le Mercredi 3 juin 2026
le Jeudi 2 octobre 2025 10:00 | mis à jour le 2 octobre 2025 10:39 Économie et finances

Le syndicat des travailleurs de Postes Canada est en grève nationale

  Photo : Phillip Jeffrey/Flickr
Photo : Phillip Jeffrey/Flickr

Les travailleurs des postes sont en grève nationale à la suite de l’annonce du gouvernement du Canada, qui a ordonné une transformation en profondeur de Postes Canada. Josiane Grenier, présidente du syndicat de Postes Canada pour les sections locales de Kapuskasing et Hearst, était notre invitée à l’émission L’info sous la loupe afin de parler de la situation actuelle.

Le syndicat des travailleurs de Postes Canada est en grève nationale
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Selon Josiane Grenier, le syndicat a déclenché une grève jeudi soir, immédiatement après la déclaration faite par le ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Joël Lightbound.

« On a été tous surpris jeudi soir quand l’annonce a été faite. En réalité, ça provient des annonces que le ministre Joël Lightbound a faites la journée de jeudi dernier. C’est après que le syndicat s’est rencontré au niveau national à Ottawa ; la décision a été prise à partir de ce moment-là. Donc, on ne s’y attendait pas du tout », explique Mme Grenier.

Une annonce surprise du ministre

C’est l’annonce virulente du ministre, affirmant qu’il allait retirer tous les postiers, qui a poussé le syndicat à décréter cette grève. Selon lui, plus personne ne recevra de lettres à domicile, et des casiers communautaires seront installés partout au Canada dès l’été prochain.

D’après Josiane Grenier, la semaine dernière, le syndicat a rencontré le ministre pour discuter de la situation et, pour être 100 % honnête, dit-elle, cette annonce-là a été une surprise. Lors de cette rencontre, aucune déclaration n’avait été faite, et le sujet actuel qui a causé cette grève n’avait même pas été abordé.

« Le ministre avait même dit qu’il comprenait les employés et qu’il était conscient de la réalité. Et puis, il voulait vraiment garder Postes Canada comme étant un service public. Donc le syndicat, à ce moment-là, n’avait aucune raison de douter que ce genre d’annonce serait fait le jeudi après-midi. »

Pas de négociations

La présidente du syndicat de Postes Canada pour les locaux de Kapuskasing et Hearst a souligné qu’en réalité Postes Canada n’a pas négocié avec les employés depuis le mois de décembre de l’année dernière.

« Lorsqu’on a été en grève la dernière fois, il y a eu quelques rencontres qui se sont faites ici et là. Mais il n’y a jamais eu vraiment de négociation. En réalité, Postes Canada nous a envoyé une offre qu’elle considérait comme étant son offre finale. Le gouvernement nous a imposé de voter sur cette offre-là, à tous les employés, même si le syndicat ne l’avait pas acceptée. Normalement, dans les démarches officielles, le syndicat devrait accepter l’offre en premier et faire voter les employés par la suite. Les employés, au-dessus de 70 %, ont rejeté cette offre-là, mais le gouvernement fédéral a encore décidé de boycotter les négociations et puis d’imposer sa propre version. »

Un manque de rentabilité contre le service public

Selon Mme Grenier, Postes Canada et le gouvernement fédéral sont probablement en train de discuter de ces questions-là depuis longtemps, sans n’avoir jamais averti le syndicat de leurs intentions.

« La très bonne question c’est : qu’est-ce qu’ils veulent ? Mais je pense que leur point principal est qu’ils veulent essayer de couper le plus possible les services pour rendre Postes Canada plus rentable. La chose qu’il faut comprendre, c’est que Postes Canada n’a jamais été créée pour être une entreprise à but lucratif. C’est une entreprise de service aux Canadiens, de Halifax à Vancouver, en incluant les grosses villes et les petites villes. Ce n’est pas une business qui devrait être rentable nécessairement. On espérait seulement qu’elle ne perde pas d’argent. Mais la réalité, c’est que vraiment à ce point-ci, c’est l’argent qui est le point principal. Donc, ils veulent couper des services, pour faire plus d’argent. »

Mme Grenier craint une réduction importante des services, soulignant que plusieurs communautés dépendent de Postes Canada comme unique lien de communication avec l’extérieur, parfois situé à de très grandes distances. Selon elle, cette transformation ne sera pas au bénéfice des citoyens.

Les communautés rurales menacées

Quant au ministre, lors de son point de presse jeudi dernier, il a indiqué que Postes Canada perd 10 millions de dollars par jour. Mais Mme Grenier affirme que beaucoup d’infrastructures ont été bâties par Postes Canada au cours des dernières années. « Ces infrastructures-là ont été comptées comme un déficit, mais en réalité c’est un investissement. Et puis, pour les gens qui ont des business, normalement pour un investissement, tu ne comptes pas ça comme une dépense automatiquement du jour un. Tu le répartis sur plusieurs années. Donc, c’est assez difficile pour nous de savoir quelle est la réalité des chiffres qui sont nommés, parce qu’on n’a pas vraiment la possibilité de vérifier ces chiffres-là. »

En outre, la présidente du syndicat de Postes Canada pour Kapuskasing et Hearst a mentionné que le gouvernement avait l’intention de mener une enquête publique sur les opérations de l’entreprise. Mais elle ne sait pas si ça va avoir lieu ou pas.

« On n’a pas eu de nouvelles à ce sujet-là. Mais c’est certainement quelque chose que les employés aimeraient qu’il se produise. Une vraie vérification des états pour avoir la vraie réalité, parce qu’en ce moment, on n’a que leur version. Mais c’est juste ce qu’on a. C’est donc difficile de dire si c’est vrai ou faux. »

Dans la région de Kapuskasing, de Hearst et des localités environnantes, l’annonce du ministre fédéral Joël Lightbound pourrait avoir certaines répercussions.

« Dans son annonce de jeudi dernier, le ministre a parlé des bureaux de poste ruraux. Donc évidemment, on a les plus grosses villes, ça veut dire Cochrane, Kapuskasing et Hearst qui ont de plus gros centres. Mais toutes les autres municipalités entre ces villes-là ont de petits bureaux de poste ruraux. Et puis, lors de son annonce, le ministre a dit à Postes Canada qu’elle avait le droit de fermer ces bureaux-là si elle le désirait. »

 Selon Mme Grenier, des boites postales communautaires pourraient être implantées, ce qui obligerait les habitants à se déplacer pour récupérer leur courrier.

« On va peut-être dire ok, ce n’est pas si pire. Ça peut être quand même proche de la maison. Mais la journée où ces gens ont besoin de poster quelque chose ou un colis, ils vont devoir effectuer un plus grand déplacement pour se rendre à l’une des grosses villes pour faire un envoi. Ce sont ces services aux gens qui sont perdus en réalité. Ce n’est vraiment pas nos intentions. Nous, on veut continuer de servir les gens de la meilleure façon possible. Mais à ce point-ci, on ne nous donne pas vraiment le choix. »

Salaires et conditions de travail en question

L’entente idéale que le syndicat attend, selon Josiane Grenier, serait de ne pas couper les services aux citoyens. « Du côté de Hearst, il y avait six employés. Mais à Kapuskasing, ça a varié un peu parce qu’on a des employés temporaires. Donc, on peut dire qu’on est entre quinze et vingt. Mais si on élimine le service de livraison aux portes, on pense que plus de la moitié des employés perdraient leur emploi. S’il n’y a pas de service aux portes, on n’a pas besoin de plusieurs facteurs. »

Josiane Grenier a rappelé également que ce que les gens ne savent pas, c’est que leur convention collective, en réalité, a expiré en 2022 durant la covid. Et puis, les employés ont tous accepté de reporter la date de deux ans, sans aucune augmentation de salaire et sans aucun changement sur la convention collective.

« Donc de 2022 à 2024, on n’a rien eu, mais c’était une offre qui a été acceptée par les employés, considérant la situation avec la covid. On trouvait que ce n’était pas le bon moment pour négocier. Depuis 2022, les employés n’ont eu aucune augmentation de salaire et, avec l’inflation, c’est sûr que les salaires vont faire partie des ententes qu’ils veulent négocier. »

Selon Mme Grenier, il y a aussi plusieurs autres éléments concernant la situation des employés, notamment concernant leurs bénéfices pour les assurances et diverses demandes, mais l’entreprise ne réagit pas.

« Le problème est que la seule chose qu’on voit en retour, c’est que Postes Canada veut juste couper les emplois, avoir des postes à temps partiel seulement et pas d’emplois à temps plein. Avec le cout de la vie aujourd’hui, ce n’est pas quelque chose de réaliste. »

Quant au salaire actuel que quelqu’un peut gagner à Postes Canada, d’après Josiane Grenier, ça dépend des catégories et de l’expérience. « Aujourd’hui, si vous êtes engagés, le salaire de base est 23 $ l’heure. Et puis, selon les catégories, l’expérience et l’ancienneté, je crois que ça tourne autour de 30 $ pour le salaire maximum. Les gens ont encore en tête qu’anciennement, travailler pour la poste, c’était avoir les meilleures conditions. Mais avec les autres offres d’emplois qui sont autour maintenant, ce n’est pas si compétitif, non. »

Une grève à durée incertaine

Présentement, il y a une certaine incertitude concernant la grève. La présidente du syndicat pour les succursales de Hearst et Kapuskasing dit qu’elle ne sait pas si la grève sera longue, comme celle qui avait eu lieu en novembre dernier, ou non.

« On a eu du froid la dernière fois quand on a fait la grève l’année dernière. On espère tous que ça se règle rapidement, mais en réalité je n’ai aucune idée. On est censés recevoir une autre offre de l’employeur la semaine prochaine, mais encore une fois, sans aucune négociation avec le syndicat des employés. Donc, qu’est-ce que cette offre-là va nous proposer ? Je n’ai aucune idée. Est-ce que le syndicat va décider de continuer la grève plus longtemps ? C’est vraiment difficile à dire à ce point-ci, parce qu’on attend encore cette offre-là et il n’y a pas de discussion entre les deux parties. »

Pour Josiane Grenier, si la discussion entre l’employeur et le ministre avait commencé depuis longtemps, peut-être que la situation ne serait pas rendue à ce niveau-là.

« Est-ce que Postes Canada savait déjà que le ministre allait imposer ces mesures-là jeudi dernier ? Effectivement, les offres qu’ils nous ont faites n’étaient pas du tout réalistes par rapport à la demande qui avait été soumise lors du début des négociations en 2024. Donc à ce point-ci, c’est juste essayer de trouver jusqu’à quel point le syndicat va se plier. Mais nous, on est dans le noir et on n’a aucune idée de ce qui s’en vient. Et on n’a aucune idée non plus sur combien de temps la grève peut durer. »

En fin d’entrevue, Mme Grenier a précisé que leur but n’est pas de nuire à la population et que ce n’est pas du tout leur intention. Toutefois, compte tenu des circonstances, la grève est le seul moyen pour exprimer leur désaccord.