En y ajoutant les droits compensateurs actuels de 6,74 %, les droits totaux dépassent désormais 27 %. Ces nouvelles mesures font suite à la sixième révision annuelle du département du Commerce américain.
Une hausse supplémentaire est prévue le 8 aout, lorsque le département doit officialiser une décision qui ferait passer les droits compensateurs à 14,38 %, ce qui pourrait porter le total des droits à 34,6 %.
Ces mesures sont motivées par des allégations selon lesquelles le bois canadien serait subventionné par le gouvernement du Canada et vendu à bas prix (dumping) sur le marché américain. De plus, le président Donald Trump a ordonné une enquête sur une possible menace à la sécurité nationale liée aux importations de bois canadien, ce qui pourrait mener à de nouvelles taxes en vertu de la section 232.
Avec plusieurs années comme propriétaire de moulins à scie derrière la cravate, Gilles Malette raconte que ça fait des décennies que les États-Unis tiennent ce discours au sujet de la concurrence déloyale dans l’industrie. Chaque fois, le Canada a contesté et porté plainte devant le Tribunal binational et l’Organisation mondiale du commerce, qui lui ont donné raison plusieurs fois et exigé que les États-Unis révisent leurs calculs. « Ils reviennent toujours avec de nouvelles raisons qui justifient une nouvelle augmentation, c’est une lutte pour un temps indéfini, nous ne savons jamais quand ça va s’arrêter. »
Bien que des augmentations aussi démarquées peuvent inquiéter les travailleurs dans les usines de transformation du bois ou les scieries, les propriétaires et les directeurs préfèrent rester discrets dans l’attente de plus amples détails. « Pour l’instant, tout le monde attend de voir ce que les négociations vont donner. Les frais qu’on doit payer aux douanes sont chargés au client, donc le marché l’absorbe. C’est sûr que le prix de leurs maisons va augmenter, mais si la demande est là pour la construction de maisons, ils ont besoin de notre bois et ils vont finir par payer. C’est un peu pour cela que les clients américains aussi sont en attente de ce qui va réellement se passer », explique Gilles Malette.
Réponse de la province
Le député néodémocrate de Mushkegowuk-Baie James, Guy Bourgouin, a hâte de connaitre la réponse du gouvernement provincial de Doug Ford face à cette nouvelle : « Les usines dans la région exportent parfois jusqu’à 80 % de leur bois aux États-Unis ; nous aussi nous avons besoin d’aide de la province, comme l’industrie de l’automobile et de l’acier. Il va falloir qu’ils mettent l’attention sur l’industrie forestière, parce que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre nos emplois et nos usines dans la région. »
Plus tôt cette semaine, la province a publié un communiqué de presse dénonçant la nouvelle décision des États-Unis d’imposer des droits compensateurs sur le bois d’œuvre canadien. Le ministre associé des Forêts et des Produits forestiers, Kevin Holland, le ministre des Richesses naturelles, Mike Harris, et Vic Fedeli, le ministre du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce, affirment que ces mesures nuisent autant à l’économie canadienne qu’américaine, en augmentant les couts de construction et en réduisant l’abordabilité du logement. Ils demandent la fin de ces droits jugés injustes pour protéger les travailleurs, les familles et la compétitivité des deux pays.
Le député Guy Bourgouin, pour sa part, demande des actions concrètes, au-delà de tout simplement dire qu’il s’agit d’une injustice. Il appelle le gouvernement à protéger les emplois de l’industrie forestière. « Il y a encore des indépendants dans nos régions, mais aussi les multinationales, tous vont souffrir de ça. C’est sûr que les Américains vont payer plus cher pour construire leurs maisons à cause de cette surcharge de leur administration, mais est-ce que le marché sera en mesure de soutenir cela ? Éventuellement, il va falloir regarder à diversifier le marché », affirme-t-il. « C’est pour ça que mon parti (néodémocrate) dit qu’il est temps de bâtir du logement. Nous sommes en arrière de 1,5 million logements, le bois ontarien pourrait être utilisé pour le faire. C’est ça que le gouvernement ontarien pourrait faire. »
Depuis quelques années, la construction de logements n’atteint pas la cible fixée par le gouvernement, et d’exiger que les entrepreneurs utilisent le bois ontarien est l’une des pistes de solution réalisable, selon M. Bourgouin.
Malgré le fait que l’économie de la région de Hearst dépend beaucoup de l’industrie forestière, il faudra se montrer patient dans ce contexte parfois difficile à suivre à l’ère tarifaire instaurée par le président Donald Trump, et attendre le résultat des négociations entre le Canada et les États-Unis en cours.
