C’est après sa retraite, à 54 ans, que Mme St-Jules a découvert les missions humanitaires. Alors qu’elle passait ses hivers en Floride, elle a commencé à suivre des cours d’espagnol. Une rencontre au YMCA avec une femme responsable d’un groupe de bénévoles lui a ensuite permis de se joindre à une équipe spécialisée dans la distribution de lunettes usagées.
Au fil des années, ses voyages l’ont menée notamment en Haïti, au Salvador et au Mexique. Les lunettes recueillies étaient nettoyées, réparées et classées selon leur prescription avant d’être distribuées aux personnes qui en avaient besoin. Les bénévoles tentaient également d’orienter les patients vers d’autres ressources lorsque leurs besoins dépassaient les services offerts par la mission.
Certaines rencontres sont restées gravées dans sa mémoire. Mme St-Jules se souvient notamment d’une femme salvadorienne prénommée Lucia, qui avait fui la guerre avec ses enfants, craignant que son fils de 12 ans soit enrôlé de force.
«On avait trois paires de souliers pour la gang», raconte Mme St-Jules en évoquant le récit de cette femme, qui avait dû marcher avec ses enfants pour quitter le pays. Lucia avait également confié que son mari l’avait abandonnée parce qu’elle avait trop d’enfants.
La rencontre a pris une signification particulière lorsque Mme St-Jules lui a remis les lunettes de son mari décédé. La femme était profondément reconnaissante de recevoir une paire adaptée à sa vue.
D’autres situations lui ont permis de constater les limites des missions, mais aussi leur portée. Elle raconte notamment le cas d’un jeune garçon qui avait besoin d’une opération, mais dont la famille n’avait pas les moyens de payer les soins. Après en avoir discuté avec le responsable du groupe, des fonds ont été réunis pour permettre à l’enfant d’être transporté vers un hôpital.
Les conditions de travail et d’hébergement étaient parfois rudimentaires. Lors de son premier voyage en Haïti, l’équipe travaillait dans une petite cabane au sol de terre battue, sans électricité. L’eau chaude et les installations confortables n’étaient pas toujours au rendez-vous. Les bénévoles devaient aussi s’adapter aux consignes de sécurité dans certains pays.
Pour Mme St-Jules, il faut surtout faire preuve de souplesse et d’un bon esprit de coopération pour participer à ce type de mission. Elle a notamment travaillé comme traductrice, tout en prêtant main-forte selon les besoins de l’équipe.
La sécurité représentait également une préoccupation à certains endroits. Elle raconte avoir vécu quelques situations inquiétantes, par exemple dans des lieux où il était déconseillé de sortir seule le soir. Les bénévoles devaient respecter certaines consignes et rester en groupe. Malgré ces moments de crainte, elle affirme avoir apprécié ses expériences et les liens créés avec les personnes rencontrées.
Selon Thérèse St-Jules, les principales qualités nécessaires pour participer à ces missions sont la souplesse, l’esprit de coopération et la capacité de s’adapter. Il faut aussi être disponible, puisque les voyages demandent du temps et peuvent nécessiter de s’absenter de son travail. Les bénévoles doivent être prêts à accomplir différentes tâches selon les besoins du groupe. Elle-même a notamment agi comme traductrice pendant ses séjours.
Ses voyages ont pris fin avec la pandémie de COVID-19, qui a entraîné l’interruption des missions. Elle n’a ensuite pas repris les déplacements, entre autres en raison du coût devenu trop élevé des assurances avec l’âge. Elle garde néanmoins de nombreux souvenirs de ces années, dont certains partagés avec ses deux fils, qu’elle a emmenés en voyage alors qu’ils étaient déjà dans la quarantaine.
La publication de Let There Be Light est arrivée presque par hasard. Mme St-Jules écrivait ses histoires en anglais à la demande de membres anglophones de son groupe. Elle a ensuite partagé certains textes dans un club d’écriture. Un auteur lui a proposé de l’aider à publier ses récits sans lui facturer ses services.
Son livre rassemble une partie des histoires vécues au cours de ses voyages. Elle espère ainsi faire connaître les réalités rencontrées et rappeler l’importance de donner les lunettes dont on ne se sert plus.
Mme St-Jules recueille toujours les lunettes usagées. Des démarches sont également envisagées avec Linda Proulx, responsable de la mission Esperanza en République dominicaine, afin de vérifier la possibilité d’en récupérer pour de futurs voyages.
