Avec le contexte actuel de fierté entourant les Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens en lien avec la célébration du 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien, M. Hébert a partagé ses impressions sur les activités auxquelles il a participé la semaine dernière, avant de se prononcer sur les défis de la francophonie.
Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO)
« J’étais la semaine dernière sur les terres où le premier lever du drapeau franco-ontarien a eu lieu. J’étais à l’Université de Sudbury pour honorer le 50e du drapeau et le faire exactement là où il avait été hissé pour la première fois. C’était une célébration incroyable. On a emprunté une tradition des Acadiens pour notre 50e, c’est-à-dire qu’on a fait un Tintamarre. On a donc invité plein d’élèves des écoles primaires d’alentour de Sudbury et nous étions environ 800. »
Des figures politiques au rendez-vous
Aux dires de M. Hébert, lors de cette célébration plusieurs autorités provinciales étaient présentes, notamment la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, la lieutenante-gouverneure Edith Dumont ainsi que plusieurs politiciens. La journée était remplie de figures marquantes de la politique ontarienne venues célébrer le 50e du drapeau franco-ontarien.
« On a marché environ un kilomètre en Tintamarre, du bureau de l’Université Laurentienne jusqu’aux locaux de l’Université de Sudbury, accompagnés par la voiture de la police provinciale avec le drapeau franco-ontarien. Ça a été une célébration incroyable et une grande réussite. »
Les défis de la francophonie selon Fabien Hébert
Parmi les défis actuels de la francophonie, Fabien Hébert a rappelé qu’à peine élu président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, son objectif principal était non seulement de faire rayonner la francophonie ontarienne en Ontario, mais aussi à l’échelle internationale.
« C’est sûr qu’on veut faire connaitre la réalité de notre francophonie et c’est ce qui est en train de se produire. L’Ontario commence à prendre de plus en plus de place sur la scène mondiale. On sait que maintenant l’Ontario est observateur de l’OIF. Donc, ça nous permet d’avoir accès à cette plateforme, de faire valoir et connaitre nos artistes et nos produits. C’est incroyable, et ça nous ouvre des portes. »
Un double message lors de la célébration
Lors de la célébration du 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien à Sudbury, M. Hébert a souligné le fait que de nombreux messages ont été transmis.
« Jeudi dernier, il y avait vraiment deux volets. Le premier volet des messages donnés par la majorité des gens, c’était : écoutez, on célèbre la réussite de ce qu’on a accompli grâce à notre drapeau. L’identité, la culture qu’on met de l’avant et le rayonnement du drapeau ont joué un rôle majeur. On a créé un emblème reconnu partout dans les écoles, et les enfants identifient plus facilement le drapeau franco-ontarien que le drapeau de l’Ontario, par exemple. D’un autre côté, on a célébré, mais on a aussi parlé de l’avenir et de la nécessité de continuer à se définir comme peuple. L’image de la francophonie ontarienne est clairement en train de changer .»
Selon le président, la province accueille de plus en plus de nouveaux arrivants francophones, ce qui demande une adaptation à cette nouvelle réalité. « On doit s’adapter à cette réalité. Donc, on doit se questionner. Comment voyons-nous les 50 prochaines années ? Comment allons-nous de l’avant ? Et puis, on doit continuer à faire avancer notre francophonie et faire certain qu’on prend du succès en le faisant. »
Quelques obstacles liés à la reconnaissance du lever du drapeau
M. Hébert demeure conscient des défis persistants, notamment concernant l’unanimité autour du drapeau franco-ontarien dans certaines municipalités.
« On se cache souvent derrière d’autres prétextes, comme nos amis à Geraldton. Ils disent ne pas vouloir désigner un mois franco-ontarien, parce qu’il faudrait ensuite donner 52 mois à d’autres communautés. Pour moi, ce n’est pas acceptable. Je pense que la réalité c’est que le Canada est un pays bilingue et nous devrions être capables de reconnaitre la francophonie partout dans la province. On devrait être capable de reconnaitre la part de la francophonie partout à travers la province. Les entreprises franco-ontariennes, par exemple, contribuent à hauteur de 80 milliards au PIB de la province. Nous parlons d’une contribution significative, bien plus grande que notre démographie. »
Contribution économique des Franco-Ontariens
Le président de l’AFO a précisé que les francophones de l’Ontario représentent actuellement 4,6 % de la population, mais qu’ils contribuent à la hauteur d’environ 6 à 7 % du PIB provincial, se montrant même plus productifs que leurs homologues anglophones.
M. Hébert a rappelé que le drapeau franco-ontarien a été initié en 1975 par Gaétan Gervais, professeur à l’Université Laurentienne, et son étudiant Michel Dupuis.
« Le drapeau franco-ontarien a été créé suite à la crise identitaire au Québec. Parce que les Québécois ont décidé d’arrêter de s’appeler des Canadiens français et ont commencé à se définir comme Québécois. Ce qui a créé un vide au niveau du Canada français et dans l’identité des autres Canadiens français. Parce que là, on perdait les Canadiens français du Québec. Et puis, dans cette crise identitaire là, la nécessité de se rallier alentour d’une identité qui n’est pas l’identité du Québec, a donné naissance au drapeau franco-ontarien. »
Un symbole et l’identité
D’après Fabien Hébert, le drapeau franco-ontarien symbolise la fierté et l’identité des francophones de l’Ontario. La fleur de lys représente la francophonie, la rose trémière représente l’Ontario, tandis que le vert et le blanc évoquent respectivement l’espoir, l’été, la paix et l’hiver.
Des inquiétudes face aux coupes fédérales
Concernant le gouvernement fédéral, M. Hébert a exprimé des inquiétudes quant à l’annonce de coupes budgétaires de 15 % dans tous les programmes.
« On sait déjà que les programmes qui sont issus du patrimoine canadien sont vraiment la chose principale de nos groupes communautaires en Ontario et partout au Canada. Une coupure de 15 % va probablement vouloir dire la disparition de plein d’organisations, d’organismes, de groupe de sports. Ce n’est pas acceptable. C’est sûr que ça, c’est un gros travail qu’on va faire au niveau fédéral avec nos collègues acadiens de la fédération des communautés francophones acadiennes du Canada (FCFA). »
Des enjeux touchant la santé, l’immigration et l’éducation
Au niveau provincial, M. Hébert a confirmé qu’il poursuivra son travail dans le domaine de la santé, malgré l’annonce de la création du centre de planification provincial. Ce centre devrait contribuer à façonner l’avenir de la santé des francophones dans les prochaines années, mais il reste encore beaucoup à réaliser.
« Il y a beaucoup de travail à accomplir avec l’immigration francophone, des services aux nouveaux arrivants et des services à la petite enfance. Il y a de la difficulté aussi au niveau du financement de nos institutions postsecondaires comme l’Université de Hearst et de l’Université de Sudbury. Il faut qu’il ait une volonté de la part du gouvernement de s’assurer que la minorité a accès à une l’éducation de qualité, pareille comme la majorité. C’est un travail que nous allons continuer à faire pendant la prochaine année… »
