Par Renée-Pier Fontaine avec les informations de Kyle Duggan de La Presse Canadienne
Une conspiration bien planifiée
Selon la Gendarmerie royale du Canada (GRC), les suspects — Marc-Aurèle Chabot, Raphaël Lagacé, Simon Angers-Audet et Matthew Forbes — projetaient de prendre possession de terres au Québec par la force. L’objectif : établir une milice antigouvernementale organisée. Les trois premiers font face à des accusations de facilitation d’une activité terroriste, tandis que Forbes, 33 ans, est accusé d’infractions liées à des explosifs et à la possession illégale d’armes.
Les enquêteurs affirment que le groupe avait entrepris des entraînements militaires, des séances de tir, des repérages de terrain, et un processus de recrutement sur les réseaux sociaux, notamment via Instagram. La GRC qualifie ce mouvement d’extrémisme violent à motivation idéologique, dans la lignée des groupes antigouvernementaux et survivalistes d’extrême droite.
Une cache d’armes « jamais vue »
En janvier 2024, lors d’une importante opération policière, les autorités ont découvert la plus grande cache d’armes jamais saisie dans une affaire de terrorisme intérieur au Canada :
- 83 armes à feu, dont plusieurs interdites
- 16 dispositifs explosifs
- Environ 11 000 cartouches de munitions
- Des lunettes de vision nocturne, grenades fumigènes, chargeurs haute capacité, explosifs industriels, etc.
Cette saisie a joué un rôle clé dans le démantèlement du groupe. D’après la GRC, les suspects étaient proches de passer à l’action.
Des militaires parmi les accusés : un signal d’alarme
Deux des quatre hommes arrêtés sont des membres actifs des FAC, un fait qui a profondément choqué l’opinion publique et relancé les débats sur la radicalisation dans l’armée.
Andy Knight, professeur de sciences politiques à l’Université de l’Alberta et spécialiste de l’extrémisme, estime que cette affaire met en lumière des failles graves dans le processus de sélection des recrues militaires. Il a déjà mené pour le ministère de la Défense nationale une étude démontrant la présence de croyances racistes et radicales au sein de certains membres des FAC.
« L’extrémisme au sein des Forces armées doit être exploré et éradiqué le plus rapidement possible. Ces cas ne sont pas isolés. Il est temps de revoir les outils de filtrage et de surveillance dès le recrutement. »
Knight avertit que si aucune mesure concrète n’est prise, ces idéologies peuvent « s’envenimer et se propager » dans les rangs, menaçant l’intégrité et la sécurité des institutions militaires canadiennes.
Une mouvance plus large
Des experts en sécurité nationale comparent ce groupe à des cellules d’“accélération radicale”, une mouvance extrémiste qui cherche à précipiter l’effondrement des institutions démocratiques par des actes violents. Le profil des suspects — jeunes, entraînés, suréquipés, hostiles à l’État — correspond à une nouvelle génération d’extrémistes bien organisés, qui se radicalisent souvent en ligne.
Le professeur David Hofmann, spécialiste des mouvements violents à l’Université du Nouveau-Brunswick, souligne : « L’ampleur de leur arsenal, leur entraînement et leur idéologie antigouvernementale structurée démontrent un passage à un extrémisme opérationnel. »
Le gouvernement interpellé
L’affaire tombe à un moment critique où le gouvernement fédéral et les Forces armées canadiennes sont déjà confrontés à des critiques sur la tolérance passée envers certains comportements extrémistes ou racistes dans leurs rangs. En 2022, un rapport du chef d’état-major avait admis l’existence d’un problème d’infiltration idéologique.
Des voix, dont celle d’Andy Knight, réclament une révision en profondeur du processus de recrutement, un renforcement du filtrage psychologique et idéologique ainsi que la création d’une unité indépendante d’enquête sur la radicalisation militaire
Une affaire à suivre
Les quatre accusés ont comparu devant un juge, et leur enquête préliminaire se poursuivra dans les prochains jours. Le ministère de la Défense collabore à l’enquête, mais n’a pas encore révélé publiquement les identités des militaires impliqués.
Alors que la GRC affirme que cette opération a permis de prévenir des actes violents imminents, cette affaire soulève des questions pressantes sur la résilience des institutions canadiennes face à une menace intérieure grandissante.
