Les francophones et les catholiques de l’Ontario ne seront pas touchés dans le cadre de la réforme en éducation, contrairement aux 31 conseils scolaires anglophones publics, a confirmé une porte-parole du ministre au Droit, jeudi.
Le ministre Paul Calandra étudie depuis plusieurs semaines la possibilité d’éliminer les postes de conseillers scolaires, démocratiquement élus en Ontario.
Il s’est donné jusqu’à la fin de cette année pour accomplir cette refonte historique du système éducatif.
Même s’il a toujours indiqué ne pas vouloir brimer les droits constitutionnels des francophones et catholiques, protégés par la Charte canadienne, il n’avait jusqu’ici pas fermé la porte à l’élimination des postes de conseillers scolaires dans ces communautés.
Dans une entrevue avec Global News, diffusée mercredi, il a fait savoir que l’éducation publique anglophone n’a pas de telles protections constitutionnelles, et qu’il aurait donc la voie libre pour abolir ces postes de conseillers scolaires.
Opposition
L’Opposition officielle à Queen’s Park et des groupes du domaine de l’éducation francophone de l’Ontario ont demandé au gouvernement Ford d’abroger le projet de loi 33, qui donne au ministre de l’Éducation le pouvoir de superviser plus facilement les institutions scolaires.
Ils ont aussi prévenu le ministre que les Franco-Ontariens n’accepteraient pas qu’il se donne le droit de contrôler leurs conseils scolaires.
La porte-parole néo-démocrate en matière de francophonie, France Gélinas, avait même fait allusion à un «jeudi noir» 2.0, en août dernier.
«Si le projet de loi 33 est adopté, [le gouvernement Ford] peut s’attendre à une réaction de la part de l’Ontario français qui fera paraître pâles les manifestations du 1er décembre 2018 qui ont suivi l’abolition du poste du Commissaire aux Services en français et du projet d’une université de langue française», avait-elle lancé.
Celle-ci se dit maintenant rassurée de savoir que le ministre Calandra entend respecter les droits des Franco-Ontariens, mais elle ne baisse pas la garde.
«C’est un petit pas dans la bonne direction. Je suis contente, mais est-ce qu’on est à la ligne d’arrivée? Absolument pas», dit France Gélinas en entrevue téléphonique, notant que le projet de loi 33 demeure une menace.
«La façon dont le projet de loi est écrit en ce moment, il y n’y a rien qui empêche le gouvernement de mettre un unilingue anglophone en charge d’un conseil scolaire francophone», indique-t-elle.
Consultations
Paul Calandra a mis cinq conseils scolaires anglophones sous tutelle, cet été, citant leur mauvaise gestion financière.
L’un d’entre eux est un conseil scolaire catholique.
Le président de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), Robert Demers, s’est dit «reconnaissant que [le ministre de l’Éducation] reconnaisse nos droits», en entrevue avec Le Droit.
Il admet qu’il était «très inquiet» depuis que le ministre Calandra a évoqué son intention de revoir le rôle des conseillers scolaires dans la province.
N’empêche, celui-ci dit qu’il est difficile pour lui d’émettre des commentaires à ce sujet pour le moment, puisqu’il ne sait pas «quelle surprise pourrait nous attendre».
«Ça serait bien s’il menait des consultations, mais ça, il ne l’a pas fait», déplore Robert Demers.
Il affirme avoir rencontré le ministère en juillet, mais qu’il a été question des multiples défis que rencontre le milieu scolaire, et pas du projet de loi 33 ou d’une éventuelle réforme en éducation.
L’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO) n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.
La présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), Gabrielle Lemieux, affirme elle aussi que son organisation n’a pas été consultée au sujet de la réforme du système d’éducation ou du projet de loi 33.
Elle indique qu’elle est inquiète que le désir du ministre Calandra d’abolir les postes de conseillers scolaires anglophones publics ne divise les communautés linguistiques, et que le «chaos» lié à la gouvernance locale ne détourne l’attention des problèmes de sous-financement dans les écoles de la province.
«On veut trouver un équilibre – valoriser les progrès des francophones tout en travaillant à l’amélioration globale des conseils scolaires.»
