le Jeudi 4 juin 2026
le Lundi 8 septembre 2025 14:30 Éducation

L’utilisation de l’IA dans le milieu postsecondaire

Anthony Miron — Photo de courtoisie
Anthony Miron
Photo de courtoisie

L’intelligence humaine a connu un phénomène d’imitation avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, qui repose sur la création et l’application d’algorithmes exécutés dans un environnement informatique dynamique, et surtout au niveau de l’éducation. Notre rencontre avec Anthony Miron lui a permis de nous parler des avantages et des inconvénients de l’utilisation de cet outil technologique.

L’utilisation de l’IA dans le milieu postsecondaire
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Professeur à l’Université de Hearst depuis 2017, Anthony Miron a donné son point de vue sur l’utilisation de l’intelligence artificielle, plus précisément avec l’agent conversationnel ChatGPT, dans le milieu scolaire. Il donne des cours qui comportent des composantes d’informatique, des cours d’introduction à l’administration des affaires et à la gestion, ainsi que des cours portant sur des concepts comme le leadeurship.

Selon M. Miron, l’intelligence artificielle peut parfois être suggérée aux étudiants, car c’est un outil qui existe et qui va continuer d’exister sur le marché du travail. Lui, en tant que professionnel, l’utilise tous les jours.

« Je trouve ça un peu étrange de dire aux étudiants qu’ils n’ont pas du tout le droit d’utiliser l’intelligence artificielle. Mais là, il faut reculer et se poser la grande question : quel est le but d’un parcours à l’université ? Est-ce que c’est d’obtenir un diplôme, ou est-ce de faire en sorte que les gens deviennent de meilleurs citoyens qui ont de meilleures connaissances, compétences et pensées critiques aussi ? Donc c’est une ligne fine à gérer », explique-t-il.

Cependant, des inquiétudes se manifestent pour certains professeurs quant à la possibilité de savoir si les étudiants ont utilisé l’intelligence artificielle pour effectuer leurs travaux ou s’ils ont utilisé leurs propres connaissances acquises dans les cours. Pour Anthony, l’intelligence artificielle est à la fois facile et difficile à détecter.

Facilement détectable au premier coup d’œil, parfois

Ce qui est plus facile à détecter pour lui, c’est qu’il y a des structures utilisées par l’intelligence artificielle qu’on peut remarquer dans les textes des étudiants. « Par exemple, s’il n’y a pas de fautes dans le texte d’un étudiant et que je vois des fautes dans ses autres travaux et dans ses courriels, on voit que ce n’est pas constant. L’utilisation, parfois, d’un titre avec des deux-points et des sous-titres, comme la façon dont le texte est structuré dans ChatGPT, les étudiants copient-collent ça et le mettent dans leurs textes. »

Le professeur reconnait aussi une série de mots qui sont utilisés fréquemment par l’outil conversationnel gratuit mentionné dans sa production de textes, c’est alors que les soupçons commencent à s’installer dans son esprit.

En plus, Anthony a ajouté qu’avec ChatGPT, on ne voit pas souvent de sources dans ses réponses si l’étudiant utilise cet outil, il ne met pas de sources dans son travail, ou il ne les met pas correctement.

« Quand il y a des améliorations spectaculaires d’un travail à un autre chez un étudiant, ça c’est facile à voir. Des fois, il n’y a pas de changement dans sa police de caractère, c’est la même que ChatGPT utilise, et c’est facile à détecter. Un texte d’un étudiant semblable à celui d’un autre, et ainsi de suite », confie Anthony Mitron.

Logiciels qui détectent IA

En outre, le professeur a souligné qu’il existe des logiciels qui peuvent permettre de détecter si l’intelligence artificielle a été utilisée ou pas. Cependant, ces outils peuvent faire ce qu’on appelle des faux positifs. « Ces logiciels vont dire que ce travail a utilisé l’intelligence artificielle, et ce n’est peut-être pas vrai, l’étudiant a peut-être fait son travail de façon honnête. Donc il faut s’assoir avec lui et qu’il explique sa méthodologie, comment il a fait pour effectuer son travail. Les logiciels ne sont pas à 100 % fiables, ils détectent parfois de l’intelligence artificielle là où il n’y en a pas, nous les avons vérifiés nous-mêmes. »

En revanche, le phénomène de l’utilisation de tels outils dans le milieu scolaire peut avoir des conséquences majeures sur le parcours de certains étudiants. Selon l’expérience qu’ont eue lui et ses collègues, son utilisation pourrait venir court-circuiter le processus d’apprentissage des étudiants.

« Donc on va sauter par-dessus le processus d’analyse, de synthèse et de critique, pour en arriver à la réponse. Si l’étudiant utilise l’intelligence artificielle pour avoir une réponse complète ou avoir réponse à tout, et bien là, on saute des étapes du processus d’apprentissage. »

Pour M. Miron, c’est également important que les étudiants prennent le temps de valider les faits que l’agent conversationnel leur soumettra. En restant passif et ne critiquant pas les réponses de l’IA, ça peut être mauvais pour leurs parcours.

Confiance en soi

À cela s’ajoute la baisse de confiance, très remarquée maintenant dans le milieu éducatif et en soi. D’après le professeur Miron, quelqu’un qui utilise l’intelligence artificielle pour rédiger tous ses textes va avoir moins de confiance lorsque viendra le temps de rédiger un texte sans cet outil. Ça va lui prendre beaucoup de temps ; il va peut-être faire plus d’erreurs et douter de ses compétences.

« J’ai dit les étudiants, mais les professionnels aussi. Donc moi, quand vient le temps d’écrire en anglais, je me sers beaucoup de l’intelligence artificielle maintenant. Mais si je ne l’ai pas, ça me prend plus de temps qu’auparavant, parce que je le pratique moins. Je suis devenu un peu dépendant, comme j’ai dit, de l’intelligence artificielle. »

Selon M. Miron, l’évaluation des étudiants pour les périodes d’examens ou devoirs pourrait aussi poser des problèmes.

« En tant que professeurs, nous, il faut trouver des façons d’évaluer les étudiants, leurs compétences et connaissances en s’assurant que l’intelligence artificielle ne vient pas tinter les résultats. Donc, oui, c’est un outil qui va être là. On pense qu’il faut préparer les étudiants à accéder au marché du travail, dont leur montrer comment se servir de l’intelligence artificielle. Selon moi, il faut apprendre à bien enseigner l’utilisation de l’intelligence artificielle, l’encadrer. C’est un nouveau problème, un problème moderne : il faut des solutions modernes. Ce n’est pas tout défini encore. »

M. Miron conclut en donnant quelques conseils aux étudiants, précisant que leur objectif ultime est d’apprendre comment utiliser leur pensée critique, comment réfléchir et avoir le réflexe de valider les informations. Ce n’est pas nécessairement de produire des devoirs et d’obtenir un diplôme.

« Oui, il y a des risques, si l’utilisation de l’intelligence artificielle n’est pas bien encadrée. Mais là, c’est possible de bien l’encadrer en tant que professeur, ou du moins de faire son possible. Par contre, c’est plus un risque pour les étudiants, ça va plus à l’encontre des objectifs naturels ».