Noël Villeneuve est né le 25 décembre 1910 à Sainte-Anne-des-Plaines. Il fréquente l’école élémentaire au village et fait son secondaire au séminaire de Sainte-Thérèse-de-Blainville. Un de ses collègues est nul autre que René Lecavalier, qui sera plus tard l’annonceur des joutes du Canadiens de Montréal, et un des surveillants du dortoir est l’abbé Paul-Émile Léger qui sera plus tard archevêque de Montréal et cardinal.
Vers la fin des années 1920, la crise arrive et les prix ainsi que les salaires tombent à Sainte-Anne-des-Plaines comme ailleurs. L’abbé Ouellette, frère de la mère de Noël, tout comme les missionnaires colonisateurs, fait de la propagande pour le nord de l’Ontario. Ils visitent des paroisses au Québec, demandant de l’aide pour ceux qui veulent s’établir dans le nord de l’Ontario. L’abbé Ouellette amène Noël et Sébastien (son frère) à Montréal durant trois mois. Ils reçoivent des petits dons dans un entrepôt et les regroupent en plus gros paquets. Ils chargent ensuite ces paquets sur deux wagons du chemin de fer avec des machines agricoles d’une valeur de 5000 $ : herse à disques, charrue à casser, moulin à faucher, semeuse – les outils principaux pour défricher et cultiver. Il y a aussi un tracteur à chenilles payé 1400 $ dollars.
Noël a 19 ans. Lui et Sébastien montent à Hearst en janvier 1931 avec la marchandise. Mgr Hallé les reçoit. Ils déchargent la marchandise. Mgr Hallé décide de garder les provisions jusqu’au printemps puisque la plupart des colons buchent en hiver au lac Sainte-Madeleine, près de Jogues. Ils ne gagnent pas cher, mais cet argent devrait leur suffire jusqu’au printemps. Les provisions alimentaires sont placées dans la beurrerie de Thomas Jacques, l’autre côté de la rivière. Noël et Sébastien viennent travailler au lac Sainte-Madeleine. Les deux frères transportent du bois du lac Sainte-Madeleine jusqu’au chemin de fer Algoma Central. Ils demeurent chez Édouard Hamann.
Durant l’hiver, la beurrerie est défoncée. Il semble que certains colons croient que la nourriture aurait dû être distribuée immédiatement à l’arrivée. Dans ce temps, l’aide financière, les biens matériaux donnés, les décisions de partage, enfin tout, passe par le clergé. C’est une cause de griefs pour plusieurs colons de la région.
Au printemps 1932, les frères Villeneuve déménagent dans un petit shack en bois rond le long de la concession à Lionel Verreault près de l’Algoma Central. Noël laboure avec le tracteur à chenilles dans le rang 12 à Jogues, entre autres. Il reçoit les ordres de l’évêché d’aller labourer telle terre et il doit y aller : cet équipement est au service de la colonisation. Les frères Villeneuve retournent chez eux en décembre 1932.
Le 24 décembre, à Montréal, l’abbé Ouellette lui présente sa future femme Marie-Antoinette Lavoie, une infirmière graduée qui vit à Montréal. Noël est très timide, mais même s’il demeure à Sainte-Anne-des-Plaines, il la fréquente les fins de semaine et lui écrit pendant la semaine. Noël épouse Marie-Antoinette le 18 février 1933. Ils partent l’automne suivant pour venir s’établir à Hearst.
À son arrivée en 1933, Noël s’installe sur la terre qui devient plus tard le site du Cécile Trailer Park, à l’est de Hearst.
Pendant l’été, Noël continue à labourer avec son petit tracteur à chenilles pour les colons de la région. En hiver, avec Sébastien, il transporte du bois, puis devient ami avec Arthur Lecours. Arthur et Fred Lecours veulent que Noël et Sébastien se joignent à eux pour transporter du bois à longueur d’année, mais les frères Villeneuve veulent cultiver en été.
Noël trouve une terre près de Hallébourg, accessible de la grande route et du chemin de fer. C’est tout en branches, mais il commence à construire en mai 1934. Les planches de 1 par 3 sont sciées au moulin des Poliquin derrière Hallébourg, qui appartenait à François Richard. Noël habite cette même maison jusqu’à son décès.
Juin 1934 – Construction de la maison – Marie-Antoinette et Noël à la gauche
Pendant plusieurs années, Noël reçoit des nouveaux arrivés chez lui. Il les aide à apprivoiser le pays et à se trouver une terre. Il aide ainsi Arthur Lecours, Jos Morin, Fred Lachance et Lorenzo Morin pour en nommer quelques-uns. Il construit même quelques shacks en bois sur sa terre et les nouveaux arrivants peuvent s’y installer en attendant de se trouver une terre. Il y en a souvent une dizaine à la fois. Mme Villeneuve fait la nourriture pour tout le monde. Ils achètent en gros et la société de colonisation paye la facture.
Tous les dimanches et lors des autres services religieux, les Villeneuve s’occupent du chant à l’église Sainte-Anne de Hallébourg. Marie-Antoinette joue de l’orgue et Noël dirige le chant.
Noël passe aussi beaucoup de temps à lutter pour la cause des Canadiens français. Ceux-ci sont en majorité, mais la langue anglaise domine. Il n’y a pas une enseigne en français. Au High School, il n’y a aucun sujet en français et les prêtres ne sont pas admis.
Noël s’implique aussi dans la cause des mouvements coopératifs, des caisses populaires et des conseils scolaires dans la région. Il est secrétaire de la commission scolaire pendant une quinzaine d’années, membre fondateur de la Caisse Populaire et du mouvement coopératif à Hallébourg.
Villeneuve a des réunions presque tous les soirs. Il suit des cours sur le mouvement coopératif avec Anatole St-Martin, Henri Leclerc, Ovila Leclerc, Camille Brochu… Le mouvement commence dans le vieux garage d’Édouard Chabot. Chacun y met un petit montant dans le but de se faire du comptant pour acheter en gros des poches de moulée et de la farine. Henri Leclerc est gérant. Ils commencent ensuite à vendre leurs produits et à vendre en grosses quantités à l’extérieur. Ils vendent un wagon de chemin de fer de patates par mois à Timmins.
Noël a beaucoup confiance à son épouse. Elle est toujours à ses côtés et est, selon lui, cent fois plus capable que lui. Comme garde-malade, elle appuie toujours les docteurs Aubin et Arkinstall pour les accouchements dans le coin. Chez les Villeneuve, comme partout ailleurs, il fallait emprunter cinq piastres d’Arsène Brochu pour payer le docteur lors de chaque accouchement.
Marie-Antoinette et Noël ont 12 enfants. Leur maison sert de rencontre pour les membres de la famille, une trentaine à la fois. Le paternel aime ça et il a bien du plaisir. La famille est toute assise autour de la table tandis que Noël se promène au milieu et parle. On le taquine toujours sur le mouvement coopératif. Marie-Antoinette Villeneuve décède le 18 avril 1973.
Noël a beaucoup espoir dans la jeunesse. Aujourd’hui, il y a plus de gens qui s’intéressent à la terre. C’est, pour lui, fondamental. Tous les samedis, sans manquer, pendant 15 ans, il vend des œufs et d’autres produits de la terre à Hearst. Il finit presque toujours chez le docteur Aubin avec qui il était très intime.
Noël Villeneuve nous a quittés le 17 mars 1981 à l’âge de 71 ans.
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Une vie bien réfléchie
1 – Aujourd’hui, il y a beaucoup plus de gens qui s’intéressent à la terre. Ça, c’est fondamental ! C’est la base de notre vie ; c’est se nourrir, se vêtir, se loger. Il me semble que de ne pas récolter mes patates, ce n’est pas possible, de ne pas récolter mon grain, mon foin ? J’ai toujours vendu du foin, j’ai toujours vendu des cochons, j’ai toujours vendu des œufs ! Si je connais autant de monde à Hearst, c’est grâce à ça. (Noël Villeneuve)
2 – Le Nord de l’Ontario, ici, moi je trouve ça formidable, fantastique ! Je n’ai pas peur de le dire : je l’ai chanté, puis je le chante encore partout. Ceux qui me disent que ce n’est pas possible de vivre de l’agriculture, moi, je n’admets pas ça ! Je ne suis pas capable de l’admettre ! Aujourd’hui, il y a des possibilités énormes. Ce qui m’embête un peu, par exemple, c’est la valeur phénoménale que prend chaque terre pour les jeunes et pour la nouvelle génération qui voudrait s’y installer. Une autre affaire qui me dépasse, c’est que les jeunes aient laissé les terres familiales pour presque rien alors qu’aujourd’hui, elles ne sont plus rachetables. (Noël Villeneuve)
