Lors de sa démission, le pape Benoît XVI a annoncé que le prochain pape devra donner une nouvelle orientation à l’Église et c’est ce que François a fait. Sa proximité avec le peuple, son ouverture d’esprit et sa simplicité ont fait en sorte que ses fidèles l’admirent beaucoup, bien que ses décisions ne fassent pas toujours l’unanimité au Vatican.
Sa grande force, selon le père Hervé, c’était son travail auprès des plus démunis, des réfugiés et des femmes, peu importe leur classe sociale ; c’est un élément qui le distingue beaucoup des autres. Au terme de son voyage en Syrie, le Saint-Père avait ramené avec lui deux familles de réfugiés musulmanes et le Vatican a absorbé les couts reliés à leur intégration en Italie. L’homme d’Église raconte : « À Saint-Pierre-de-Rome, il y a des personnes en situation d’itinérance qui y vivent et qui n’ont jamais pu visiter le Vatican, puisqu’il faut être propre et bien habillé pour la visite. Profitant d’une journée fermée au public, un cardinal de Rome chargé de la pauvreté les a amenés faire une visite guidée des lieux, qui s’est terminée avec l’arrivée du pape François pour un repas pizzas et boissons gazeuses ! Depuis, une section du Vatican a été transformée en douches publiques pour qu’ils puissent se nettoyer et il a demandé à des coiffeuses de se porter volontaires à aller couper leurs cheveux sur une base régulière. »
Le pape François a également mis l’accent sur d’autres sujets modernes tels que les changements climatiques, le discours interreligieux, l’avancement des femmes dans des rôles clés de l’Église catholique ainsi que la paix et la réconciliation avec les membres des Premières Nations.
Premières Nations, Métis et Inuits
Travaillant auprès des Premières Nations depuis le début de sa vocation, le père Sauvé a à coeur la réconciliation. Il a même développé un fonds dans le diocèse de Hearst-Moosenee à cet effet. Il est également le vicaire épiscopal à la réconciliation du diocèse. Le passage du pontife en 2022 au Canada n’était pas longuement planifié comme le sont habituellement ses voyages à l’international. « D’habitude ses déplacements sont planifiés des années à l’avance, tandis que là, la préparation n’avait été que de quelques mois. » En effet, le pape François a accueilli au Vatican des représentants des Premières Nations, des Métis et des Inuits en mars 2022. Ces échanges ont été empreints de récits bouleversants livrés par des survivants des pensionnats autochtones. Touché par ces témoignages, le pape a exprimé son désir de se rendre au Canada afin de contribuer plus directement au chemin de guérison et de réconciliation.
Le pape François rencontre des membres d’une tribu autochtone lors de sa cérémonie d’accueil à l’aéroport international d’Edmonton en Alberta (Canada), le 24 juillet 2022.
Il avait appelé cela un pèlerinage pénitentiel, afin de présenter ses excuses pour le rôle du clergé dans les abus et les tentatives d’assimilation forcée. Bon, ça dépend où et à qui tu parles, mais beaucoup d’Autochtones ont trouvé que le fait qu’il vienne s’excuser, déjà c’était une première et l’image qui marque c’est celle d’un homme de 85 ans, en fauteuil roulant, qui se déplace jusqu’au Canada.
Le prêtre poursuit en racontant que le coup de force du pape François a été lorsqu’il a répondu aux questions des journalistes à bord de son avion pour retourner à Rome. « Le journaliste lui a demandé ce qu’il pensait des pensionnats autochtones et il a bien choisi ses mots pour lui répondre : c’est un génocide culturel. En disant ces mots, il dénonçait aussi le rôle du gouvernement de l’époque, de la Couronne britannique d’avoir créé de telles institutions. »
Le curé de la paroisse de Hearst est d’accord avec cette affirmation, premièrement parce que ce sont des individus et non l’Église qui faisaient subir des abus aux enfants, mais également parce qu’avec son expérience, il est témoin de ce génocide culturel. « Quand j’étais jeune prêtre, les membres de la communauté d’Aroland de ma génération, située au nord de Geraldton, parlaient tous la langue ojibwée. Maintenant, 30 ans plus tard, les plus jeunes générations ne connaissent plus la langue. Leurs parents craignaient que leurs enfants subissent le même sort de racisme qu’ils avaient vécu. »
Dans l’histoire, les cérémonies ancestrales et croyances autochtones étaient interdites, perçues comme celles du démon. Cette théorie s’est révélée fausse avec le temps, l’officiant avoue même qu’il a fait tous les types de cérémonies. « J’ai dit à l’évêque que je fais les rituels autochtones et qu’il n’y avait pas de démon dans cela, on passe notre temps à prier », dit-il en riant. « Quand on ne connait pas quelque chose, on a peur et tu ne peux plus entrer en dialogue lorsque tu as peur, il faut qu’il y ait un lien de confiance. »
Rosella Kinoshameg
Il reste encore beaucoup de catholiques au sein des communautés autochtones. Les prêtres du diocèse de Hearst-Moosenee ont même adapté certaines cérémonies sacrées pour y inclure des éléments tirés des rituels autochtones. « J’ai rencontré une femme, Rosella Kinoshameg, qui n’est pas diacre, mais elle a le même mandat qu’un diacre. C’est une femme extraordinaire qui a un pouvoir dans sa communauté et elle est âgée de près de 80 ans. Elle est également infirmière autorisée, donc elle unit ses connaissances de la médecine traditionnelle enseignée par sa mère à la science et sa spiritualité à la religion catholique. Elle s’est même rendue à Rome dans une délégation de femmes issues des Premières Nations de partout dans le monde pour rencontrer le pape François, elle était la représentante du Canada », explique père Hervé.
Le pape François a toutefois marqué un tournant dans l’histoire du Canada, malgré que certains trouvent qu’il n’est pas allé assez loin dans ses discours, notamment en omettant de nommer les abus subis par les survivants des pensionnats autochtones. Les membres du clergé qui tissent des liens avec les populations des Premières Nations croient toutefois dans l’adaptation et l’acceptation de l’autre, tel qu’il est.
