le Mercredi 3 juin 2026
le Lundi 8 Décembre 2025 12:17 | mis à jour le 10 Décembre 2025 12:21 Sciences

Le Nord de l’Ontario peut-il mieux défendre ses cultures de petits fruits ?

Photo d’un étudiant de Morel Kotomale qui met en valeur les réalisations du projet, en train de disposer les pièges dans les champs de fraises et de framboises.  — Photo de courtoisie
Photo d’un étudiant de Morel Kotomale qui met en valeur les réalisations du projet, en train de disposer les pièges dans les champs de fraises et de framboises.
Photo de courtoisie

Le Collège Boréal a obtenu une subvention de près de 150 000 $ dans le cadre de l’Initiative ontarienne pour la recherche agroalimentaire (IORA) afin de développer une stratégie intégrée de lutte contre la drosophile aux ailes tachetées, un insecte envahissant aux conséquences néfastes sur la production fruitière du Nord de l’Ontario.

Le Nord de l’Ontario peut-il mieux défendre ses cultures de petits fruits ?
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Ce financement du gouvernement permettra au secteur Recherche et Innovation Boréal (RIB) de mettre au point, sur deux ans, une approche alliant surveillance accrue, diminution de la fréquence des pulvérisations chimiques et utilisation de méthodes de lutte biologique.

Le projet est dirigé par Morel Kotomale, chercheur associé en agriculture, ainsi que par Dr Jean Pierre Kapongo, professeur aux programmes agricoles du Collège Boréal.

M. Kotomale a souligné que le Collège Boréal travaille présentement avec de nombreux producteurs dans le Nord de l’Ontario afin de trouver des solutions aux problèmes auxquels ils sont confrontés.

C’est d’ailleurs dans ce contexte, dit-il, que l’un de leurs partenaires, Leisure Farms, les a approchés. L’entreprise, située à West Nipissing, leur avait fait part de plusieurs préoccupations majeures liées à la culture de framboises.

«Après s’être déplacés pour aller sur le terrain et constater des faits, nous avons pu identifier un ravageur spécifique qui a une particularité très différente. En effet, ce type de ravageur du nom de drosophile aux ailes tachetées pond des œufs à l’intérieur des fruits. Les laves se développent dans ces fruits et finissent par rendre les fruits pourris», explique-t-il.

Morel Kotomale a précisé que les larves de cet insecte avaient commencé à se développer à l’intérieur des fruits et que ce fléau avait déjà provoqué des contaminations, risquant également d’entrainer des pertes économiques pouvant atteindre 100 % si rien n’est fait.

D’après le chercheur associé en agriculture au Collège Boréal qui est au cœur de ce projet, le financement provincial pour la recherche agroalimentaire qu’ils ont obtenu leur a permis, dans un premier temps, d’effectuer la surveillance des cultures de petits fruits dans plusieurs régions de l’Ontario, notamment dans le Nord-Est, soit Sudbury, West Nipissing et Timiskaming, afin d’identifier la présence de cette drosophile.

La deuxième étape, ajoute Morel Kotomale, consistera à établir une cartographie des points chauds de cette drosophile dans ces trois régions.

«Grâce à cette cartographie, nous allons pouvoir identifier les endroits où la drosophile est plus en forte population ou en faible population. Et après avoir identifié cet endroit, nous aimerons également évaluer l’impact économique que cet insecte peut engendrer à la culture des framboises. Donc, pour un producteur, quelle est la présence d’une drosophile dans son champ et s’il n’applique pas les bonnes méthodes, qu’est-ce que cela peut lui couter en termes de prix ?»

Ce projet, mené en collaboration avec trois entreprises nord-ontariennes, soit Leisure Farms, Ferme Beaulieu Farm et Aidie Creek Gardens, a débuté l’été dernier pour une durée de deux ans et sera finalisé en mars 2027. Un tel travail d’équipe pourrait permettre d’adapter les méthodes testées aux réalités des producteurs locaux et assurer un transfert rapide des connaissances sur le terrain.

Selon M. Kotomale, la drosophile est un insecte qui apprécie particulièrement les framboises, mais ils ont également observé sa présence dans les cultures de fraises, qu’il s’agisse de fraises d’été ou d’automne. Quel que soit le type de fraises, cet insecte peut s’y retrouver, ce qui pose un risque d’adaptation puisqu’il est capable de se déplacer d’une culture à une autre pour se nourrir.

«C’est un insecte qui a un cycle de développement très court, environ même sept jours déjà pour pouvoir se multiplier. Donc, elle pond assez d’œufs sur les cultures et ces œufs vont se transformer après en larves. Et puis, au cours de l’évolution de ces larves-là, on aura plus d’adultes et ces adultes vont aller peupler encore d’autres types de fruits.»

Morel Kotomale a insisté sur l’importance de la collaboration avec ses trois partenaires agricoles de la province tout en les remerciant du fait qu’ils leur ont facilité le travail en ouvrant leurs champs, ce qui a permis de pouvoir identifier les points chauds ce cet insecte. Grâce à ces partenaires, l’équipe de recherche a pu évaluer l’efficacité de différents produits biologiques en utilisant leurs fermes pour effectuer des tests après avoir réalisé des expérimentations en laboratoire.

La directrice de Recherche et Innovation Boréal (RIB), Sabine Bouchard, souligne l’importance de cette initiative pour l’économie régionale.

«Grâce à l’expertise grandissante de nos programmes en agriculture et à l’expérience de nos équipes, le Collège Boréal poursuit les objectifs de son mandat visant à appuyer les communautés qu’il sert, notamment dans le cadre de projets de recherche appliquée aux retombées concrètes pour les entreprises de nos régions. Nous sommes particulièrement reconnaissants envers l’Initiative ontarienne pour la recherche agroalimentaire dont l’appui est essentiel afin de stimuler la croissance de ces entreprises innovantes qui encouragent l’autonomie alimentaire de l’Ontario et du Canada.»