le Mercredi 3 juin 2026
le Lundi 24 février 2025 15:43 Chroniques

Dans le temps comme dans le temps – Les années 50 : La confession à l’école

Photo personnelle de Serge Morissette à 10-12 ans — Photo : Serge Morissette
Photo personnelle de Serge Morissette à 10-12 ans
Photo : Serge Morissette

Je veux avant tout souligner le rôle important qu’a joué Mgr Hallé et l’Église catholique en appui aux familles pionnières et dans le développement de la région. Je reconnais les efforts de recrutement, d’aide financière, de soutien moral, social et spirituel que l’Église a apportés.

Dans le temps comme dans le temps – Les années 50 : La confession à l’école
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Le texte suivant se rapporte à un évènement dans la vie d’un enfant de 11-12 ans qui est croyant, mais surpassé par les exigences de la confession à l’école. Je vous rappelle que nous sommes dans les années 50 : le curé de la paroisse (Mgr Grenier, dans notre cas) se rend à l’école pour la confession des élèves de 7e ou 8e année qui feront bientôt leur communion solennelle. La confession est pour moi, à ce temps de ma vie, une épreuve réelle qui m’empêche de dormir. Je vous prie de croire que ce que je raconte c’est ce qui se passe dans la tête d’un enfant de 11-12 ans et non pas une critique des droits canoniques de l’Église catholique.

Tout d’abord, Mgr Grenier me fait peur. Je ne comprends rien de ce qu’il dit en latin ou en anglais (et souvent en français) à la messe du dimanche, et ma seule participation est de chanter et de répéter « et cum spirit tu tuo » lorsqu’il dit « dominus vobiscum ». Il a toujours un air sévère et c’est à lui qu’il faut que je raconte mes péchés. En plus, il me demande toujours d’expliquer mes péchés. « Ah, tu as eu des mauvaises pensées. Quelles sortes de pensées ? » C’est humiliant.

Je dois ensuite considérer les péchés véniels et mortels. Si je meurs avec des péchés mortels, je vais en enfer pour l’éternité et je brule dans les flammes pour toujours. Si je meurs avec des péchés véniels, ceux-ci sont moins sérieux, et après avoir brulé pour un certain temps au purgatoire, il est possible d’atteindre le ciel. Je peux cependant me faire pardonner tous mes péchés par la confession à un représentant de l’Église. J’imagine que les flammes du purgatoire font moins mal. De toute façon, même un seul péché non confessé t’empêche d’entrer au ciel et t’ouvre plutôt la porte du purgatoire ou de l’enfer. Il faut donc que je les compte tous, ces péchés… il vaut mieux en ajouter quelques-uns dans chaque catégorie pour m’assurer que je n’en oublie pas. Si j’en oublie même un seul, c’est le purgatoire ou l’enfer pour moi. D’un côté, ça me protège contre le purgatoire et l’enfer, mais de l’autre côté ça augmente la pénitence en siffleux.

Les bonnes sœurs nous rappellent aussi qu’on fait des péchés par action, par pensée, par parole et par omission de faire le bien. Wow ! Ça ne laisse pas beaucoup de place pour faire du bien lorsque tu joues dans les sports, tu te bas avec les Anglais de Clayton Brown, tu as un grand frère bully et tu es continuellement en chicane avec ta sœur. Ça veut dire aussi que tu ne peux pas rien faire de mal, tu ne peux pas penser mal, tu ne peux pas rien dire de mal et tu ne peux pas manquer de faire le bien quand tu en as la chance. Ouf !

Un jour, je demande à notre sœur enseignante si les termes comme tabarnouche et cibole sont des péchés. Elle me répond : « Oui » ce sont des péchés véniels parce qu’ils proviennent des mots saints. » Tabarouette (tiens, encore un autre). Qu’est-ce que je vais faire ? Je me sers de ces mots-là plusieurs fois par jour parce que je ne veux pas blasphémer. Je peux aussi m’imaginer quelle sera la réaction de mes adversaires au hockey si je leur dis, lorsqu’ils me frappent : « Mon coline de binne, ne fais pas ça. Ce n’est pas bien ça, torrieu! » Qu’est-ce que mon grand frère qui blasphème à tous les deux mots fera si je lui crie après qu’il m’a donné un bon coup de poing sur le bras : « Arrête ça, mon vlimeu, ça fait mal en mozus ! » Ils vont tous rire de moi !

Chaque fois que je reviens en classe, je remarque quelques saintes nitouches qui s’agenouillent, récitent un ou deux Je vous salue Marie comme pénitence et se rassoient à leur pupitre, alors que moi j’en ai pour vingt à trente minutes à genoux à réciter presque tout le chapelet. Je remarque aussi que certains se retournent vers moi avec un petit sourire moqueur.

Je décide alors de prendre une décision. Puisque je suis encore jeune, je doute que je vais mourir avant le mois prochain. Je m’assurerai donc de confesser tous mes péchés mortels, mais seulement une partie de mes péchés véniels ; je confesserai le restant le mois prochain. Ainsi, très heureux de ma décision, j’irai me confesser sans trop augmenter la pénitence. Je note les péchés qu’il me reste à confesser. Après quelques mois, je remarque cependant que le nombre de péchés qu’il me reste à confesser augmente.

Puis, le temps où je dois confesser mes péchés à crédit arrive parce c’est bientôt la communion solennelle. On ne peut pas recevoir la communion si on a des péchés. Alors, je me rends à l’église, puis dans la boite à confession en arrière. De cette façon, je peux raconter tous mes péchés à un autre curé que le père Grenier, sans qu’il me reconnaisse et me voilà prêt pour la communion solennelle. Je dois faire le chemin de croix en priant, mais je crois que ça aurait pu être pire que ça.

Après la communion solennelle, je décide de continuer à confesser une partie de mes péchés et d’en garder quelques-uns pour la prochaine fois afin de réduire la pénitence. L’année suivante, j’atteins la puberté et « Pif, paf, pouf », me voilà avec trois ou quatre calepins pleins de péchés.

Je recommence à paniquer. Finalement, je décide que c’est assez. Il m’est impossible d’aller directement au ciel, alors je vise le purgatoire. Le ciel viendra après. C’est à ce moment que le pape Jean-Paul XXIII annonce le Concile Vatican II et c’est au tour de l’Église de moderniser ses relations avec les fidèles.