Ces « pouvoirs de maires forts » existent déjà dans 47 municipalités, dont Toronto et Ottawa, et permettent aux maires de prendre certaines décisions plus rapidement, sans avoir à passer par tout le conseil municipal. Dans le nord de la province, les villes de Kapuskasing, Cochrane, Timmins, Iroquois Falls, Black River-Matheson, Greenstone et plusieurs autres font également partie de la liste. Le gouvernement espère que cela aidera à débloquer des projets importants, notamment en lien avec la crise du logement.
Pour le maire de Hearst, Roger Sigouin, cette nouvelle n’aura pas d’incidence dans sa manière de gouverner le conseil. « Je n’ai pas tout à fait terminé de lire les documents qui expliquent ce que ça implique, mais ce n’est pas le genre de personne que je suis d’avoir envie de travailler seul, je préfère travailler en équipe. Oui, c’est pour le développement immobilier que le maire pourrait prendre des décisions, mais quand même que nous voudrions bâtir, si nous n’avons pas d’argent pour le faire, ça ne donne pas plus de pouvoirs. »
Le maire avoue également qu’à la dernière rencontre de l’Association des municipalités de l’Ontario, seulement deux maires étaient en accord avec ce principe de pouvoir, tous les autres étaient plutôt en désaccord. « Il faut travailler en équipe et de se mettre à dos le reste du conseil ce n’est pas la chose à faire et tout le monde pensait la même chose. »
Les municipalités concernées devront avoir un conseil municipal de six membres ou plus. Les nouveaux pouvoirs permettront aux maires, entre autres, de proposer directement le budget de la Ville, de nommer des responsables municipaux, ou encore de créer des comités du conseil. Elles pourront aussi proposer ou bloquer des règlements municipaux estimés aller à l’encontre (ou au contraire, qui favorisent) les priorités de la province, comme la construction de logements.
De son côté, le ministre des Affaires municipales et du Logement, Rob Flack, a déclaré que : « Les maires connaissent bien les besoins de leur communauté. Nous voulons leur donner les bons outils pour agir plus rapidement. »
Ces pouvoirs, mis en place pour la première fois en 2022, visent à simplifier les démarches administratives et à aider les municipalités à avancer plus vite sur des projets importants. Le gouvernement assure que des mécanismes de contrôle resteront en place pour éviter les abus, notamment avec la supervision des conseillers municipaux.
Rob Flack, ministre des Affaires municipales et du Logement
Controverse
La Ville d’Orillia fait déjà les manchettes à ce sujet. Les super pouvoirs ont été donnés au maire Don McIsaac le 3 avril dernier lors de la tempête de verglas qui avait déclenché l’état d’urgence municipale.
Cependant, plusieurs membres du conseil remettent en question la légitimité de cette demande, estimant que la loi sur les situations d’urgence lui donnait déjà les outils nécessaires pour agir. Le maire n’a pas fourni d’exemples concrets justifiant son besoin de pouvoirs supplémentaires.
L’une des premières décisions de McIsaac avec ces nouveaux pouvoirs a été de congédier le nouveau directeur général de la Ville avant même son entrée en fonction, malgré que le conseil ait validé son embauche. Cette action pourrait entrainer des conséquences juridiques et financières pour la Ville.
Certains estiment que cette manière d’agir sape la collaboration au sein du conseil municipal et nuit à la gouvernance locale. La situation soulève des préoccupations sur l’utilisation des pouvoirs de « maire fort » et leur impact sur la démocratie municipale.
Roger Sigouin, de son côté, dénonce ce genre de situations. « Je ne suis pas pour cela du tout. Ça va à l’encontre de la démocratie. Les élus ont été choisis par la population pour les représenter, donc je crois qu’il vaut mieux travailler ensemble et non le contraire. »
