le Mercredi 3 juin 2026
le Mardi 15 octobre 2024 13:40 | mis à jour le 15 octobre 2024 13:41 Évènements

Charles Beaudoin de passage à Mattice-Val Côté pour présenter son nouveau livre

Soixante ans plus tard, cette tragédie syndicale nord-ontarienne fait encore couler de l’encre et touche une nouvelle génération de personnes du même coup. — Photos : Renée-Pier Fontaine
Soixante ans plus tard, cette tragédie syndicale nord-ontarienne fait encore couler de l’encre et touche une nouvelle génération de personnes du même coup.
Photos : Renée-Pier Fontaine

L’auteur Charles Beaudoin a présenté son nouveau livre, The Reesor Siding Tragedy, jeudi soir à la bibliothèque municipale de Mattice-Val Côté. Son frère était un policier à l’époque, au détachement de Hearst, et était présent le soir du 11 février 1963. Depuis, il n’en avait jamais vraiment reparlé avec sa famille et ses proches.

Charles Beaudoin de passage à Mattice-Val Côté pour présenter son nouveau livre
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L’évènement de Reesor Siding en 1963 est l’un des conflits de travail les plus marquants de l’histoire du Canada. La grève s’est soldée par des blessures par balle à onze syndicalistes, dont trois ont été tués. La violente confrontation a eu lieu près du petit hameau francophone de Reesor Siding, aujourd’hui ville fantôme, près de Mattice-Val Côté et Opasatika. 

Le document policier de son frère.

M. Beaudoin racontait à la douzaine de personnes sur place que son frère qui, d’habitude, n’accordait pas beaucoup d’importance aux objets matériels avait gardé le dossier de la preuve qui a été utilisé pendant le procès des accusés. « Il m’avait dit qu’un des policiers présents était censé écrire un livre il y a 20 ans, mais l’ouvrage n’est jamais sorti. J’ai demandé si je pouvais amener ce document à la maison et je me suis dit qu’il fallait que j’écrive quelque chose là-dessus. Ç’a été tellement pénible pour tellement de gens et j’ai assez d’informations intéressantes et, je pense, réelles. » 

« Ce sujet m’intéressait beaucoup, parce que j’ai travaillé dans le bois pour l’Abitibi à Iroquois Falls au camp 9 pendant trois ans et j’ai aussi travaillé au moulin. Ensuite, j’ai décidé d’aller à l’université ; je suis devenu enseignant au secondaire en histoire et directeur d’école. Toute une autre vie, écrire un livre comme ça, je n’avais jamais pensé faire cela », raconte-t-il. 

Après sa lecture, M. Beaudoin a fait le constat que les douze policiers présents ce soir-là n’ont pas la même version des évènements. 

« Ma conclusion après avoir tout examiné cela, c’est que le gouvernement n’a pas enforcé le règlement et à cause de ça il y a eu des conflits entre les deux groupes. » 

Le premier contrat de travail que M. Beaudoin a négocié c’est en 1974 pour les enseignants et son dernier pour une commission scolaire a été en 2008. Son expérience lui permet de mieux comprendre les enjeux du conflit de Reesor Siding. « Le problème c’était que la compagnie Kimberly Clark appartenait aussi un moulin à Longlac qui produisait un tout autre produit, qui coutait plus cher à produire en plus. Elle ne voulait pas payer les gars dans le bois plus cher à Longlac, mais ils étaient tous dans la même union. En plus, à New York, une grève sévissait depuis novembre 1962 chez les sept plus gros journaux, donc personne n’avait besoin de papier », raconte M. Beaudoin. 

L’année précédente, la compagnie d’Abitibi avait réglé le conflit de travail avec ses employés et les syndicalistes de Kapuskasing s’attendaient à une fin similaire, mais ça ne s’est pas passé de cette manière. « L’information se partageait d’une ville à l’autre et ils étaient supposés de régler de la même manière qu’Abitibi ont réglé et d’avoir le même contrat, pis ils ne l’avaient pas. » 

Ce qui marque le plus l’auteur c’est que cette nuit fatidique aurait pu être évitée.

Ce qui marque le plus l’auteur c’est que cette nuit fatidique aurait pu être évitée. Les policiers sur place ont tous dit dans leur rapport qu’ils ne croyaient pas que les hommes étaient armés et prêts à tirer. Environ 400 syndicalistes étaient en direction de Reesor Siding pour empêcher la cargaison de 600 cordes de bois. Une vingtaine de fermiers les attendaient et ils n’ont pas hésité à tirer. Les douze agents ce soir-là étaient tous des constables et ont essayé tant bien que mal d’empêcher l’escalade, sans succès. Les renforts sont arrivés le lendemain, 200 policiers ont été mobilisés à Reesor Siding, mais les dommages étaient faits. 

Plus tard, Donald MacDonald, chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) de l’Ontario, dira que les déclarations sous serment indiquent que la police savait que les fermiers avaient apporté des armes à feu avec eux cette nuit-là, mais qu’elle n’avait pris aucune précaution pour s’assurer qu’elles ne seraient pas utilisées. 

Soixante ans plus tard, cette tragédie syndicale nord-ontarienne fait encore couler de l’encre et touche une nouvelle génération de personnes du même coup. Trois vies ont été perdues, 237 membres du syndicat ont été accusés d’émeute et détenus temporairement à Monteith, et trois agriculteurs ont subi un procès à Cochrane en octobre. Après trois jours de délibération, le juré a rejeté les accusations de meurtre non prémédité. 

Le livre de M. Beaudoin est disponible en anglais seulement, dans toutes les librairies et même sur les plateformes numériques.