole d’accord s’étend à l’ensemble du système énergétique. Il prévoit notamment une réduction de 75 % des émissions de méthane en Alberta au cours de la prochaine décennie, la mise en place de nouvelles installations nucléaires compétitives dans la province, un renforcement du réseau électrique pour alimenter les centres de données d’intelligence artificielle, ainsi que de vastes interconnexions de transport avec la Colombie-Britannique et la Saskatchewan afin de faciliter l’échange d’électricité à faibles émissions.
Ensemble, ces mesures visent à attirer davantage d’investissements étrangers et à améliorer l’abordabilité énergétique pour les consommateurs.
Tous les projets annoncés devront être menés en collaboration étroite avec les titulaires de droits autochtones ainsi qu’avec les provinces participantes. Ottawa et Edmonton affirment vouloir créer des «possibilités sans précédent» de copropriété, de partenariats et de retombées économiques pour les communautés autochtones.
Cependant, si cette alliance ouvre une nouvelle phase pour les deux gouvernements, elle risque aussi de provoquer une première crise au sein du «caucus libéral». Steven Guilbeault, ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes et responsable des Langues officielles, a annoncé jeudi dernier, «avec une très grande tristesse», avoir remis sa démission dans une déclaration de trois pages sur son compte X.
«Comme vous le savez, j’ai choisi de me présenter en politique afin de défendre la cause de la lutte aux changements climatiques et la protection de l’environnement», rappelle-t-il.
Or, bien qu’il affirme avoir «partagé les efforts du premier ministre pour s’assurer que notre pays reste uni et que toutes les régions sentent qu’elles ont une voix» dans un contexte économique difficile, il estime que «les enjeux environnementaux doivent demeurer à l’avant-scène».
Pour Steven Guilbault, l’idée d’exempter l’Alberta de l’application du Règlement sur l’électricité propre, en échange d’un resserrement des règles sur la tarification carbone industrielle et de la réalisation du projet Pathways, représente «une très grave erreur».
Il a tenu à remercier les électeurs de Laurier–Sainte-Marie pour la confiance qu’ils lui accordent depuis 2019, affirmant qu’il poursuivra son travail auprès d’eux avec le même dévouement en tant que député libéral.
«Je remercie également le premier ministre de m’avoir fait l’honneur de siéger à son cabinet et de servir comme son lieutenant au Québec.»
Mark Carney a réagi sur X en soulignant que, malgré des divergences occasionnelles sur la façon d’atteindre certains objectifs, il se réjouit de voir Steven Guilbeault «continue à offrir ses perspectives importantes» au sein du caucus libéral.
