Wayne Neegan, membre de la Première Nation de Constance Lake résidant à Hearst, et sa conjointe Elisabeth Labrie, ont tous les deux accordé une entrevue au journal Le Nord pour parler de cette journée et de ce qu’elle représente pour eux.
Bien que les rapports officiels mentionnent que l’existence des écoles résidentielles s’étend de 1870 à 1976, certaines archives historiques et juridiques reconnaissent leur fonctionnement jusqu’en 1997. M. Neegan s’est remémoré ce fléau qui a fait que plusieurs enfants qui fréquentaient ces pensionnats ont disparu ou ont perdu la vie.
Pour lui, ce qui est important à retenir en cette période proche de la célébration de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation est d’expliquer aux gens ce qui s’est exactement passé et de poursuivre la réconciliation.
«Après la fin de tous ces évènements, ce qui est important, c’est de s’assurer que la langue, la culture et l’histoire des Premières Nations occupent une place et restent toujours présentes», affirme Wayne Neegan.
Il a ensuite insisté sur le fait que parmi les aspects importants à promouvoir lors de cette journée figure la conscientisation, car en prenant l’histoire du Canada dans son ensemble ces faits vécus par les Autochtones constituent l’un des plus douloureux du pays, mais ont longtemps été oubliés et les gens sont restés silencieux avant que cette initiative ne voie le jour ces dernières années.
«La réconciliation doit être faite des deux côtés», dit-il, précisant qu’il faut que l’histoire soit connue de tous les Canadiens, qu’ils soient Autochtones ou non-Autochtones, car c’est ce qui la facilitera.
«Chaque année, il y a une marche qui est organisée à Constance Lake pendant l’après-midi. Et puis, les enfants de l’école, les employés de l’école et ceux qui travaillent à Constance Lake participent à cette marche en portant leur chandail orange, avec des pancartes en main (…). En étant présent et visible dans la communauté pendant cette journée-là, c’est une forme de soutien pour les aînés qui ont fréquenté ces écoles ou pour ceux qui en ont subi les impacts principaux», explique Wayne Neegan.
Selon lui, toutes ces activités doivent aller dans le sens de reconnaître le passé dans son ensemble et de trouver des mécanismes sous forme de guérison collective pour les familles qui ont eu un contact direct avec les écoles résidentielles, mais aussi de permettre aux jeunes de comprendre l’Histoire.
Wayne Neegan est employé depuis 12 ans pour le Band Office, au département des terres et ressources à Constance Lake, et il constate qu’au niveau gouvernemental, il y a quand même des avancées avec des programmes, des fonds disponibles et accessibles à différents niveaux, entre autres dans les domaines de l’éducation et des médias, qui jouent des rôles importants tout en faisant en sorte que les Autochtones demeurent visibles et entendus.
Le mot magique qu’il entend le plus souvent en termes de rapport entre le gouvernement et les Premières Nations, c’est «partenaire», surtout sur le plan du développement économique. Ce qu’il considère comme faisant partie des impacts positifs de la réconciliation.
Quant à sa conjointe, Elisabeth Labrie, elle reconnaît l’importance de cette Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, mais ne se limite pas seulement aux écoles résidentielles, même si elle représente l’une des formes de politiques les plus «dévastatrices et destructrices».
«Je porte un chandail orange non pas parce que je dois faire une entrevue avec vous. Nous, on met nos chandails oranges n’importe quand. Oui, il y a une signification pour cette journée-là, mais le chandail orange, on peut le mettre n’importe quand durant toute l’année.»
D’après Mme Labrie, cette histoire a laissé beaucoup de conséquences que les personnes d’origine autochtone continuent de subir, citant des problèmes d’anxiété, de dépression, de stress et de résilience, surtout chez les jeunes.
La seule chose qu’Elisabeth Labrie trouve dommage, c’est qu’il n’y a pas de journée de célébration le 30 septembre du côté de la communauté de Hearst, et ce n’est pas nouveau. Mais elle constate depuis quelques années qu’il ne se passe rien comme activité.
«Ce n’est pas parce que ça nous choque, mais ça nous questionne, absolument. À Kapuskasing, il va y avoir quelque chose pour la journée du chandail orange, à Timmins, et on voit les autres petites communautés comme Cochrane où il y a des activités. Mais, ici, il n’y a rien.»
