Le spectacle orchestré par Alex Tétreault, un artiste multidisciplinaire originaire de Sudbury, a été un moment phare de la tournée régionale du projet Nickel City Fifs, une œuvre théâtrale hybride mêlant poésie, humour et introspection queer. La pièce, présentée dans plusieurs villes du nord de l’Ontario depuis le printemps, trouve son essence dans une histoire inspirée de vécus, souvent par les personnes issues de la diversité sexuelle.
Il s’agit de celle d’un jeune queer de 18 ans, muni d’une fausse carte d’identité, qui pénètre pour la première fois dans un bar gai. Son objectif consiste à s’assurer que le choix de partir vivre à Toronto est la seule option possible pour s’épanouir pleinement, loin du regard parfois pesant de sa communauté natale, Sudbury.
Mais la pièce ne s’arrête pas là. À peine entré dans le bar, le jeune protagoniste est accueilli par une série de personnages hauts en couleur, incarnés par des artistes du groupe. Cinq figures poétiques, comme issues d’un monde parallèle, se mobilisent alors pour le convaincre qu’une autre réalité est possible. À travers des monologues puissants, des performances musicales et des instants de franche comédie, ils tissent autour de lui et du public un accueil de bienveillance et d’espoir.
« Nickel City Fifs, c’est une lettre d’amour à la jeunesse queer des régions, mais aussi un cri du cœur. Trop souvent, on a l’impression qu’il faut partir pour être soi-même. Cette pièce cherche à déconstruire cette idée, à montrer qu’il est possible d’exister pleinement ici, chez nous, dans le Nord », explique Alex Tétreault, auteur, metteur en scène et coproducteur du projet.
La représentation de Hearst, point culminant de cette tournée, a été rendue possible grâce à une étroite collaboration entre le groupe Théâtre du Nouvel-Ontario de Sudbury et le Conseil des Arts de Hearst. Ce dernier s’est occupé de toute la logistique, selon M. Tétreault, c’est-à-dire location de la salle, promotion de l’évènement, gestion des billets et mobilisation de la communauté locale. Une implication saluée par toute l’équipe artistique.
« On a été accueillis à bras ouverts. Le Conseil des Arts a été exceptionnel. Leur enthousiasme, leur professionnalisme et leur désir de faire vivre cette expérience à la population ont été essentiels à la réussite de la soirée. »
D’après les artistes, le cabaret queer de Hearst de la semaine dernière s’est distingué non seulement par son contenu artistique, mais aussi par son ambiance unique. Le bar du Companion, d’ordinaire un lieu de détente et de rencontres, a été métamorphosé en espace scénique immersif. Les spectateurs, installés à quelques pas des artistes, ont été plongés dans une performance intime et inclusive où le rire, l’émotion et la réflexion se côtoyaient naturellement.
Cette proximité a contribué à créer une atmosphère chaleureuse, voire familiale, où les barrières entre la scène et la salle semblaient s’effacer. Des moments de silence ému ont succédé à des éclats de rire, preuve que le message de la pièce, porteur de vérité, de douleur et de beauté touchait une corde sensible.
En outre, le projet Nickel City Fifs s’inscrit dans une volonté plus large de décentraliser l’accès à l’art queer en milieu francophone minoritaire. Pour Alex Tétreault et son équipe, il est essentiel de présenter ce type de production dans les régions, là où les représentations sont plus rares, mais où le besoin d’identification est souvent plus fort.
Financée en partie par des subventions d’après Alex, cette tournée régionale a été conçue avec rigueur et passion. Chaque arrêt, de Timmins à Ottawa en passant par Kapuskasing, a été une occasion de rencontres, d’échanges et de remises en question, tant pour le public que pour les artistes.
Le passage à Hearst, dernier arrêt de la tournée, a ainsi pris des allures de célébration comme celle de l’art, de l’identité et de la communauté. En d’autres termes, c’était une soirée où les murs du bar Companion ont résonné de poésie queer, d’histoires vraies et de rires sincères.
