le Jeudi 4 juin 2026
le Jeudi 8 mai 2025 15:47 National

Carney à Washington, une rencontre tendue, mais maitrisée avec Donald Trump

La première rencontre entre le premier ministre Mark Carney et le président Donald J. Trump, lundi le 5 mai 2025, dans le bureau ovale. — Photo : CTVNews/web
La première rencontre entre le premier ministre Mark Carney et le président Donald J. Trump, lundi le 5 mai 2025, dans le bureau ovale.
Photo : CTVNews/web

Les sourires étaient crispés, les phrases mesurées, et les regards souvent fuyants : la première rencontre entre le premier ministre Mark Carney et le président Donald J. Trump, lundi, dans le bureau ovale, s’est déroulée sous haute tension. Mais malgré les embuches, le chef du gouvernement canadien a réussi l’essentiel : éviter l’humiliation publique et obtenir un minimum de respect. Ce n’était pas un échec, donc c’est une réussite.

Carney à Washington, une rencontre tendue, mais maitrisée avec Donald Trump
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Dès les premières minutes, Donald Trump a donné le ton : expansif, dominateur, imprévisible. « Je suis probablement la meilleure chose qui lui soit arrivée ! » a-t-il lancé à propos de son rôle involontaire dans la campagne libérale canadienne. Une plaisanterie à double tranchant, qui trahissait autant une volonté de contrôle qu’un besoin d’être flatté.

Une diplomatie à double tranchant

Le président bavassait sans filtre. M. Carney, lui, a choisi la discrétion et l’agilité. Maitrisant parfaitement la langue diplomatique, il a su transmettre deux messages différents à deux publics opposés : d’un côté, ménager l’égo fragile de Donald Trump ; de l’autre, rassurer les Canadiens inquiets de voir leur pays rabaissé ou annexé verbalement.

Interrogé sur l’idée d’un « 51e État », le premier ministre a corrigé le tir avec fermeté, mais tact : « Certains endroits ne seront jamais à vendre », a-t-il dit, en empruntant à l’imaginaire immobilier si cher au président. Le message était clair : pas question de renier la souveraineté canadienne.

Plus tard, lorsque Trump a une fois de plus livré une interprétation erronée de l’ACEUM, affirmant que les États-Unis subventionnaient le Canada à hauteur de 200 milliards de dollars, M. Carney s’est permis une seconde correction, subtile, mais efficace. Il a utilisé des formulations déjà entendues de la bouche du président, lui permettant ainsi de sauver la face.

Une scène, mais aussi des coulisses

Devant les caméras, l’échange était une performance politique. Le véritable contenu de la discussion — et les réelles avancées — s’est joué à huis clos, une fois les journalistes évacués. Le premier ministre a confirmé avoir demandé à Donald Trump de ne plus évoquer publiquement l’annexion du Canada. Il faudra attendre pour voir si la demande portera ses fruits.

Pendant ce temps, les conseillers de Carney misent sur une stratégie patiente. Plusieurs experts estiment qu’il vaut mieux temporiser avant de renégocier l’ACEUM. À leurs yeux, plus les droits de douane affecteront l’économie américaine, plus le président sera forcé de reculer. D’autres, comme François Legault et Yves-François Blanchet, plaident au contraire pour une renégociation rapide, afin de réduire l’incertitude qui plombe les investissements.

Reste une question cruciale : Donald Trump respecterait-il une nouvelle entente, même signée de sa propre main ? L’épisode de l’ACEUM — qu’il critique aujourd’hui malgré qu’il en soit l’auteur — jette un doute.

Une relation asymétrique, mais nécessaire

Pour le Canada, l’équation est aussi géographique que politique. Nous n’avons pas le luxe de choisir nos voisins. Face à un géant imprévisible, le défi est constant : s’imposer sans provoquer, s’adapter sans se compromettre. Mark Carney semble avoir compris cette réalité.

Son passé de gouverneur de banque centrale l’a visiblement préparé à ce type de joute verbale et psychologique. Là où chaque mot compte, chaque formule est pesée, il a su jouer sur deux tableaux à la fois.

En conclusion, le premier ministre canadien quitte Washington sans triomphe éclatant, mais avec l’essentiel : un canal de communication ouvert, une relation désamorcée et une forme de respect personnel, ce que son prédécesseur n’avait pas toujours reçu. Le Canada pousse un soupir de soulagement. Pour l’instant.