Malgré les promesses du gouvernement progressiste-conservateur d’accélérer la construction des routes vers le site, les estimations actuelles indiquent que le dernier tronçon de routes d’accès ne sera probablement pas terminé avant 2035-2040.
L’Arche de Feu, située dans les terres basses de la baie James, est un site crucial pour l’extraction de minéraux, en particulier la chromite, essentielle pour la production d’acier inoxydable. Ce projet suscite un grand intérêt, vanté comme un élément clé de l’avenir économique de l’Ontario et de ses relations avec les États-Unis, avec des projets visant à utiliser ces routes pour établir une sorte de « Forteresse Am-Can ». Toutefois, le chemin vers cette vision s’avère beaucoup plus compliqué et long que prévu.
Bien que le gouvernement provincial ait confié la direction des évaluations environnementales (EE) des routes d’accès aux communautés autochtones de Marten Falls et de Webequie, les progrès ont été plus lents que prévu. Lors de la conférence de l’Association des prospecteurs et des développeurs du Canada (PDAC) à Toronto, le 2 mars 2025, les responsables des deux Premières Nations et leurs consultants ont présenté l’avancement des travaux sur les trois routes d’accès essentielles qui relieront l’Arche de Feu à l’autoroute Transcanadienne.
À ce jour, deux des trois routes sont presque terminées en ce qui concerne les évaluations environnementales, mais la troisième est encore à plusieurs années de la présentation de rapports préliminaires. La première route, qui s’étend sur 190 kilomètres de la Première Nation Aroland à Marten Falls, est entrée dans sa dernière phase d’évaluation. Les rapports préliminaires des évaluations environnementales et des évaluations d’impact ont été présentés aux communautés des Premières Nations le 18 février 2025 et seront ouverts à une période de commentaires publics de 60 jours avant d’être finalisés. Une fois les évaluations finales terminées, la construction pourrait commencer dès l’automne ou l’hiver 2025, sous réserve de l’approbation des gouvernements.
La deuxième route, un itinéraire de 107 kilomètres reliant l’aéroport de Webequie au site de l’Arche de Feu, est également sur le point de débuter sa phase de consultation. Cependant, des retards importants sont attendus pour le dernier tronçon, le plus complexe —le « Northern Road Link »— qui reliera Marten Falls directement au site de l’Arche de Feu. Les évaluations environnementales pour ce tronçon accusent un retard de trois ans par rapport aux deux autres, et les rapports préliminaires devraient être prêts d’ici 2029 ou 2030. La construction du Northern Road Link, qui devrait prendre jusqu’à une décennie, pourrait repousser l’achèvement complet du système routier dans les années 2030, voire jusqu’en 2040.
Les défis vont bien au-delà de la logistique et de l’ingénierie. Le leadeurship autochtone, à travers l’implication des Premières Nations de Marten Falls et de Webequie, a insisté sur le fait que les évaluations environnementales doivent être rigoureuses, en intégrant les savoirs traditionnels afin de protéger les zones écologiquement et culturellement sensibles. Michael Fox, consultant pour Webequie, a souligné que cette approche dirigée par les Autochtones rend les études bien plus exhaustives et couteuses que les projets précédents dans la région. Selon Fox, les itinéraires ont été soigneusement tracés pour éviter les terres sacrées, avec les conseils des ainés de la communauté.
Cependant, le projet ne se poursuit pas sans une surveillance interne et externe considérable. Bien que Marten Falls et Webequie soient activement impliquées dans le processus d’évaluation environnementale, l’approbation finale de ces communautés reste incertaine. Après que la province ait approuvé les plans de construction, les communautés concernées devront prendre une décision officielle sur le consentement.
Le chef de Marten Falls, Bruce Achneepineskum, a exprimé sa confiance dans le fait que sa communauté approuvera la route d’accès, citant les avantages potentiels pour le développement économique et l’amélioration de la qualité de vie.
Cependant, la situation reste plus complexe dans d’autres Premières Nations, notamment à Neskantaga, où les dirigeants ont exprimé des préoccupations concernant l’impact environnemental de ces grands projets.
De plus, l’ainé Ed Sackaney, lors de la prière d’ouverture à la séance d’information du PDAC, a critiqué le discours du gouvernement ontarien autour de l’Arche de Feu, soulignant la nécessité d’une inclusion de toutes les Premières Nations locales dans la prise de décision concernant les routes d’accès.
Cette incertitude quant au consentement des Premières Nations locales souligne un problème plus large : celui de concilier développement économique et préservation des droits territoriaux et du patrimoine culturel des Autochtones. Alors que le processus continue, il est clair que même si des progrès sont réalisés sur les routes d’accès de l’Arche de Feu, la réalisation complète de ce projet sera un parcours bien plus long que prévu —un parcours qui pourrait ne pas aboutir avant bien après la prochaine décennie.
La construction de ces routes d’accès ne concerne pas seulement la construction d’infrastructures, il faut aussi naviguer dans des paysages politiques, culturels et environnementaux complexes. Alors que les communautés autochtones continuent d’affirmer leur autorité dans ce processus, le résultat façonnera non seulement l’avenir de l’Arche de Feu, mais aussi les relations futures entre les peuples autochtones et le gouvernement provincial.
