États financiers
La directrice générale et artistique du CAH, Valérie Picard, avait annoncé l’an passé que les prochaines années allaient être plus difficiles. La situation n’a pas été prise à la légère et elle a été abordée en premier lieu dans le rapport annuel, plutôt qu’à la fin. Tant la direction que le conseil d’administration ont pris le temps de bien analyser les implications de ce déficit. Après mure réflexion, la décision de maintenir ses activités, malgré les difficultés financières, a été motivée par plusieurs facteurs, notamment la volonté de souligner les défis auxquels font face les organismes artistiques et culturels.
Grâce à un surplus accumulé, l’organisme a pu absorber ce déficit. Cependant, cette situation a également permis de mettre en lumière, de manière concrète, l’insuffisance du financement accordé aux organismes artistiques, un secteur qui fait face à des réalités économiques de plus en plus complexes et à des attentes croissantes de la part des instances décisionnelles.
« D’ailleurs je dois dire aussi que ce n’était pas une bonne chose d’avoir un surplus de 300 000 $ l’année passée. Quand nous avons fait nos demandes de subvention de fonctionnement au fédéral, à Patrimoine canadien puis au Conseil des arts de l’Ontario, on nous a questionnés sur le pourquoi nous avions autant d’argent en banque et pourquoi faire des demandes de subventions si nous n’en avons pas besoin », dit la directrice générale.
La directrice générale et artistique, Valérie Picard, explique que les montants reçus par le CAH de la part de Patrimoine canadien et de la Ville de Hearst en 2023 n’étaient pas la norme. « Pour mettre en contexte, la baisse au niveau du ministère du Patrimoine canadien, elle est 100 % relative au Fonds d’urgence liée à la covid que nous avions reçus en 2022-23. Ensuite, il y avait eu une subvention ponctuelle de 42 000 $ qui était distribuée juste pour une année également afin d’aider les organismes à reprendre leurs activités à la suite de la pandémie. »
L’organisme a réduit ses dépenses de 9 %, mais ce n’est pas assez pour éponger la perte de revenus que cela a occasionnée, et l’état des résultats présente un manque de 68 524 $.
Les activités
Le CAH a tenté de réduire le nombre d’activités pour équilibrer son budget sans diminuer ses subventions de fonctionnement, mais n’a pas obtenu l’accord des bailleurs de fonds. Malgré qu’elles fassent partie de son mandat, les activités de développement et sensibilisation ont été réduites de 75 000 $.
« Sachant qu’il fallait couper quelque part on avait quand même, le conseil d’administration et moi-même, accepté de faire un déficit cette année pour démontrer concrètement que la structure de financement public n’était pas logique. Surtout avec les augmentations de couts extraordinaires comme dans les trois ou quatre dernières années », déplore Valérie Picard. « Ça n’a juste pas de sens de pouvoir opérer comme avant et de s’attendre que le CAH réalise toutes les activités comme dans le passé. Donc c’est dans les activités de développement et de sensibilisation que les coupes ont été faites, comme des ateliers de théâtre ou des ateliers de danse qui ont zéro prospective de revenus pour nous, malheureusement. »
Ce ne sont pas toutes les activités de ce volet qui ont été coupées. Certaines choses sont à venir avec de nouveaux programmes de subventions auxquels le CAH fera appel pour essayer de réintroduire, par exemple, des ateliers de formation artistique.
Pour être en mesure d’augmenter les subventions, comme elle essaie de le faire d’année en année, Valérie Picard s’est informée auprès d’instances gouvernementales et d’organismes qui ont réussi pour leur part à en recevoir plus. Tous sont du même avis selon Valérie Picard. « On nous a dit que nos rendements étaient trop bons et c’est la preuve d’une bonne gestion. Aussi, le fait d’être dans une bonne situation financière donne l’impression aux bailleurs de fonds qu’il n’est pas nécessaire d’augmenter les fonds. La plupart des fonds sont destinés dans des cas où l’organisme est vraiment dans le trouble, donc sans faire de déficit sur papier on ne pouvait pas avoir d’augmentation de nos subventions. »
La Fondation du Conseil des Arts de Hearst
Avec la vente de son édifice il y a plusieurs années, le CAH avait un surplus de 1,2 million de dollars et ne pouvait pas garder ce montant dans ses liquidités, de là la raison derrière la création de sa fondation. Avec les intérêts générés par la somme, la Fondation du CAH est en mesure de remettre à l’organisme des dons annuels variant selon les intérêts qui sont perçus.
Les dons de la communauté ont augmenté de 6 000 $ par rapport à l’année précédente, mais ceux de la fondation également. « Les taux d’intérêt pendant la pandémie ou postpandémie ont été plus avantageux pour les investissements. Donc, pour les 4 ou 5 prochaines années, nous allons quand même recevoir beaucoup plus de la fondation que ce que nous recevions dans les premières années », précise Mme Picard.
Programmation
Un autre problème majeur est la programmation. Bien que le Conseil des Arts de Hearst souhaite continuer à offrir une programmation variée dans plusieurs disciplines artistiques, les couts élevés forcent à envisager des ajustements.
La formule de cachets s’est aussi transformée au cours des dernières années, il est donc plus difficile qu’auparavant de faire des profits, et ce, malgré le fait que ce soit un artiste de renom. Les cachets ne sont plus des prix fixes déterminés à l’avance, car la nouvelle norme c’est un cachet de base avec un partage de profits entre l’artiste et le CAH. « Dans le fond, si nous avions prévu faire par exemple 20 000 $ en billetterie, maintenant 70 % du montant va à l’artiste. Tandis qu’avant on pouvait mieux prévoir de faire des revenus avec les têtes d’affiche parce que tout l’argent excédant les dépenses nous revenait. Malgré nos tentatives de négociation pour revenir à l’ancienne formule, la réception n’est pas favorable autant en musique qu’en humour. »
De plus, les partenaires de diffusion rencontrent également des difficultés financières, ce qui complique encore plus l’organisation des tournées. « Ces défis rendent la programmation pour les saisons 2025-2026 particulièrement incertaine. Le ton du rapport peut sembler inquiétant, mais nous voulons démontrer notre résilience, mettre nos bottes, serrer la ceinture et passer à travers les moments difficiles. Nous sommes très encouragés ! Nos résultats sont super bons lorsque nous les comparons à d’autres centres. »
