le Mercredi 3 juin 2026
le Dimanche 30 mars 2025 10:36 | mis à jour le 30 mars 2025 10:38 Chroniques

Dans le temps comme dans le temps – Conduire sur la route 11 de Hearst à Geraldton en hiver dans les années 40

Une niveleuse telle qu’utilisée par le Departement des routes dans les années 40. — Photo : Département des routes de l’Ontario
Une niveleuse telle qu’utilisée par le Departement des routes dans les années 40.
Photo : Département des routes de l’Ontario

La section de l’autoroute 11 de Hearst à Geraldton est complétée et ouverte en 1943, offrant aux Canadiens la première route traversant le pays d’est en ouest au complet.

Dans le temps comme dans le temps – Conduire sur la route 11 de Hearst à Geraldton en hiver dans les années 40
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Il faut dire cependant que les problèmes associés à la traversée de la section Hearst-Longlac, spécialement en hiver, ne datent pas d’aujourd’hui. Dans les années 40, la route 11 est recouverte de gravier seulement. Il n’y a pas de séparation pour les voies routières, et les côtés du chemin sont recouverts de neige.

Une niveleuse telle qu’utilisée par le Departement des routes dans les années 40.

Photo : Département des routes de l’Ontario

Après une tempête, les niveleuses du gouvernement ne peuvent pas toujours nettoyer le chemin immédiatement s’il y a trop de neige.

Selon un journaliste du Globe and Mail, on peut vraiment se rendre compte de l’immensité de la province de l’Ontario lorsqu’on conduit sur la route entre Hearst et Geraldton (et j’ajoute ici : à la limite légale de vitesse du temps de 40 milles à l’heure ou 64 km/h). Selon lui, tu ne te sens pas toujours coincé par les foules, mais tu commences à te sentir moins confortable après avoir conduit sur plusieurs milles dans le silence des épinettes et des sapins, sans rencontrer une autre automobile ou même la lumière d’une ferme. C’est à ce moment que tu te rends compte que conduire en hiver dans cette partie du nord, c’est quelque chose que tu dois prendre au sérieux. 

Dans les années 40, juste en sortant de Hearst, il y avait une enseigne indiquant qu’il n’y a pas de station de pétrole pour les 155 prochains milles.

Photo : Écomusée de Hearst/web

Le Département des routes exigeait aussi que les automobilistes se rapportent aux autorités dans la petite cabane près de la route, où on enregistrait le nom de l’automobiliste, son numéro de plaque d’immatriculation, son adresse à domicile, sa destination et le nombre de passagers. 

Cette information était ensuite envoyée, par radio, à un second point de contrôle près de Pagwa, environ 65 milles (105 km) à l’ouest, où il fallait que l’automobiliste se rapporte à nouveau.

Photo : Eero Maki - Clayton’s Kids/livre

L’information de l’automobiliste était ensuite relayée à un troisième point de contrôle, à Lydia Lake, où il devait se rapporter encore une fois. L’info était finalement relayée à Longlac par téléphone. Si l’automobiliste n’arrivait pas dans un temps raisonnable, une équipe de sauvetage de la route 11 se déplaçait pour aller à sa recherche.

Lors de tempêtes dans le nord de l’Ontario, le thermomètre peut descendre jusqu’à -40 et -50 degrés. Dans ce cas, une personne peut se geler les mains et les pieds en une dizaine de minutes. Certains automobilistes n’étaient pas habillés pour de telles tempêtes et devaient tout de même se mettre à marcher si leur voiture tombait en panne. 

Lors d’une tempête, l’équipe de sauvetage de Pagwa est passée à l’action lorsqu’un homme de Port Arthur, parti de Hearst, ne s’est pas présenté dans un temps raisonnable à la station de Pagwa. On a retrouvé le monsieur en train de pelleter la neige autour de son automobile qui était à moitié engouffrée dans la neige sur le bord du chemin. 

En 1948, avant que le système d’enregistrement des automobilistes débute, un homme et son aide sont partis de Hearst en camion vers Geraldton. La neige tombait abondamment. Avant de partir de Hearst, le conducteur a appelé à Geraldton pour dire qu’il essayait tout de même de faire le trajet. 

Le lendemain matin, ils ne sont pas encore arrivés à Geraldton et les autorités avertissent le forestier et pilote d’avion Yorkie Fiskar. Les rafales de neige qui couvrent la route 11 empêchent les niveleuses (chasse-neige) de rejoindre les victimes pendant au moins deux jours et il fait terriblement froid. 

Fiskar part donc en avion et découvre le camion à environ 60 milles (100 km) à l’est de Geraldton. Il a aussi amené du pétrole, de la nourriture et des cigarettes avec lui. Fiskar survole le camion et s’aperçoit qu’un des passagers a un bras en écharpe. Il estime donc que la situation en est une d’urgence et décide d’atterrir sur la route 11 malgré les rafales et le chemin étroit. Il réussit à atterrir (son avion est muni de skis) et transporte le blessé à l’hôpital de Geraldton, laissant de la nourriture, du pétrole et un sac de couchage à son copain. Le pétrole permet de faire fonctionner le camion avec l’appareil de chauffage. Les niveleuses du Département des routes arrivent, comme prévu, deux jours plus tard. 

Selon les gens de la région, les pièces indispensables pour voyager en hiver incluent un gallon de pétrole, une corde de remorquage, une pelle, une hache, des couvertures, des bottes d’hiver, des bas de laine, une casquette avec des oreillettes, des allumettes dans un contenant étanche (waterproof), une théière avec du thé, des biscuits secs, de la viande de bœuf en conserve, une lampe de poche, une trousse médicale, des chaines à pneus et un extincteur de feu. Il s’agit de beaucoup d’équipement à trainer dans une valise d’automobile et on n’en a pas besoin souvent, mais laissez-moi vous dire que lorsqu’on en a besoin, chaque pièce vaut de l’or. 

L’information contenue dans ce récit provient d’un article du journal The Globe and Mail du 4 mars 1952, p.13.