Alors que Ford affirme que sa présence dans la capitale américaine est essentielle pour lutter contre les tarifs douaniers proposés sur les exportations canadiennes, ses opposants politiques se demandent si ce déplacement sert réellement les intérêts économiques de l’Ontario ou ses propres ambitions électorales.
Ford a commencé sa visite en s’adressant à la Chambre de commerce des États-Unis, un groupe de lobbying très influent qui a dépensé environ 75 millions de dollars en plaidoyer au cours de la dernière année. Dans son discours, il a souligné les liens économiques profonds entre le Canada et les États-Unis, affirmant que les tarifs de 25 % sur les importations d’acier et d’aluminium proposés perturberaient les chaines d’approvisionnement intégrées et nuiraient aux entreprises des deux côtés de la frontière. Son engagement avec les décideurs américains s’est poursuivi par des rencontres avec des législateurs républicains du Michigan et du Dakota du Nord, des États ayant des liens commerciaux solides avec le Canada. Ford a ensuite déclaré que de nombreux élus américains s’opposaient en privé aux tarifs, mais hésitaient à l’affirmer publiquement.
Cette visite intervient à un moment particulièrement sensible pour les relations entre les États-Unis et le Canada. Le président Donald Trump a réitéré sa volonté d’utiliser son influence économique pour redéfinir les politiques commerciales, une position qui inquiète les responsables canadiens. Pendant ce temps, les premiers ministres canadiens, y compris Ford, se sont unis pour plaider contre ces tarifs. Ils soutiennent que le partenariat économique entre le Canada et les États-Unis est essentiel pour la compétitivité face à la Chine et à d’autres marchés mondiaux.
Les critiques envers le voyage de Ford ont toutefois été nombreuses. Ses adversaires politiques, notamment la cheffe du Parti libéral de l’Ontario, Bonnie Crombie, et la cheffe du NPD, Marit Stiles, ont remis en question la pertinence d’une visite internationale en pleine période électorale. Crombie a accusé Ford de violer la « convention du gouvernement en période électorale », un principe limitant les actions gouvernementales aux affaires courantes ou non controversées durant une campagne. Elle a affirmé que ce voyage servait surtout à détourner l’attention des enjeux domestiques, notamment une enquête en cours de la GRC sur la gestion controversée de la Ceinture de verdure par Ford. Stiles a exprimé des préoccupations similaires, déclarant que l’Ontario avait besoin de politiques concrètes plutôt que de discours électoraux faits à l’étranger.
Un autre point de controverse concerne le financement du voyage. Le Parti progressiste-conservateur de l’Ontario couvre les dépenses personnelles de Ford, y compris le cout de son jet privé et de son hébergement. Toutefois, certains frais liés aux rencontres officielles et aux évènements sont censés être pris en charge par les contribuables ontariens. Cette situation a suscité des inquiétudes quant à la confusion entre activités de campagne et fonctions gouvernementales, les critiques accusant Ford d’exploiter sa position de premier ministre à des fins électorales.
Les partisans du voyage de Ford estiment cependant que dialoguer avec les décideurs américains est une responsabilité essentielle de tout premier ministre ontarien, en particulier lorsque des accords commerciaux et des tarifs pourraient avoir des conséquences économiques majeures. Le commentateur politique Anthony Furey a noté que, bien que les critiques sur cette visite soient valables, elles ne remettent pas en cause la nécessité de cet engagement avec les responsables américains. Il a également souligné qu’aucun autre chef de parti ontarien ne bénéficie d’un accès comparable aux décideurs clés de Washington, faisant de Ford le principal porte-parole de la province dans ce dossier.
Alors que la campagne électorale se poursuit, l’impact politique du voyage de Ford reste incertain. Son message de stabilité économique et de leadeurship fort dans les négociations commerciales pourrait convaincre les électeurs soucieux de l’avenir économique de la province. Cependant, l’argument de l’opposition, qui présente cette visite comme une manœuvre électorale opportuniste, pourrait influencer la perception du public. En fin de compte, le succès ou l’échec de ce voyage sur le plan politique dépendra de la manière dont les électeurs évalueront l’équilibre entre gestion gouvernementale et stratégie électorale dans les semaines à venir.
