Pour Stéphane Beaulne, il y a un bon lien entre la santé mentale et l’activité physique. « Je pense que selon la formation d’un professeur, par exemple dans la thérapie cognitivo-comportementaliste, on va fortement encourager les personnes à intégrer l’activité physique dans leur quotidien, que ce soit pour l’anxiété ou la dépression. Alors au départ, c’est vraiment de pouvoir identifier des objectifs et de faire une progression évolutive », explique-t-il.
Dix minutes qui changent tout
Le professeur a précisé qu’au début, que ce soit juste faire dix ou quinze minutes pour prendre l’air ou sortir, c’est déjà très bien. Pour lui, le but n’est pas de se lever pour aller marcher pendant une heure, de faire une séance de yoga, de s’entrainer physiquement ou de se fixer des attentes trop élevées.
« La durée et la fréquence, je pense que c’est très important et ça se fait progressivement. Parce que le but quand on est dépressif ou anxieux, c’est d’atteindre les petits objectifs. Donc c’est de vraiment aller avec la capacité du moment pour bien réussir, mais aussi de pouvoir le faire quotidiennement, sur une période de temps. »
M. Beaulne indique également que l’activité physique a un effet direct sur les neuromodulateurs du cerveau.
Le cerveau réagit à l’effort
« Quand la personne effectue l’activité physique ça stimule l’androphile et tout. Donc il y a un lien direct entre le cerveau qui en a besoin, avec l’excitation que ça donne. Il y a aussi par rapport à l’humeur et ça fonctionne bien le fait de réussir à sortir et de faire des activités. Et au niveau de la socialisation, ça permet de sortir de l’isolement, de pouvoir échanger avec les gens, de reprendre un peu de gout et aussi d’avoir une stabilité au niveau de l’humeur. »
M. Beaulne donne aussi quelques recommandations et conseils aux personnes en situation de dépression et qui souhaitent intégrer progressivement l’exercice physique dans leur quotidien.
Surveiller les premiers signes
« Je pense que la première chose est de reconnaitre les symptômes de dépression, de voir dans les changements du quotidien au niveau du sommeil, de l’alimentation et surtout des pensées. Quand ça commence avec des pensées qui envahissent et sont souvent négatives. Au niveau de l’activité physique, c’est toujours de se donner des objectifs et de s’engager, surtout lorsque l’automne arrive. Il y a des gens pour qui c’est plus compliqué avec la lumière, l’humeur est présente et tout. »
En outre, le professeur a ajouté qu’il faut vraiment avoir une hygiène physique et mentale qui permet de sortir. Cela ne remplace pas la médication dans certains cas ou dans d’autres situations, dépendamment de ce qui était le facteur prédisposant ou déclencheur, et si l’activité physique va permettre d’atteindre un bien-être ou pas.
Mais il s’agit de trouver un équilibre entre la consultation, la médication et l’activité physique, afin de répondre aux besoins cognitifs, émotionnels et sociaux.
La science appuie les bienfaits
À cela s’ajoutent quelques autres aspects que Stéphane Beaulne a cités, venant de ses recherches. Selon lui, de récentes études confirment que l’activité physique représente un levier puissant contre la dépression et l’anxiété. Une méta-analyse publiée dans le BMJ par Noetel et al. (2024) démontre, à partir d’essais cliniques contrôlés, que des pratiques variées telles que la marche, la course, le yoga ou l’entrainement musculaire génèrent des réductions modérées à importantes des symptômes dépressifs.
Dans cette même logique, Singh et al. (2023) concluent que les interventions physiques constituent un traitement efficace pour l’anxiété et la dépression chez l’adulte, élargissant ainsi les perspectives de prise en charge au-delà de la médication et de la psychothérapie classiques.
En plus, au-delà de cette efficacité clinique, selon le professeur Beaulne, plusieurs travaux visent à expliquer les mécanismes en jeu. Kandola et al. (2019) avancent que l’exercice physique agit à la fois sur le plan biologique en stimulant la libération d’endorphines, en augmentant le facteur neurotrophique BDNF et en améliorant la plasticité cérébrale et sur le plan psychosocial, en renforçant l’estime de soi, le sentiment de compétence et le lien social.
Ces recherches ajoutent aussi des bénéfices indirects comme un meilleur sommeil, une baisse de la fatigue et une amélioration de la santé physique globale qui, ensemble, contribuent à alléger durablement le fardeau de la dépression.
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