Ce n’est pas la première fois que le bois d’œuvre canadien devient l’objet de tensions commerciales avec les États-Unis. Déjà en 2006, après cinq années de batailles judiciaires intenses, le Canada et les États-Unis avaient signé un accord pour encadrer le commerce du bois d’œuvre résineux. Cet accord faisait suite à une plainte du Canada auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui lui avait donné raison face aux accusations américaines de subventions illégales.
L’accord, entré en vigueur le 12 octobre 2006 pour une durée de sept ans, renouvelable deux années supplémentaires, visait à éviter les conflits récurrents liés aux droits compensateurs et antidumpings imposés par les États-Unis. Toutefois, à son expiration en octobre 2015, aucun renouvèlement n’a été conclu, laissant le secteur sans cadre formel pour réguler les échanges et les différends.
Les États-Unis ont toujours soutenu que le système canadien de redevances forestières, notamment les droits de coupe perçus par les provinces, constituait une forme de subvention déguisée, permettant au bois canadien d’être vendu à des prix injustement bas sur le marché américain.
Le Canada, de son côté, défend son système comme équitable et conforme aux règles de l’OMC, insistant sur la transparence des processus provinciaux de gestion forestière.
Dans le contexte actuel, l’annonce de cette hausse significative des droits antidumpings, couplée à leur application rétroactive par le département du Commerce des États-Unis, déclenche une onde de choc dans l’industrie canadienne du bois.
Colombie-Britannique
En Colombie-Britannique, l’Association des transformateurs de bois indépendants tire la sonnette d’alarme. Dans un communiqué publié vendredi dernier, elle affirme que « des centaines de petites et moyennes entreprises pourraient être contraintes de fermer leurs portes » si aucune mesure d’aide n’est rapidement mise en place.
Andy Rielly, président de l’Association, n’a pas hésité à réagir face à cette situation : « Cette décision américaine met en péril non seulement des entreprises familiales établies depuis plusieurs générations, mais aussi des milliers d’emplois dans des régions rurales déjà fragilisées économiquement. »
M. Rielly exhorte le gouvernement fédéral à instaurer sans délai des programmes de soutien pour aider les entreprises touchées à affronter ce coup dur.
L’un des aspects les plus controversés de cette décision est l’application rétroactive des droits, couvrant une période de plus de 18 mois. Concrètement, les exportateurs canadiens devront verser des montants significatifs sur les produits déjà expédiés depuis le début de l’année 2023. Pour plusieurs petites entreprises, cette rétroactivité équivaut à une facture imprévue et impossible à absorber.
Le gouvernement canadien, de son côté, se montre prudent, mais reconnait l’urgence de la situation. Le premier ministre Mark Carney a récemment évoqué la possibilité d’inclure des quotas sur le bois d’œuvre résineux dans un éventuel futur accord commercial avec les États-Unis. Une telle approche pourrait permettre de stabiliser les échanges et de réduire les risques de mesures unilatérales de la part de Washington.
Au-delà des chiffres, ce conflit sur le bois d’œuvre illustre les tensions persistantes dans les relations commerciales nord-américaines.
Malgré leur interdépendance économique, le Canada et les États-Unis continuent de se disputer sur des enjeux clés, comme l’agriculture, les métaux ou le bois d’œuvre.
Dans le cas présent, l’intransigeance américaine pourrait aussi s’expliquer par des considérations politiques internes entre les deux pays, particulièrement avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
