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le Dimanche 16 février 2025 7:01 | mis à jour le 1 mars 2025 20:36 Société

Moustapha Kébé : une vision critique et engagée du Mois de l’histoire des Noirs

Originaire du Sénégal, Moustapha Kébé a grandi avec la conviction que l’éducation est un levier essentiel pour transformer sa vie et celle de sa communauté.  — Photo de courtoisie
Originaire du Sénégal, Moustapha Kébé a grandi avec la conviction que l’éducation est un levier essentiel pour transformer sa vie et celle de sa communauté.
Photo de courtoisie

Le Mois de l’histoire des Noirs est célébré partout au Canada chaque année tout en mettant en lumière les contributions et le patrimoine des communautés noires. Mais pour Moustapha Kébé, étudiant sénégalais en dernière année de baccalauréat en administration des affaires à l’Université de Hearst, cette célébration soulève des questions essentielles sur la reconnaissance réelle de l’histoire des Noirs dans les sociétés contemporaines.

Moustapha Kébé : une vision critique et engagée du Mois de l’histoire des Noirs
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Entre réflexion critique et engagement personnel, il a partagé son point de vue sur cette commémoration, ainsi que sur son propre parcours académique et culturel entre le Sénégal et le Canada.

Si le Mois de l’histoire des Noirs est souvent présenté comme une occasion de célébrer les réalisations et la résilience des communautés noires, Moustapha Kébé adopte une perspective plus nuancée. Pour lui, limiter la reconnaissance de cette histoire à un seul mois dans l’année pose problème. « Pourquoi devrions-nous accepter que notre histoire soit reléguée à une période spécifique du calendrier, comme un simple chapitre à survoler avant de revenir aux récits dominants ? »

Kébé insiste sur le fait que l’histoire des Noirs ne se limite pas à l’esclavage ou à la ségrégation, mais qu’elle est bien plus ancienne et vaste. « Nos ancêtres ont bâti des civilisations avancées, influencé les sciences, la philosophie et l’économie mondiale. Ce n’est pas un mois qui doit nous donner de la visibilité, mais une intégration profonde de notre héritage dans l’éducation, les institutions et la mémoire collective. » 

Pour Moustapha, la véritable reconnaissance ne se fait pas à travers des commémorations ponctuelles, mais par un changement de paradigme. Tant que l’histoire des Noirs sera traitée comme une exception, ces célébrations resteront, selon lui, superficielles. Il plaide aussi pour une intégration de cette histoire dans les cursus scolaires et les discours institutionnels de façon permanente, et non comme un évènement temporaire. 

Il cite plusieurs figures emblématiques africaines qui ont marqué sa vie et sa vision du monde. D’un point de vue intellectuel et historique, il exprime une grande admiration pour Cheikh Anta Diop, dont les travaux ont permis de réhabiliter l’histoire africaine et de démontrer que l’Afrique a été un acteur central dans le développement des civilisations. « Son travail m’a appris que la connaissance est une arme et que rétablir notre mémoire est un impératif. » 

Sur le plan religieux, M. Kébé se réfère à Cheikh Ahmadou Bamba, un leadeur spirituel qui a résisté au colonialisme non par la violence, mais par la force spirituelle et le travail. « Le cheikh a montré que la véritable liberté commence par l’indépendance intérieure et la discipline. »

Moustapha mentionne également Thomas Sankara, qui a œuvré pour l’émancipation économique du Burkina Faso, ainsi que Malcolm X et Marcus Garvey, qui ont prôné la souveraineté intellectuelle et économique des Noirs à travers l’organisation et l’autodétermination. 

Pour lui, les valeurs transmises par sa famille sénégalaise résonnent profondément avec ces figures historiques. En fait, ses parents lui ont inculqué des principes fondamentaux comme le respect, la solidarité communautaire et l’importance du savoir et du travail.

La connaissance est une arme, et le travail est une clé pour la dignité. L’humilité et la patience sont aussi essentielles dans tout cheminement de vie. 

Même si sa famille reste principalement au Sénégal, Moustapha a su tisser des liens forts au Canada. Pour lui, la distance avec ses proches n’est pas un isolement, mais une motivation supplémentaire pour réussir et développer de nouvelles compétences. 

Moustapha Kébé 

Originaire du Sénégal, Moustapha Kébé a grandi avec la conviction que l’éducation est un levier essentiel pour transformer sa vie et celle de sa communauté. Cette croyance l’a conduit à choisir des études en administration des affaires, un domaine où les connaissances ne sont pas seulement théoriques, mais appliquées à la gestion et à la structuration d’institutions durables. 

M. Kébé insiste sur le fait que l’histoire des Noirs ne se limite pas à l’esclavage ou à la ségrégation, mais qu’elle est bien plus ancienne et vaste.

Photo de courtoisie

Son arrivée au Canada, et plus précisément à Hearst, a été motivée par différents facteurs. Il a reconnu la qualité de l’enseignement canadien, mais ce qui l’a particulièrement attiré, c’est l’environnement d’apprentissage qui dépasse le cadre académique traditionnel. « J’ai cherché un cadre où l’apprentissage favorise l’autonomie et la réflexion critique, et Hearst m’a offert cette opportunité », explique Moustapha. Dans le Nord de l’Ontario, il a découvert une approche plus humaine de l’éducation, où chaque étudiant est considéré comme un individu unique avec ses propres ambitions. 

S’installer dans le Nord a cependant représenté un défi, notamment en raison des rigueurs hivernales. « L’hiver ici est un véritable test d’adaptation, autant physique que mental. Mais au lieu de le voir comme une contrainte, j’ai appris à l’accepter et à composer avec lui. C’est une leçon de vie : au lieu de se plaindre des conditions, il faut apprendre à s’adapter et à transformer l’obstacle en opportunité. » 

Bref, engagé et lucide, Moustapha Kébé incarne cette jeunesse africaine qui, tout en étant ancrée dans ses racines, aspire à une reconnaissance plus juste et équitable de son héritage.