Les écoles résidentielles, une politique parmi d’autres
Elisabeth Labrie a rappelé l’existence des écoles résidentielles dans le passé, partout au Canada, pour essayer de contextualiser la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Selon elle, cette journée surpasse les écoles résidentielles et ajoute que ces dernières ne constituaient pas la seule politique jadis utilisée contre les Premières Nations, mais c’était la plus destructrice.
« Ça, je pense que c’est important qu’on le rappelle aussi, parce que les Premières Nations ont vécu beaucoup de difficultés dans le passé et encore aujourd’hui. Les politiques qui ont été mises en place visent leurs disparitions. Donc, que ce soit par exemple la rafle des années 60, les civilisations forcées des femmes autochtones, les écoles résidentielles et que ce soit aussi au moment où on enlevait le statut des femmes si elles se mariaient à l’extérieur de leur communauté. Et les hommes aussi, s’ils voulaient, par exemple pour avoir acheté de l’alcool, on enlevait leur statut ».
Selon Mme Labrie, les affaires indiennes sont gérées par le gouvernement fédéral ; il y a eu des règlements auprès de la cour et maintenant c’est rétabli. Mais ça affectait principalement les femmes. Pour elle, ce qui est à retenir de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, c’est de reconnaitre l’histoire des écoles résidentielles bien sûr, mais il faut savoir que l’histoire coloniale est beaucoup plus vaste.
« Il faut aussi reconnaitre l’ensemble des pratiques institutionnelles qui ont affecté et affectent encore les Premières Nations à différents niveaux, que ce soit économique ou familial. Je sais que cette journée vise principalement l’histoire des écoles résidentielles, mais il ne faut pas oublier que cette histoire-là est encore plus vaste. »
Un vécu personnel qui éclaire la réconciliation
Pour son cas personnel, Elisabeth Labrie avoue que le fait d’être en couple avec une personne d’origine autochtone lui a donné une certaine ouverture d’esprit.
« Il y a tellement de choses qu’on ne connait pas. Et puis, juste le fait de vivre présentement en couple me permet de comprendre qu’il y a des nuances et des apprentissages qu’on ne peut pas faire à moins qu’on soit dans l’expérience et le milieu en tant que tel. Toute la perception d’enfant, par exemple, c’est toute la communauté qui en prend soin. Mais moi, je l’ai compris seulement quand je l’ai vécu et quand je le vois. Il y a plusieurs valeurs et concepts qui sont très abstraits que tu ne peux pas comprendre à moins que tu vives ça. »
Des impacts encore visibles aujourd’hui
Cependant, la professeure a indiqué que les impacts des écoles résidentielles peuvent être décrits avec des faits comme le taux de criminalité, la violence, les femmes disparues et assassinées, la perte de repères identitaires. Évidemment, les conséquences sont nombreuses.
« Voir ces impacts, comment ça affecte même des personnes autochtones ? Mon conjoint a eu une bonne éducation, il a un bon emploi et son statut socio-économique est quand même bien. Mais, une personne comme lui et sa famille portent encore les séquelles immédiates des écoles résidentielles. Et moi, je trouve que c’est très frappant, parce qu’après plusieurs générations, le fait qu’on ne parle pas la langue ou aussi que des questions identitaires vont les suivre durant toute leur vie. Il y a des problèmes d’anxiété, de dépressions, de toxicomanies. »
Des défis pour les générations futures
Du côté de ses enfants, Elisabeth Labrie a souligné quelques défis qui se pointent souvent par rapport à certains commentaires racistes ou stéréotypés, et parfois ils ne savent pas comment réagir.
D’autre part, ses enfants en sont conscients et ils ont un intérêt à l’apprentissage. D’après elle, à cause des écoles résidentielles et les autres mesures coloniales dans le passé qui ont fait beaucoup de mal, les Autochtones disent souvent en anglais que « la culture est encore présente, mais il faut juste l’avoir trouvée » et ils sont très conscients de ça.
La réconciliation comme devoir citoyen
En outre, Mme Labrie souhaite voir dans cette célébration le devoir en tant que citoyennes et citoyens canadiens de savoir et comprendre l’utilité de la réconciliation, et de le reconnaitre. « Cette journée nous rappelle que, peu importe où on est rendu dans notre parcours de conscientisation, on doit le mettre en action. Parce qu’on ne peut pas se réconcilier, si on ne sait pas pourquoi on fait une réconciliation. »
La professeure a rappelé également que cette Journée nationale de la vérité et de la réconciliation représente une journée parmi toutes celles où l’on devrait être conscient de l’histoire que toute la population partage avec les Premières Nations. Et, dans sa conception, cette conscience-là ne devrait pas se résumer à une seule journée. Il faut qu’ensemble on la développe et la nourrisse quotidiennement.
« La réconciliation commence dans l’esprit de chacun. Donc, juste être conscient que chaque jour on marche sur un territoire sur lequel on nous accueille après plus de 400 ans. Avoir juste cette conscience-là, c’est un début de réconciliation. Par contre, au niveau communautaire, je trouve qu’il n’y a aucune activité pour la réconciliation. À part, peut-être, dans le milieu scolaire comme les écoles primaires, secondaires et même à l’université et au collège où il y a des évènements. L’an passé, je sais qu’il y en avait à Timmins et Kapuskasing. Mais, il n’y avait rien eu à Hearst et je trouve ça un peu déplorable. »
