le Mercredi 3 juin 2026
le Dimanche 2 mars 2025 9:00 Francophonie

Une science à deux vitesses et le financement inégal de la recherche en français

  Photo : Kristophe Bédard
Photo : Kristophe Bédard

Dans l’immense laboratoire de la recherche canadienne, il semblerait que certaines pipettes distribuent plus de ressources que d’autres. Pour les chercheurs francophones en milieu minoritaire, obtenir du financement s’apparente à une épreuve où les obstacles sont nombreux et les ressources souvent insaisissables.

Une science à deux vitesses et le financement inégal de la recherche en français
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Selon Sophie Montreuil, directrice générale de l’Acfas, les chercheurs francophones se heurtent à une barrière invisible, mais bien réelle. La simple démarche de rédiger une demande de subvention en français devient un casse-tête bureaucratique : peu d’établissements hors Québec disposent de personnel capable d’évaluer ces demandes dans la langue de Molière. Conséquence : les chercheurs doivent traduire leurs propositions, au risque d’y perdre en précision et en nuance.

Les répercussions de cette situation sont profondes. Moins de financement signifie moins de recherches menées en français, et donc une documentation lacunaire sur des enjeux touchant directement les communautés francophones minoritaires.

Pour Marie LeBel, chercheuse à l’Université de Hearst, les budgets alloués à son institution frisent l’anecdotique, oscillant entre 9000 $ et 10 000 $ par an.

Photo de courtoisie

Certains acteurs politiques tentent d’apporter des solutions. Le gouvernement fédéral a alloué 8,5 millions de dollars sur cinq ans pour soutenir la recherche en français, et un groupe consultatif a été mis sur pied pour réexaminer les critères de financement. Linda Cardinal, vice-rectrice adjointe à la recherche à l’Université de l’Ontario français, estime toutefois que l’impact de ces initiatives reste à prouver. Elle propose que les chercheurs publiant en français reçoivent des points supplémentaires dans les systèmes d’évaluation, un peu à la manière des critères de l’immigration.

Raymond Théberge, commissaire aux langues officielles du Canada, rappelle quant à lui que la Loi sur les langues officielles impose aux institutions fédérales de soutenir les communautés minoritaires. Mais entre les intentions et la réalité du terrain, la distance semble encore grande.

Si la recherche en français veut échapper à son rôle de figurant, il faudra plus qu’un rééquilibrage cosmétique des financements. Pour l’instant, les chercheurs francophones doivent toujours jongler entre persévérance et bricolage, espérant que la reconnaissance d’un savoir ne dépende plus uniquement de la langue dans laquelle il est exprimé.