D’après les informations de Pierre St-Arnaud de La Presse Canadienne
Dans une lettre publique, Mme Freeland a vivement critiqué le premier ministre Justin Trudeau, mettant en lumière des divergences de vision sur la direction à prendre pour le pays. « Ces dernières semaines, nous étions en désaccord sur la meilleure façon d’avancer pour le Canada », a-t-elle déclaré.
Ces tensions concernent notamment deux mesures récentes du gouvernement : une réduction temporaire de la TPS et l’octroi de chèques de 250 $ pour les travailleurs gagnant moins de 150 000 $. Bien qu’elle n’ait pas mentionné ces initiatives directement, Mme Freeland a dénoncé des « tactiques politiques couteuses et inadéquates », qui, selon elle, nuisent à la crédibilité du gouvernement face à la gravité de la situation économique. Elle a même insinué que ces décisions avaient une visée électoraliste, en affirmant que les Canadiens peuvent distinguer les politiques orientées vers leurs besoins de celles qui servent des intérêts politiques.
Une réponse inadéquate à une menace économique majeure
Dans sa lettre, Chrystia Freeland a souligné l’importance de maintenir une réserve financière suffisante pour faire face à des défis comme la menace de tarifs douaniers de 25 % annoncée par le président élu Donald Trump. « Nous devons préserver notre capacité fiscale aujourd’hui afin de disposer des ressources nécessaires en cas de guerre tarifaire », a-t-elle écrit. Elle a rappelé ses efforts récents pour contrôler les dépenses, dans le but d’assurer la flexibilité budgétaire du Canada face à de tels risques.
Elle a également exhorté Justin Trudeau à adopter une approche collaborative avec les provinces et territoires pour bâtir une stratégie nationale, qu’elle qualifie de véritable « réponse d’Équipe Canada ».
Réactions politiques et critiques
Le chef conservateur, Pierre Poilievre, a vivement réagi à cette démission, qu’il considère comme un signe de perte de contrôle du premier ministre Trudeau. Il a également souligné que cette annonce, combinée à celle du départ du ministre du Logement, Sean Fraser, survenait à un moment critique marqué par une crise économique et du logement.
Poilievre a appelé Jagmeet Singh, leadeur du NPD, à cesser de soutenir le gouvernement Trudeau. « Comment pouvez-vous continuer à faire confiance au premier ministre, alors que même sa vice-première ministre l’a quitté ? » a-t-il déclaré. Le chef conservateur a par ailleurs réclamé des élections anticipées, estimant que le Parlement devait se prononcer sur l’énoncé économique présenté par le gouvernement.
Un désaveu personnel et politique
Dans sa lettre, Chrystia Freeland a confirmé que son rôle au sein du cabinet était en jeu depuis quelque temps. Elle a révélé que Justin Trudeau lui avait proposé un autre poste ministériel, une proposition qu’elle a perçue comme un désaveu de sa capacité à mener les Finances. « Un ministre doit avoir la pleine confiance du premier ministre. En prenant cette décision, vous avez clairement indiqué que je ne l’ai plus », a-t-elle écrit. Malgré son départ du cabinet, Mme Freeland reste membre du caucus libéral et envisage de se présenter aux prochaines élections fédérales.
Une onde de choc au sein du cabinet
Le départ de Mme Freeland a laissé plusieurs collègues sous le choc. Anita Anand, présidente du Conseil du Trésor, visiblement émue, a salué son engagement et son amitié. François-Philippe Champagne, ministre de l’Innovation, a qualifié la situation de « sérieuse », affirmant que le gouvernement prendrait des mesures dans l’intérêt des Canadiens. Patty Hajdu, ministre des Services aux Autochtones, a exprimé son respect pour cette décision personnelle, tandis que Marie-Claude Bibeau, ministre du Revenu national, a admis que cette annonce représentait « un coup dur », tout en rappelant la résilience du gouvernement face aux épreuves.
