le Mercredi 3 juin 2026
le Dimanche 2 mars 2025 7:00 Francophonie

Les défis de la francophonie en Ontario avec Diane Quintas

Selon Diane Quintas, la pénurie de professionnels de santé francophones en Ontario compromet l’accès aux soins de qualité. — Photo de courtoisie
Selon Diane Quintas, la pénurie de professionnels de santé francophones en Ontario compromet l’accès aux soins de qualité.
Photo de courtoisie

La francophonie en Ontario, particulièrement dans le Nord de la province, fait face à des enjeux complexes et persistants, notamment en matière de santé et d’accès aux services dans la langue de Molière.

Les défis de la francophonie en Ontario avec Diane Quintas
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Lors d’un entretien avec Diane Quintas, directrice générale du Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario, plusieurs problématiques clés ont été abordées, amenant des réflexions sur les solutions possibles pour améliorer la situation des francophones dans la région.

L’un des défis majeurs pour les francophones en Ontario, selon Diane Quintas, demeure la pénurie de professionnels de la santé capables de fournir des services en français. « Le manque de ressources humaines en santé francophones, en général, est l’un des plus gros défis, et on en parle depuis longtemps », explique-t-elle. Ce problème est particulièrement ressenti dans le Nord, où des villes comme Hearst ont récemment dû faire face à des difficultés pour recruter des médecins pouvant desservir la population francophone de manière adéquate.

Le manque de médecins francophones dans ces régions peut entrainer des conséquences graves, notamment des erreurs dans la compréhension des traitements médicaux ou des instructions, ce qui peut compromettre la santé des patients. « Quand un patient francophone est servi par un médecin anglophone, il y a un risque de non-compréhension qui peut mener à des retours fréquents à l’urgence, des erreurs dans la prise des médicaments, ou des tests non réalisés correctement », précise Mme Quintas. Elle souligne que ce phénomène n’affecte pas seulement la qualité des soins, mais génère également un cout supplémentaire pour le système de santé.

Pour pallier ces difficultés, le gouvernement de l’Ontario a mis en place un plan d’action quinquennal visant à garantir que tous les Ontariens, d’ici cinq ans, auront accès à des soins primaires, y compris des médecins ou des infirmières praticiennes. Cependant, Diane Quintas reste sceptique quant à la possibilité de résoudre ce problème à court terme, surtout pour la communauté francophone. « On sait qu’il y a eu des critiques sur cette proposition. Est-ce que ça va se faire ? C’est à voir. » Selon elle, même si des efforts sont faits pour combler les lacunes, la question cruciale reste de savoir comment s’assurer que ces services sont offerts en français, surtout dans les zones rurales et moins accessibles du Nord de l’Ontario.

Un autre point essentiel soulevé par Mme Quintas est celui de la concordance langagière, c’est-à-dire l’importance de pouvoir communiquer avec un professionnel de la santé dans la langue maternelle du patient. « La concordance langagière est hyper importante pour le bien-être des patients, pour la sécurité, pour la santé », insiste-t-elle. Le fait de ne pas être servi dans sa langue peut avoir des répercussions négatives sur la prise en charge médicale, avec des patients qui, par exemple, n’accomplissent pas correctement les préparations nécessaires pour des tests ou des traitements en raison de la barrière linguistique.

Au-delà des défis immédiats dans le secteur de la santé, la conversation a également abordé un problème plus large : celui du bilinguisme au Canada. Diane Quintas souligne que, même si le pays se revendique bilingue, il existe un écart frappant dans la réalité de ce bilinguisme, surtout parmi la population anglophone.

Ici, au Canada, un pays qui se dit bilingue, on a de la difficulté à avoir des gens qui sont bilingues.

Elle fait remarquer qu’en Europe, les gens parlent couramment plusieurs langues, souvent par nécessité, mais que cette réalité semble difficile à atteindre au Canada. Cela soulève la question de la manière dont le système éducatif pourrait mieux préparer les Canadiens à devenir véritablement bilingues, à commencer par les anglophones qui apprennent le français à l’école. Selon Diane Quintas, bien que les programmes d’immersion en français existent, leur efficacité est mise en question. « On sait que toutes les écoles, du primaire au début des années du secondaire, offrent des cours de français. Pourtant, à la fin de la huitième ou de la neuvième année, la plupart des élèves ne maitrisent pas le français. »

Face à ces défis, le Réseau du mieux-être francophone met en œuvre des projets pour sensibiliser les professionnels de la santé à l’importance d’offrir des services en français. Le programme de formation sur l’offre active, par exemple, est destiné à aider les travailleurs de la santé à comprendre pourquoi il est crucial de fournir des services en français, et comment surmonter les obstacles lorsqu’un professionnel bilingue n’est pas disponible. Cette formation gratuite, maintenant largement adoptée, vise à créer une prise de conscience parmi les prestataires de soins, afin qu’ils comprennent leur responsabilité de s’assurer que les patients francophones reçoivent des soins adaptés à leur langue.

Les enjeux auxquels font face les francophones en Ontario, notamment en matière de santé, sont nombreux et complexes, mais des initiatives comme celles du Réseau du mieux-être francophone montrent qu’il est possible de faire avancer les choses. Toutefois, comme le souligne Diane Quintas, des efforts supplémentaires sont nécessaires, non seulement pour améliorer l’accès aux services de santé en français, mais aussi pour renforcer le bilinguisme au Canada, un enjeu fondamental pour l’avenir de la francophonie dans la région.

En attendant, il reste crucial de continuer à sensibiliser la population et les professionnels aux défis de la francophonie, et de chercher des solutions qui peuvent permettre à cette communauté de s’épanouir pleinement.

On peut rêver d’un avenir où le mieux-être pour tous est possible, mais il faudra beaucoup de travail pour y arriver.

En attendant, il reste crucial de continuer à sensibiliser la population et les professionnels aux défis de la francophonie, et de chercher des solutions qui peuvent permettre à cette communauté de s’épanouir pleinement.

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