le Mercredi 3 juin 2026
le Vendredi 8 août 2025 10:58 Régional

Crise financière qui inquiète les citoyens de Fauquier-Strickland et qui en motive d’autres

Des centaines de citoyens se sont déplacés les jeudi 31 juillet et mardi 5 aout pour assister aux réunions du conseil municipal du Canton de Fauquier-Strickland, qui connait une grave crise financière. — Photo : Renée-Pier Fontaine
Des centaines de citoyens se sont déplacés les jeudi 31 juillet et mardi 5 aout pour assister aux réunions du conseil municipal du Canton de Fauquier-Strickland, qui connait une grave crise financière.
Photo : Renée-Pier Fontaine

Une période de questions des contribuables a été accordée les deux soirs, malgré que ce n’est pas permis habituellement lors d’une réunion de conseil municipal. Un désir de changement était palpable, ainsi que de l’incompréhension concernant le parcours qui a mené les dirigeants municipaux à une telle situation. Malgré tout, la mairesse s’accroche à son siège et n’entend pas démissionner.

Crise financière qui inquiète les citoyens de Fauquier-Strickland et qui en motive d’autres
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Réunion extraordinaire du 31 juillet 2025

Après avoir tenu compte des règlements municipaux pour accepter l’aide du ministère des Affaires municipales et du Logement, et consenti de suivre les conditions qui sont imposées pour recevoir un maximum de 300 000 $ jusqu’au 30 octobre 2025, les trois employés municipaux restants ont pu souffler un peu. L’abolition de leurs postes n’a pas eu lieu le 1er aout 2025 comme prévu.

Une période de questions a suivi l’adoption des résolutions, bien que ce n’est pas permis habituellement.

Photo : Renée-Pier Fontaine

Les résidents sont inquiets au sujet d’une hausse de taxes démesurée qui aura des conséquences graves pour les générations à venir. Plusieurs avaient des questions sur la gestion des finances municipales, une mention de corruption a même été soulevée.

Un résident a déclaré qu’un changement dans la direction est primordial si les contribuables veulent régler ce problème, sinon les erreurs risquent de se reproduire avec les mêmes personnes aux commandes. 

Des applaudissements ont eu lieu après plusieurs discours de citoyens, et le climat était tendu dans la salle. Peter Konopelky a déclaré que les problèmes financiers ont été de pis en pis sous la gouvernance de la mairesse Madeleine Tremblay, en poste depuis 2006. Il a même demandé pourquoi aucune action n’avait été entreprise avant au sujet du flux de trésorerie et du budget, déclarant que c’est souvent un sujet de discorde avec les autres membres du conseil.

Le sujet a suscité une vive réaction du conseiller Lamontagne, qui affirme avoir posé des questions concernant le budget à maintes reprises et d’avoir reçu comme réponse de la mairesse que les gens devaient faire confiance à leur employée.

Un citoyen de longue date déplore les nombreux projets réalisés au cours de la dernière décennie, qui n’étaient pas désirés par la communauté, trouvant exagéré d’investir autant pour un centre médical neuf, la patinoire et la bibliothèque.

La réunion ordinaire du conseil municipal du 5 aout

La salle le mardi 5 aout

Photo : Renée-Pier Fontaine

À l’entrée, des copies de la présentation de M. Konopelky étaient disponibles, mais également une lettre citoyenne qui énumérait la longue liste de décisions municipales qui sont jugées comme des dépenses inutiles ou des pertes considérables.

Voici quelques-unes de ces décisions énumérées dans la lettre : « démolir l’école de Fauquier parce qu’il n’y avait plus assez d’enfants pour la garder ouverte, pour ensuite construire une nouvelle patinoire avec une nouvelle bâtisse pour les enfants que nous n’avions plus au lieu de faire les réparations à la patinoire et la cabane qui existaient déjà. Et qui sont toujours là, en passant ! Ensuite d’acheter une Zamboni pour la patinoire qui n’était pas utilisée à cause du manque d’enfants. La décision de ne pas accepter la subvention du gouvernement envers l’achat d’un camion à ordure nécessaire pour les nouveaux bacs à poubelle et recyclage. »

La patinoire où se trouvait l’école.

Photo : Renée-Pier Fontaine

Présentations

Un temps de parole de 10 minutes est habituellement alloué pour des présentations, mais dans les circonstances et surtout pour que les locuteurs puissent traduire chaque mot à un public qui ne comprend soit le français ou l’anglais, un temps plus long a été permis.

Le conseiller Pierre Lamontagne a été le premier à prendre la parole. Tout de suite, il a voulu répondre à la question citoyenne sur la corruption. N’étant pas le sujet de la présentation, la mairesse lui a dit d’aller directement au point. Il a demandé qu’une vérification judiciaire soit effectuée afin d’enquêter en profondeur sur les finances municipales ; que les personnes responsables soient identifiées et subissent les conséquences de leurs actes.

Par la suite, il a raconté sous forme de conte de fées une métaphore au sujet de la gestion municipale, avant qu’il soit élu. Bien qu’il n’ait pas nommé de noms, les allégations de soif de pouvoir de l’ancienne directrice générale municipale, Nathalie Vachon, et de la mairesse étaient évidentes. Sans lui couper la parole, Madeleine Tremblay a relu les comportements qui sont jugés inacceptables lors de séances municipales, notamment le harcèlement et l’intimidation, jugeant les propos du conseiller Lamontagne près de la limite.

M. Lamontagne a proposé que les citoyens investissent volontairement dans la municipalité, en plus de leurs taxes, avec la promesse d’un crédit futur. Il a aussi suggéré des collectes de fonds, comme un tirage 50/50 avec les pompiers volontaires.

Le plan financier du « bon sens »

Pour ce qui est du citoyen Peter Konopelky, malgré quelques prises de bec avec la mairesse Tremblay au sujet du temps qu’il lui restait pour parler, tout le travail de recherche effectué derrière ses idées témoignait d’un désir de pouvoir être un acteur de changement qui lui venait tout droit du cœur. Ses nombreuses expériences professionnelles et personnelles ont fait de lui un homme qui tient à sa communauté et qui veut en prendre soin.

Peter Konopelky

Photo : Renée-Pier Fontaine

Shannon Pawlikowski, greffière du Canton de Fauquier-Strickland, qui écoute le citoyen parler d’elle.

Photo : Renée-Pier Fontaine

Il a tenu à souligner le travail de la greffière, Shannon Pawlikowski, déclarant qu’elle mérite une augmentation de salaire pour tous les efforts déployés depuis qu’elle a succédé à Mme Vachon. Après lui avoir remis un bouquet de fleurs pour la remercier, il a déclaré que la Municipalité devrait engager une personne qualifiée « à contrat » pour alléger la charge de travail de Mme Pawlikowski. La mairesse répondra, plus tard dans la soirée, qu’aucune augmentation de salaire des trois employés municipaux restants n’était envisagée.

Il a nommé son plan financier, celui du « bon sens ». À court terme, il comporte une augmentation de 10 % minimum et de 20 % maximum, en créant une formule équitable pour tous, puisque beaucoup de résidents de Fauquier-Strickland ont des revenus fixes, étant par exemple des retraités.

À long terme, M. Konopelky propose que les 387 ménages paient une surcharge de 50 $ par mois, pendant 25 ans, ce qui permettrait de rembourser la dette à une hauteur de 5 805 000 $. « Moi je dirais que ce serait acceptable comparé à un montant de 300 % d’augmentation de taxes. Je fais de la recherche, tellement que je ne dors pas. Je fais toujours de la recherche, donc quand je dis quelque chose j’ai toujours la preuve en arrière de moi. »

Remise du plan financier par l’épouse de M. Peter Konopelky, lors de la séance du conseil municipal du 5 août.

Photo : Renée-Pier Fontaine

Il a également affirmé qu’il se rendra à Toronto pour discuter avec des investisseurs qui seraient intéressés à bâtir du logement en vue du développement économique que va créer la nouvelle mine de nickel sur la route 665 près de Smooth Rock Falls. « Ils ne viendront pas ici si on a une taxe de 200 %, il faut prendre soin de la dette en premier, pis après ça amener du monde à bâtir. J’ai toutes sortes de plans pour aider la communauté, mais naturellement la mairesse n’a même pas voulu écouter mes options pour se sortir du trou. Elle m’a coupé la parole ce soir, je trouve ça triste et frustrant, ça m’a fait perdre le fil de mes idées ! »

La mairesse Madeleine Tremblay a exprimé que ça irait contre ses valeurs et ses convictions de démissionner de son poste. « Il faut trouver une solution pour notre municipalité. J’ai toujours vécu ici, c’est important pour moi aussi. Je sais que c’est important pour tous les gens et que ce serait bien facile de lâcher, parce que ce serait la chose la plus facile à faire pour moi. C’est encore plus difficile pour moi de rester en place en tant que maire que de passer à travers de ce que je passe. Je vais finir mon terme et oui je vais rester maire parce qu’il y a des gens qui ont encore confiance en moi. »

Le conseil municipal du Canton de Fauquier-Strickland

Photo : Renée-Pier Fontaine

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La période de questions qui a suivi était nuancée cette fois. La grogne se faisait encore ressentir et un huis clos a poussé les citoyens à sortir. Peter Konopelky était prêt, pétition et stylos à la main, à faire signer ceux qui souhaitaient que la mairesse démissionne.

Photo : Renée-Pier Fontaine

« Je vais retourner chez moi ce soir et dans mes temps libres, je vais m’assoir et continuer à travailler sur mes idées, et s’il le faut je vais louer une bâtisse pour apporter le monde ensemble et qu’ils puissent m’écouter sur ce qu’on pourrait faire puis se mettre ensemble. Après ça, on pourrait convaincre la mairesse et les conseillers de nous aider », affirme le citoyen engagé, qui n’entend pas arrêter de se battre pour sa communauté de sitôt.

Le député Guy Bourgouin était sur place à la demande de membres du conseil municipal, pour répondre aux questions des citoyens et parler davantage de ses efforts pour mettre de la pression au gouvernement afin que des actions concrètes s’accomplissent plus rapidement.

Un couple de citoyens prend part à la période de questions

Photo : Renée-Pier Fontaine

À l’extérieur, les citoyens interrogés ont trouvé la soirée longue, dans une atmosphère lourde et rigide. Plusieurs trouvent également que l’anglais l’emportait sur le français : « La majorité du village, ceux qui sont locaux, qui ont grandi ici, on est tous français. » « C’était 100 % francophone ici quand on était enfant et là ça reviré de bord pas mal », ajoute un autre homme.

Il poursuit en affirmant que ceux et celles qui sont venus s’établir à Fauquier-Strickland durant les dernières doivent maintenant le regretter amèrement. « Tu ne peux plus te débarrasser de ta maison, comment vont-ils faire pour vendre ? Il y a des maisons à vendre en ce moment, ils ne vendront pas leurs maisons à moins qu’ils les donnent ! Quand ils vont demander combien coute le chauffage, etc., les acheteurs vont faire le saut lorsqu’ils voient que les taxes sont 9 000 $. »

Les idées de développement énoncées par Peter Konopelky sont certainement intéressantes, mais l’autre citoyen reste réaliste : « Bâtir des affaires c’est certain que ça va être bon pour la ville, mais qui veut venir ? Quand on regarde ça, il n’y a plus d’école, plus d’épicerie, plus de station de gaz, plus rien ! C’est dur pour une industrie d’envisager venir s’établir ici. »

La situation financière critique du Canton de Fauquier-Strickland demeure un dossier précaire, avec éventuellement des solutions plus concrètes pour faire face à la dette et garder les services municipaux en place.