le Mercredi 3 juin 2026
le Jeudi 29 janvier 2026 9:40 Opinions

Louis Grenier, homme de coeur et visionnaire

  Photo : Camp Source de Vie/Facebook
Photo : Camp Source de Vie/Facebook

(Louis Corbeil) Le lendemain du jour de l’An, j’ai reçu un terrible message m’informant que mon ami de longue date, Louis Grenier, était décédé. Louis vivait en Afrique, au Burkina Faso, dans la ville de Koudougou.

Louis Grenier, homme de coeur et visionnaire
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Quelques semaines avant sa mort, Louis fut victime d’un accident de la route. Il était arrêté à un feu rouge et un poids lourd qui le suivait ne s’est pas arrêté. Louis s’est retrouvé sous le camion, son pied coincé sous l’une des roues avant.

À l’hôpital, la décision fut prise d’amputer son pied. Sa jambe était fracturée à trois endroits. Malgré la sévérité de ses blessures et le traumatisme vécu, les médecins avaient déterminé que ses organes vitaux n’avaient pas été affectés. Tous croyaient qu’après une longue convalescence, il s’en sortirait.

J’ai parlé à Louis sur Face Time après son accident. Il était au lit, incapable de s’asseoir. Mais Louis gardait, comme toujours, un bon moral. Il m’a dit : « La vie est belle ! ». Nous n’étions toutefois pas certains si sa bonne humeur était due à son caractère ou aux effets de la morphine !

Mais entre Noël et le jour de l’An, Louis a été pris d’une forte fièvre et il est tombé dans un semi-coma. Sa tension artérielle a chuté et selon les médecins, il est décédé d’une insuffisance rénale le 2 janvier 2026, à l’âge de 70 ans.

Louis est né à Kapuskasing en 1956. Je l’ai rencontré à Cité des Jeunes. Nous sommes rapidement devenus amis. Alors que je terminais mon secondaire et m’inscrivais à l’Université Laurentienne, Louis entreprenait un long voyage autour du monde. Il a fréquenté les auberges de jeunesse en Asie, au Moyen-Orient et en Europe. Il a visité de nombreux pays qui, aujourd’hui, sont difficiles d’accès, surtout au Moyen-Orient. Son périple a duré plus de deux ans.

En 1978, après une année d’études à l’Université de Hearst, il décide de se consacrer à l’action communautaire. Il rejoint alors « Service à la jeunesse » (SAJ), un nouvel organisme dédié aux jeunes vulnérables. Dès son entrevue, il impressionne par sa vision structurée et novatrice.

J’étais alors à Hearst moi aussi et je travaillais pour la municipalité. Louis m’a approché pour que je devienne président de SAJ. Il m’a expliqué qu’il voulait baser les programmes de l’organisme sur les priorités que les jeunes défavorisés établiraient eux-mêmes. Après un processus de consultation, les jeunes ont déterminé qu’ils voulaient « faire de l’argent, avoir un local et faire du camping ».

Louis croyait fermement que la meilleure façon d’aider les jeunes, surtout les plus démunis, était de développer leur confiance en eux-mêmes et leur capacité à se prendre en charge.

Afin de répondre aux aspirations exprimées par les jeunes et de favoriser leur développement, Louis travailla, au cours des quatre années suivantes, à la mise sur pied de trois programmes principaux : une coopérative de travail, le « Drop In » et le camp Source de vie.

Grâce à la Coop, les jeunes participants pouvaient gagner un peu d’argent en offrant leur main-d’oeuvre. La Coop s’est transformée au cours des années subséquentes pour devenir le Centre de consultation à l’emploi des jeunes (CCEJ) et aujourd’hui connu sous le nom de Forma-jeunes.

Toujours fidèle aux désirs exprimés par les jeunes, Louis a pris en charge l’organisation d’activités au « Drop In », situé au Centre récréatif, qui est devenu un lieu de rencontre pour tous. Une monitrice était affectée au centre. En plus d’assurer la surveillance, elle était chargée de développer et de promouvoir des activités favorisant l’épanouissement social et individuel des jeunes.

L’oeuvre majeure de Louis pour la communauté de Hearst demeure le camp Source de vie. Au début, un camp au lac French était utilisé. Mais Louis voulait que SAJ ait son propre site. J’ai un beau souvenir de Louis et moi, faisant le tour du lac Kennedy en canoë à la recherche de l’endroit idéal. Et nous l’avons trouvé ! L’année suivante, le camp était bâti ; il est toujours là, 40 ans plus tard !

En 1985, Louis quitte Hearst pour Ottawa. Il continua dans le même domaine, mais cette fois à l’échelle provinciale. Il décroche un poste à Direction Jeunesse, où il applique la même philosophie pour aider les jeunes. Il supervisera la création, en collaboration avec de nombreux organismes, d’une quarantaine de coopératives jeunesse à travers la province.

En 1988, Louis déménage à Montréal. Il épouse Kim Fraser, avec qui il aura deux enfants, Sébastien et Raphaël. Tout en élevant ses fils, Louis poursuit son travail auprès des jeunes défavorisés. Au cours des 18 années suivantes, il supervise, en coopération avec de nombreuses organisations et ONG, plus d’une centaine de coopératives à travers le Québec.

En 2007, Louis s’engage dans une nouvelle aventure, toujours au service des jeunes Il oeuvre bénévolement pendant un an pour un organisme du gouvernement canadien au Burkina Faso. Il revient à Montréal en 2008, mais il avait eu la « piqûre » de l’Afrique et savait qu’il devait y retourner.

C’est en 2018 que Louis s’expatrie pour de bon. Il calcule qu’avec sa pension, aussi maigre soit-elle, il pourra vivre dignement en Afrique. Il y reprend son travail auprès des jeunes et, en peu de temps, il s’intègre à la communauté. Il habitait la ville de Koudougou.

En 2021, Louis et son épouse Kim divorcent à l’amiable. Lorsqu’il revient en visite, il loge chez elle.

En 2022, Louis se remarie avec une Africaine, Mariam, à Koudougou.

Tout au long de sa carrière, Louis est resté fidèle à ses principes. Bien que ses méthodes audacieuses et anticonformistes aient parfois pu déconcerter les tenants d’une approche plus traditionnelle, il avait la capacité de rallier les gens à sa cause. Il a prouvé que la confiance accordée à la jeunesse est le plus puissant moteur de changement.

Louis Grenier laisse derrière lui le souvenir d’un homme de coeur et d’un visionnaire.

Louis Corbeil