Dans la foulée de la pandémie de COVID-19, le gouvernement Ford a mis sur pied le Fonds de développement des compétences (FDC) pour favoriser la croissance économique de l’Ontario.
Ce programme offre du financement aux organismes qui ont des projets visant à faire face aux défis liés à l’embauche, à la formation et à la rétention des travailleurs.
Plus de 1,3 milliard de dollars ont été versés dans le cadre du FDC depuis sa création, en 2021.
Projets moins bien notés
C’est le personnel du ministère du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences qui est chargé d’évaluer les demandes.
N’empêche, le cabinet du ministre, David Piccini, a disposé d’un pouvoir unilatéral d’approbation de ces demandes, écrit la VG.
Le processus de sélection n’était «pas juste, transparent ou responsable», selon Mme Spence.
Dans plus de la moitié des décisions, soit 54%, le cabinet du ministre a choisi de financer des projets moins bien notés, au détriment d’idées de plus grande qualité, allant à l’encontre de l’avis des fonctionnaires.
Pourtant, les projets classés au rang «élevé» présentaient un meilleur rendement que les demandes classées au rang «faible», révèle l’analyse de la vérificatrice.
Une candidature jugée médiocre par le personnel a également été sélectionnée.
Implication du cabinet du ministre
En plus de sélectionner les demandes qui recevront du financement, le cabinet du ministre détermine aussi le montant qui sera accordé au projet, indique le rapport.
Lorsque le cabinet du ministre approuve le financement d’une demande et qu’il diffère du montant initial demandé, «il ne documente pas toujours les motifs de ces décisions», explique la vérificatrice.
Mme Spence note que des programmes semblables en Alberta, en Colombie-Britannique, au Manitoba et à Terre-Neuve-et-Labrador ne font pas participer le cabinet d’un ministre à la décision de financement propre au projet.
Le ministre du Travail, David Piccini, a défendu les interventions de son cabinet dans la sélection des projets, mercredi.
«Je suis responsable du programme, et nous nous réservons le droit de prendre des décisions», a-t-il soutenu.
David Piccini dit qu’il croit au «pouvoir du Fonds de développement des compétences de changer des vies».
«Nous savons, dans un environnement en évolution rapide où nous devons former les travailleurs pour répondre aux besoins perturbateurs de la main-d’œuvre, que les initiatives de formation rapide fonctionnent et qu’il est possible d’avoir accès à la formation à tout âge», a-t-il insisté.
Lobbyistes
Elle affirme aussi que 64 des demandes de financement, classées «faible» ou «moyen», avaient fait appel à des lobbyistes. Ces candidatures ont reçu un financement total de 126 millions de dollars.
Elle soulève aussi que 39 demandes de financement bien classées, qui ont fini par recevoir un financement de 58 millions de dollars, avaient aussi fait appel à des lobbyistes.
«Cela peut donner l’impression que le cabinet du ministre offre un traitement préférentiel réel ou potentiel dans sa sélection des demandeurs à financer», craint la vérificatrice générale.
L’Opposition parle de «corruption»
La cheffe du Nouveau Parti démocratique (NPD) de l’Ontario, Marit Stiles, a déclaré que les conclusions de la vérificatrice générale «ressemblent à de la corruption».
Le NPD de l’Ontario pourrait demander au commissaire à l’intégrité de la province d’enquêter sur la conduite du ministre du Travail dans ce dossier, a lancé Marit Stiles.
«Oui, ça nous rappelle la ceinture de verdure, mais ça nous rappelle aussi une escroquerie», a mentionné le député libéral, John Fraser, faisant référence au scandale qui a vu la démission de deux ministres et l’ouverture d’une enquête de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).
« Si vous connaissez quelqu’un, vous êtes bien placé, vous avez des contacts, vous comprenez. C’est une escroquerie.»
