le Jeudi 4 juin 2026
le Mercredi 11 juin 2025 9:50 Sciences

Et si Elon Musk se retirait vraiment de la course à l’espace?

Construction du futur site de lancement du Texas, 20 janvier 2019 — Photo : Irina Kozhemyakina / Dreamstime.com
Construction du futur site de lancement du Texas, 20 janvier 2019
Photo : Irina Kozhemyakina / Dreamstime.com

Au milieu de la bataille de ruelle qui, par réseaux sociaux interposés, a opposé la semaine dernière Donald Trump et Elon Musk, ce dernier a menacé de mettre fin au programme de la capsule Dragon —celle qui transporte des astronautes américains sur la station spatiale internationale. Musk a ensuite retiré sa menace. Que représente vraiment l’apport de sa compagnie dans l’actuelle course à l’espace?

Et si Elon Musk se retirait vraiment de la course à l’espace?
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En un mot: beaucoup. Outre ces vols habités sur lesquels s’appuient les États-Unis pour leur participation à la station spatiale, SpaceX bénéficie de contrats militaires pour le lancement de satellites, met en place son propre réseau de télécommunications (les satellites Starlink), en plus d’être au coeur de la mission Artemis 3, qui devrait en théorie amener sur la Lune, en 2027, les premiers astronautes en un demi-siècle. 

Un calcul provenant de la compagnie elle-même en janvier 2025 évaluait à 22 milliards$ les contrats gouvernementaux avec SpaceX, dont 15 milliards$ de la NASA. Mais compte tenu de la présence de contrats militaires dans cette liste, les véritables revenus sont probablement plus élevés. En avril, le ministère de la Défense annonçait un nouvel ensemble de contrats de 5,9 milliards$ faisant de SpaceX, à travers sa fusée Falcon 9, le principal responsable des lancements associés à l’armée américaine pour la période 2027-2032. 

Pour ce qui est d’Artemis 3, la NASA avait sélectionné en 2024 SpaceX pour la conception du Human Landing System, l’engin qui ira se poser sur la Lune avec trois astronautes à son bord: un contrat de 4 milliards$ que SpaceX avait remporté face à quelques autres concurrents. 

Certes, en théorie, trois de ces concurrents, les compagnies Blue Origin, United Launch Alliance (ULA) et Boeing, pourraient hériter du contrat, mais l’échéance de 2027 serait alors impossible à respecter —d’autant qu’à l’heure actuelle, il n’est même pas sûr qu’elle soit respectée. Boeing est la plus avancée, ayant envoyé une capsule habitée, Starliner, jusqu’à la station spatiale —mais il s’agit de celle dont une faille de sécurité a ensuite obligé les astronautes à rester quelques mois de plus là-haut. ULA arrive en deuxième place pour le nombre de lancements de satellites militaires prévus en 2027-2032.

Et ce n’est pas tout: le sort de la fusée lunaire de la NASA, le Space Launch System, est lui-même dans les limbes au-delà de la mission Artemis 2, et il a été envisagé que ce soit la future méga-fusée de SpaceX, actuellement en développement, qui lui succède. 

Si SpaceX devait se retirer, et si les coupes au budget de la NASA annoncées dans le budget fédéral actuellement à l’étude à Washington devaient se réaliser, ce serait « la fin de la NASA telle que nous la connaissons actuellement », résumait le magazine Space.com la semaine dernière. Le scénario a beau être improbable, il rappelle le pouvoir de levier, économique et politique, dont dispose Elon Musk.