le Mercredi 3 juin 2026
le Dimanche 9 mars 2025 19:46 Chroniques

Dans le temps comme dans le temps – Hommage aux nôtres : Adrien Cantin, journaliste

Adrien Cantin — Photo : l-express/web
Adrien Cantin
Photo : l-express/web

La famille Cantin est très bien connue et respectée dans la région de Hearst. C’est une famille qui a toujours défendu et encouragé les droits des Canadiens-français et en particulier des Franco-Ontariens.

Dans le temps comme dans le temps – Hommage aux nôtres : Adrien Cantin, journaliste
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Adrien Cantin nait le 28 juin 1948 à Hearst, Ontario. Il grandit sur la ferme de son père, François, et sa mère, Madeleine (Gratton), avec ses dix frères et sœurs le long du chemin du Lac Ste-Thérèse (chemin Laflamme). Pendant son enfance, il est beaucoup influencé par son père qui est un défenseur des droits des Canadiens-français et un cultivateur convaincu de l’importance des coopératives laitières et agricoles, ainsi que des Caisses Populaires. 

Lucien, Jean-Baptiste, Thomas, François, Pierre, Gérard, Ernest

Photo : Écomusée de Hearst /web

Sa carrière débute alors qu’il fréquente le Collège de Hearst (aujourd’hui l’Université de Hearst) dans les années 60 par sa participation à la rédaction du journal Boréal. En plus d’Adrien, Jean-Claude Saulnier, Albert Tremblay, Laurent Guindon, Gilbert Boucher, Gilles Chauvin, Gaétan Vallières, Raymond Tremblay, Paul Lavoie, Denis Côté, Gaëtan Brisson, Yves Larose, Laurent Gagnon et Réginald Bélair figurent parmi les rédacteurs en chef des numéros que possède le Centre d’archives de la Grande Zone argileuse (GAGZA) de l’Université de Hearst. Quant aux journalistes en herbe, ils se comptent par dizaines parmi les anciens.

Dans les années 70, Adrien devient d’abord journaliste à l’hebdomadaire La Gazette de Maniwaki avant de rejoindre son cousin Omer Cantin, créateur et éditeur du journal Le Nord de Hearst. 

De 1980 à 1985, il est journaliste et cadre à la rédaction du journal Le Droit. Après un séjour à Radio-Canada (1985-89), il revient au journal Le Droit de 1989 à 1993 comme correspondant à l’Assemblée législative de l’Ontario et correspondant au Parlement du Canada. 

De 1993 à 2005, il fait un séjour prolongé à la télévision de Radio-Canada (CBLFT-Toronto) et CJBC-Toronto, à la radio. De 1997 à 1999, Adrien est rédacteur en chef du magazine Infomag de TVO (aujourd’hui TFO).

De 2000 à 2005, il se retrouve à TFO-TVOntario à titre d’animateur et de producteur délégué de l’émission phare d’affaires publiques Panorama. Pour plusieurs de ses collègues, Adrien Cantin est le père de Panorama, des affaires publiques et de l’information en Ontario français. Passionné d’actualité, il cherche à comprendre et faire comprendre l’actualité, et à en expliquer l’impact sur les Franco-Ontariens. 

Au moment de quitter TFO en 2005, il est élu directeur général de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) provinciale, ancêtre de l’AFO. En cette même année, l’Assemblée parlementaire de la francophonie lui décerne le titre de chevalier de l’Ordre de la Pléiade.

De 2005 à 2011, Adrien revient pour la troisième fois au journal Le Droit et assume le poste de directeur de l’information, puis d’éditorialiste.

Il enseigne ensuite le journalisme, pendant quelques années, au collège La Cité et écrit deux biographies, l’une de Bernard Grandmaître, l’autre de Rhéal Leroux, tous deux des Franco-Ontariens.

En 2014, Adrien est élu directeur général de l’Association de la presse francophone (APF), un an avant de s’y consacrer en tant que responsable du service des nouvelles.

Adrien Cantin s’est éteint le 22 mars 2017 à l’âge de 68 ans, souffrant d’un double cancer des poumons et de la gorge. La maladie est venue bouleverser ses plans.

On se souvient :

«Adrien Cantin était un des grands personnages de l’Ontario français. Comme journaliste, il était un modèle. Il connaissait bien l’Ontario français, ses régions, ses gens, son histoire… Quand il était à Panorama, l’émission était un rendez-vous incontournable pour savoir ce qui se passait en Ontario français. On savait qu’on pouvait lui faire confiance.» (Peter Hominuk, directeur général de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario [AFO])

«Je le connaissais de réputation. Il était impressionnant et paraissait un peu bourru de prime abord, mais quand on réussissait à l’avoir de son côté et à prouver sa valeur, il s’adoucissait. Nous avons fait une campagne électorale provinciale ensemble et aussi couvert le grand rassemblement pour Montfort. C’était LE journaliste de l’Ontario français et pour moi, un patron et un mentor. Il avait une passion pour le Nord et son patelin de Hearst qu’il m’a fait découvrir. Il croyait en l’importance de former la relève journalistique franco-ontarienne, car il pensait que c’était le devoir des Franco-Ontariens de raconter leurs propres histoires.» (Gisèle Quenneville, directrice générale de l’AFO)

«Pendant des années, il a été un témoin et un participant des grands débats et des grandes luttes des francophones en Ontario et au pays. Ces évènements, il les a racontés avec une plume parfois critique, souvent acérée, toujours éloquente et intègre. À la dernière rencontre du conseil d’administration de la FCFA à laquelle il a participé, en 2015, c’est Adrien Cantin qui a suggéré le slogan “Nous comptons” pour la campagne électorale fédérale qui s’amorçait.» (Sylvie Lanthier, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne [FCFA] du Canada)

«Le dernier véritable contact que j’ai eu avec Adrien Cantin aura été de lire Le Droit avec lui alors qu’il était sur son lit d’hôpital, paralysé, diminué, muet. Il avait alors toute sa connaissance, mais il ne pouvait réagir que par ce regard toujours allumé, par un haussement d’épaules ou par un serrement de sa main gauche. Lui, l’excellent communicateur, tant à l’écrit qu’à l’oral, en était rendu à dire toute son impuissance par des gestes qui trahissaient son amère frustration devant sa condition et son inexorable destin. Il n’avait cependant pas perdu totalement ce regard un peu malicieux que nous lui connaissions bien.» (Pierre Bergeron, ex-journaliste, éditorialiste puis éditeur du quotidien Le Droit)

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Et c’est Adrien qui a le dernier mot :

«Chez nous, Le Droit représentait tout ce qui se passait dans la culture canadienne-française en Ontario. Même avant de lire, je regardais les bandes dessinées du journal. Ma mère m’a appris à lire parce qu’elle était tannée de me lire les paroles des bandes dessinées.» (Adrien Cantin)

«J’avais décidé, à l’âge de 15 ans, que j’allais écrire dans les journaux. Cela me semblait, à l’époque, être la plus agréable façon qui soit de gagner sa vie… Et en voyant mon premier by-line imprimé au-dessus du pli, c’étaitla béatitude. Ma prose de tout à l’heure, tapée sur une de ces grosses Royal qu’on ne voit plus que dans les musées était là, titrée sur une colonne à droite, juste en haut du pli du journal de grand format à l’époque. Et surtout, coiffée de ma signature. Par Adrien Cantin. Je me suis promené jusqu’au soir avec ce journal sous le bras, me relisant aux 20 minutes, les semelles touchant à peine au sol. Si les collègues de la rédaction ou les clients de La Paloma (le bar d’en face), en fin de journée, ont trouvé ça étrange, ils n’ont rien dit. J’étais arrivé là où je voulais être depuis mon adolescence, journaliste au grand quotidien de langue française d’Ottawa. Le reste n’avait plus aucune importance. » (Adrien Cantin)

«Le Droit et moi, c’est comme une histoire d’amour. Parfois on se tolère mal, mais on ne peut pas se passer l’un de l’autre.» (Adrien Cantin)

Juste avant son décès, Adrien note qu’il a survécu certains de ces héros : Hunter S. Thompson (67 ans), Ernest Hemingway (61 ans), Georges Brassens (60 ans) et Jacques Brel (49 ans). Si vous ne connaissez pas Adrien Cantin, cette liste peut au moins vous donner un indice de son amour pour la vie.