le Jeudi 4 juin 2026
le Samedi 8 février 2025 19:00 Santé

Un chemin vers la guérison, Julie Roy-Hébert témoigne de son parcours alimentaire

  Photos: Julie Roy\Facebook
Photos: Julie Roy\Facebook

Un des derniers troubles alimentaires à avoir été identifié c’est l’hyperphagie boulimique et les études sont moins poussées à ce sujet comparativement aux autres troubles. Toutefois, l’envie de manger sans s’arrêter et sans avoir de comportements compensatoires, c’est exactement ce que Julie Roy-Hébert a vécu.

Un chemin vers la guérison, Julie Roy-Hébert témoigne de son parcours alimentaire
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Elle a reçu ce diagnostic il y a quelques années, mais utilise plutôt le terme anglophone plus connu « bing eating » et cherche encore à démystifier l’origine de son trouble.

« J’ai toujours su que ma relation avec la nourriture était compliquée, mais j’en ai réellement pris conscience lorsque je suis partie à l’université à Sudbury. À cette époque, je vivais en colocation, et je me suis retrouvée dans une situation où je n’avais plus rien à manger, au point d’envisager de voler de la nourriture à mes colocataires. C’est à ce moment-là que j’ai compris l’ampleur de mon problème et que j’ai décidé de consulter une travailleuse sociale. Malheureusement, à Hearst, il n’y avait pas vraiment de spécialiste en troubles alimentaires, notamment pour l’hyperphagie boulimique. »

Julie s’est donc tournée vers un service de diététique. Malgré les bons conseils qu’elle a reçus, sa première tentative pour comprendre et guérir n’a pas été concluante. « L’intervenante que j’ai rencontrée voulait me faire suivre un plan alimentaire affiché sur mon frigo, mais cela ne répondait pas à mon besoin de comprendre l’origine de mon trouble. J’avais l’impression que cela ne servirait à rien, que je pourrais manger tout le plan en 25 minutes et qu’après, le problème resterait le même. »

Les troubles alimentaires sont des comportements obsessifs, tout comme une dépendance aux substances. « Mon trouble ressemble beaucoup à une addiction : c’est une pulsion que je ne peux pas contrôler, comme une dépendance aux drogues ou à l’alcool. Mais contrairement à ces substances, on ne peut pas arrêter de manger pour survivre. J’ai souvent rêvé d’une solution où l’on pourrait simplement se nourrir par intraveineuse ou avec une capsule quotidienne pour ne plus avoir à gérer cette relation avec la nourriture. »

« J’ai essayé plusieurs thérapies, et même si certaines n’ont pas vraiment aidé, travailler avec une diététiste a été bénéfique », confie Julie. C’est avec l’aide de cette professionnelle de la santé qu’elle a commencé à comprendre l’importance de l’équilibre dans ses repas, un élément fondamental dans son cheminement vers la guérison. « J’ai réalisé que, même en pensant manger sainement, mes portions ou combinaisons d’aliments n’étaient pas forcément adaptées. » Par exemple, un simple gruau au déjeuner, qu’elle considérait comme un choix sain, devenait trop lourd lorsqu’accompagné de pain grillé et de fruits. Cette prise de conscience sur les quantités et les bonnes pratiques alimentaires a été un premier pas crucial.

Cependant, comprendre la nutrition ne suffisait pas. Julie a également pris conscience de l’importance de la gestion des émotions dans ses comportements alimentaires. « Souvent, on entend dire : “Je mange mes émotions”, mais c’est bien plus complexe que cela », souligne-t-elle. C’est pourquoi il lui a fallu élargir sa démarche thérapeutique en consultant un travailleur social et d’autres professionnels spécialisés dans la gestion des émotions. « Beaucoup de gens disent : “Oh, j’ai trop mangé”, mais cela va bien au-delà d’un simple excès ponctuel », précise Julie, qui a vécu de nombreux épisodes où la nourriture devenait une réponse à des tensions émotionnelles. Ces comportements avaient des conséquences physiques et psychologiques : douleurs abdominales, culpabilité, et un cycle sans fin de soulagements temporaires et de regrets.

Julie n’a pas eu un parcours linéaire. Après des consultations avec l’équipe de santé familiale et un intervenant en toxicomanie, elle a été dirigée vers une clinique spécialisée dans les troubles alimentaires. Là, elle a pu creuser plus profondément dans ses habitudes et ses déclencheurs. « Je me sentais parfois perdue ; je savais ce que je devais faire, mais je n’y arrivais pas. » Pourtant, elle a persévéré. « Il y a eu des moments où je me suis sentie découragée, mais je savais que ce n’était pas un processus immédiat. »

L’une des découvertes les plus marquantes fut l’importance de ne pas sauter les repas, notamment le déjeuner, ce qui lui arrivait en raison des pressions du quotidien. « Parfois, on saute un repas sans s’en rendre compte, et le soir, on compense », explique-t-elle. Cette prise de conscience, aidée par des intervenants spécialisés, a été essentielle dans son cheminement.

Malgré ces progrès, Julie admet que des « petits monstres » restent encore dans l’ombre, comme elle le dit si bien. « C’est encore là, comme un petit crosseur sur l’épaule », un terme qu’elle utilise pour décrire ces voix intérieures qui tentent de la pousser vers ses anciens comportements. Et bien que sa quête pour comprendre l’origine de ses troubles alimentaires ne se soit pas soldée par une réponse claire, elle a appris à les apprivoiser. « Je n’ai pas encore trouvé le “pourquoi”, mais ce n’est pas si grave. Ce qui compte, c’est que j’ai fait beaucoup de progrès. »

Son parcours a aussi été influencé par ses expériences d’enfance. Julie se souvient d’une scène précise de son enfance : elle mangeait rapidement une tranche de pain blanc beurré, en cachette, avant que sa mère ne sorte de la pièce. Ce souvenir, ancré dans sa mémoire, l’a poussée à explorer ses relations avec la nourriture. « Le pain blanc, dans ma tête, c’est un label, comme si ce n’était pas bon, comme si je ne devais pas en manger. »

Aujourd’hui, Mme Roy-Hébert essaie de démystifier la nourriture pour ses enfants. « Je leur ai expliqué que la chirurgie bariatrique que j’ai subie n’était pas pour perdre du poids, mais pour reprendre le contrôle sur mon alimentation. » L’éducation et la normalisation des discussions autour des troubles alimentaires sont des aspects qu’elle considère comme essentiels, notamment pour éviter la stigmatisation.

Elle avoue que d’être propriétaire d’un restaurant et surtout d’un dépanneur est un défi de taille dans son cas. « C’est ironique, mais je travaille dans la restauration. C’est très difficile. » Entourée de nourriture toute la journée, dans un restaurant où les plats frits et la poutine sont rois, Julie a dû trouver des stratégies pour maintenir un équilibre. « J’ai essayé d’adapter mon menu pour avoir des options plus équilibrées, mais c’est extrêmement difficile pour moi de choisir les bonnes options. »

Elle continue de partager son expérience dans des espaces en ligne, où elle a trouvé du soutien auprès d’autres femmes qui se reconnaissent dans son histoire. Cependant, Julie exprime le besoin de rencontrer ces gens en personne, soulignant que les troubles alimentaires restent un sujet tabou. « En parler, c’est déjà une partie de la solution », dit-elle.

Julie Roy-Hébert rappelle que, malgré l’apparence simple des solutions, les troubles alimentaires sont des phénomènes complexes qui nécessitent une approche individuelle et un accompagnement adapté. Comme elle le dit, « c’est un investissement pour moi. » Et c’est un investissement qu’elle effectue, chaque jour.

CHAPEAU !