le Mercredi 3 juin 2026
le Mardi 30 septembre 2025 10:33 Environnement

Alternatives au glyphosate : projet de recherche en cours près de Chapleau

  Photo : Wahkohtowin/web
Photo : Wahkohtowin/web

Alors que l’usage du glyphosate en foresterie suscite un débat grandissant en Ontario, le Québec est souvent cité comme modèle. La province a interdit l’épandage d’herbicides en forêt publique dès 2001 et a misé sur d’autres approches sylvicoles. Le chercheur scientifique au Service canadien de forêts, Nelson Thiffault, explique les travaux de recherche qu’il a effectués.

Alternatives au glyphosate : projet de recherche en cours près de Chapleau
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Ingénieur forestier et chercheur au Service canadien des forêts, Nelson Thiffault cumule également plusieurs affiliations universitaires, notamment à l’Université Laval, à l’Université de Sherbrooke, à l’UQAC et à l’UQAT.

Nelson Thiffault

Photo : dream-forests/web

Membre du Centre d’étude de la forêt depuis 2007, il occupe aussi des fonctions éditoriales au Canadian Journal of Forest Research et à New Forests, en plus de codiriger le Réseau Reboisement Ligniculture Québec.

Ses recherches portent sur la régénération résineuse, qu’elle soit naturelle ou plantée, avec un intérêt particulier pour l’utilisation de plants de grandes dimensions, la préparation et le dégagement mécaniques ainsi que les interactions entre la végétation compétitive et les jeunes arbres. Il s’intéresse également à l’écologie des milieux envahis par les plantes éricacées.

Son rôle, dit-il, est avant tout de « fournir de l’information scientifique aux parties prenantes », qu’il s’agisse des provinces, des industriels ou des communautés autochtones.

Au fil de sa carrière, d’abord au Québec puis maintenant au Nouveau-Brunswick et en Ontario, il a contribué au développement de stratégies sylvicoles qui visent à limiter le recours aux herbicides.

Nord de l’Ontario

Avec ses partenaires — dont GreenFirst et l’entreprise autochtone Wahkotowin, basée à Chapleau —, M. Thiffault cherche à bâtir un cadre écologique plus précis. « Ce qu’on essaie de faire, explique-t-il, c’est de développer un cadre qui permettrait de prévoir à l’avance où vont être les problèmes. Dans certains cas, on pourrait se passer complètement d’herbicides ou même de dégagement mécanique. »

L’approche vise à remplacer la méthode « mur à mur », qui consiste à couper, préparer le terrain, planter et traiter de la même façon partout, par une stratégie plus fine. « Avant la coupe, on regarde quelles espèces sont présentes, quel type de sol on a, et ça nous permet d’anticiper les besoins réels. Peut-être que dans certains secteurs, la régénération se fera naturellement, tandis que dans d’autres, il faudra intervenir plus fortement », détaille le chercheur.

Des semis forestiers contenant déjà des mycorhizes

Une partie de ses travaux porte aussi sur le rôle des mycorhizes, ces champignons microscopiques qui vivent en symbiose avec les racines des arbres. « Le champignon s’attache aux racines et étend le réseau de l’arbre. Il va chercher de l’eau et des nutriments, tandis que l’arbre lui fournit du carbone. C’est une relation gagnant-gagnant », illustre M. Thiffault.

Grâce à un partenariat formé avec l’entreprise Mikro-Tek, des plants en pépinière sont déjà inoculés de ces champignons avant d’être replantés en forêt. « L’idée, c’est que l’arbre arrive sur le terrain déjà équipé de ses mycorhizes, ce qui lui permet de croître plus vite et de mieux résister à la compétition », explique Nelson Thiffault. Cette technique pourrait réduire le recours aux dégagements et s’inscrit dans une vision du monde proche de celle des communautés autochtones, qui valorisent les interconnexions entre les êtres vivants. »

Pour vérifier cette hypothèse, M. Thiffault et ses collègues ont retrouvé des plantations ayant des arbres produits par Mikro-Tek, établies il y a 15 à 20 ans. « On les a remesurées et on essaie de voir si, après tout ce temps, les arbres avec mycorhizes poussent vraiment mieux. Notre hypothèse scientifique, c’est que parfois oui, parfois non, parce que les arbres reçoivent souvent des champignons du sol de toute façon. Mais dans des sites dégradés ou secs, ça pourrait faire une grande différence », nuance-t-il.

Au-delà de la science, ces recherches intègrent une dimension sociale. Avec Wahkohtowin Development GP inc., qui représente trois communautés autochtones, Nelson Thiffault collabore à des projets qui impliquent la jeunesse locale. « Pour Wahkohtowin, c’est une opportunité de faire travailler la jeunesse autochtone. Plutôt que de ne pas savoir ce qu’ils veulent faire, c’est une chance de se former et de trouver leur place. »

Travaux de débroussaillage réalisés par les jeunes gardiens de la forêt.

Photo : wahkohtowin/web

Dans une expérience récente, de jeunes « guardians » — ces « gardiens de la terre » présents dans plusieurs communautés autochtones — ont participé à des activités de terrain : marquage des arbres, mesures, débroussaillage et suivi de plantations. « Ça leur a permis de se former à reconnaitre les plantes, à manier la débroussailleuse et à comprendre pourquoi il est important de donner de la lumière aux arbres pour qu’ils poussent », décrit le chercheur.

Selon lui, ces initiatives ne visent pas à « reproduire ce qui s’est fait au Québec », où l’usage d’herbicides est interdit, mais plutôt à « s’inspirer et à adapter les pratiques pour soutenir l’évolution de la foresterie ailleurs au pays ».

En combinant science, innovation et savoirs autochtones, Thiffault et ses partenaires explorent ainsi de nouvelles voies pour rendre la gestion forestière à la fois plus durable et plus inclusive.