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le Mercredi 2 octobre 2024 14:45 Chroniques

Marie LeBel : une vie consacrée à l’histoire et à la francophonie ontarienne

Tout au long de sa carrière, Marie LeBel a été reconnue pour l’excellence de son travail. — Photo : Ndery Dione
Tout au long de sa carrière, Marie LeBel a été reconnue pour l’excellence de son travail.
Photo : Ndery Dione

Marie LeBel, professeure et historienne reconnue, est une figure incontournable du milieu académique canadien, d’après ses collègues. À 61 ans, cette femme originaire du Québec continue d’apporter une contribution significative à l’étude de l’histoire et à la valorisation des communautés francophones en situation minoritaire en Ontario.

Marie LeBel : une vie consacrée à l’histoire et à la francophonie ontarienne
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Depuis 1991, elle enseigne à l’Université de Hearst, où son parcours personnel, académique et professionnel reflète une vie riche en expériences diverses et en engagements profonds. 

Née à Maniwaki, Marie LeBel a grandi dans un cadre qui pourrait surprendre ceux qui la rencontrent pour la première fois. 

« Certaines personnes pensent que je suis une fille de la ville, mais la majorité de ma vie, je l’ai passée dans des villages forestiers ». 

Son père, ingénieur forestier pour une multinationale américaine, a mené sa famille de village en village au gré des affectations professionnelles. Clova, La Tuque, Grenville et Carleton font partie des endroits isolés où Marie a grandi, entourée de nature, souvent sans télévision et sans accès direct à la culture populaire. 

Mais la passion de la lecture et de l’apprentissage lui est venue rapidement. « Ma mère, institutrice, commandait des livres pour moi. L’éducation était une évidence pour elle », se souvient-elle. En dépit de son environnement rural, Marie a bénéficié d’un encadre-ment familial encourageant, ce qui a façonné son amour pour les études. Toutefois, ses aspirations initiales étaient loin de l’histoire. « Je voulais être artiste, peut-être comédienne ou peintre. » Mais son père, inquiet, a insisté pour qu’elle choisisse un domaine plus stable. C’est ainsi que Marie LeBel s’oriente vers des études en histoire à l’Université Laval, un choix qui allait finalement tracer le chemin de sa carrière. Son baccalauréat en histoire l’a menée à une maitrise en histoire des relations internationales, avec un intérêt particulier pour la Russie, à une époque où le monde était encore marqué par la guerre froide. Elle se plonge dans l’étude des perceptions occidentales de l’URSS, un sujet qu’elle approfondira plus tard lors d’un voyage de six mois à travers l’Europe de l’Est, juste avant l’effondrement du bloc communiste. Ce voyage, qui l’a menée en URSS, en Yougoslavie, en Hongrie, en République tchèque et en Pologne, a nourri son intérêt pour les dynamiques politiques et sociales de cette région du monde. 

Mme LeBel a poursuivi ses études jusqu’au doctorat, qu’elle obtient à l’Université Laval en se spécialisant sur le totalitarisme. À partir de là, sa carrière prend une tournure déterminante. En 1989, elle est invitée par l’Université Laval à donner un cours en histoire russe, et peu de temps après, elle rejoint également l’Université du Québec à Rimouski en tant que chargée de cours en histoire russe et contemporaine. Ce parcours prometteur au Québec prend fin en 1991 lorsqu’elle accepte un poste à l’Université de Hearst. 

Ce changement radical de cadre géographique et professionnel n’a pas été sans défis pour Marie. 

« Il n’y avait ni montagne, ni fleuve, ni mer à Hearst, des paysages auxquels j’étais habituée », raconte-t-elle. 

Elle considérait son arrivée à Hearst comme un « déracinement » en quittant le Québec pour venir en Ontario. Un déracinement qui a donné naissance à de nouvelles opportunités, à la fois professionnelles et personnelles. Elle rencontre également son mari à Hearst, un évènement marquant de sa vie personnelle. 

Finalement, en s’enracinant dans cette région éloignée, elle a découvert une communauté vibrante qui l’a enrichie et à laquelle elle a, en retour, beaucoup apporté. 

Sur le plan professionnel, Marie LeBel se distingue rapidement par son implication dans l’enseignement et la recherche interdisciplinaire. 

Historienne de formation, elle est aujourd’hui professeure titulaire dans le programme d’études interdisciplinaires de l’Université de Hearst. Ses cours, qui portent sur les idées politiques et sociales, la géopolitique et l’interdisciplinarité, lui permettent de transmettre à ses étudiants une vision riche et nuancée du monde contemporain. 

Au-delà de son rôle d’enseignante, Marie LeBel est également une chercheuse prolifique. Depuis 2012, elle collabore avec la Chaire de recherche de la francophonie en santé de l’Université d’Ottawa, s’intéressant à l’histoire des soins et des services en santé mentale pour les communautés franco-phones du Nord-Est ontarien. Son travail met en lumière les défis spécifiques des communautés de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM). 

Dans le cadre de ses recherches, Marie adopte une approche innovante basée sur les récits de vies, une méthode qui lui permet d’explorer des trajectoires individuelles marquées par la déshospitalisation psychiatrique et l’évolution des traitements en santé mentale. 

« Les récits de vies psychiatriques m’ont fait découvrir des modes de diffusion de la recherche autres que les communications et publications scientifiques », dit-elle. 

En 2021, elle copublie Dérives, une histoire sensible des parcours psychiatriques en Ontario français, un ouvrage qui illustre cette approche narrative. Ses travaux actuels se concentrent sur les fugues et disparitions en contexte institutionnel psychiatriques, un sujet qui, selon elle, révèle la polysémie du concept de « disparition » dans les problématiques de santé mentale. Parallèlement, elle participe au projet SCRIPPT, qui vise à scénariser les récits individuels de parcours psychiatriques trans-institutionnels, un projet soutenu par une bourse du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH). 

Tout au long de sa carrière, Marie LeBel a été reconnue pour l’excellence de son travail. Sa thèse de doctorat a reçu le prix de l’Association des doyens des études supérieures des universités au Québec, qui récompense les meilleures thèses en sciences humaines et sociales, et témoigne de la rigueur et de l’importance de ses recherches. Elle a également été honorée par la Fondation du patrimoine de l’Ontario pour sa contribution à la fondation du premier écomusée ontarien, une autre preuve de son engagement pour la valorisation du patrimoine francophone et régional. 

Bref, la carrière de Marie LeBel illustre non seulement la richesse de son parcours personnel, mais aussi son engagement indéfectible pour la promotion de l’histoire et du patrimoine francophone dans des contextes souvent négligés.