Pour mieux comprendre ce phénomène, Miriam Mitron, conseillère en toxicomanie au service de Toxicomanie Cochrane-Nord Inc. de Hearst, nous a accordé une entrevue afin de décrire les causes, les enjeux liés à ces substances ainsi que le rôle qu’elle joue en tant que professionnelle.
«C’est sûr que plus quelqu’un commence à consommer jeune, plus il peut y avoir des risques de développer des signes de dépendance. Mais, ce n’est pas le cas de tout le monde. Chaque personne est différente, vraiment. Donc, parfois il y a des gens qui n’ont pas consommé pendant toute leur vie. Ils vivent des choses et puis la consommation vient répondre un peu à un besoin, à un certain moment de leur vie.»
Le risque de développer les signes de dépendance qui peut conduire au trouble de toxicomanie, aussi appelé trouble lié à l’usage de substance ou dépendance, selon Mme Mitron, pourrait être augmenté par la consommation précoce des substances.
Par ailleurs, pour les éléments qui peuvent causer la dépendance, la conseillère a mentionné qu’un deuil, la perte d’un être cher ou une chose importante, pourrait également accroitre le risque qu’une personne développe un trouble de toxicomanie.
«Moi, je rentrerais le deuil dans les stresseurs ou dans les traumatismes de la vie. Parce que tous les gens vivent différents stress à différents moments dans leur vie. Et puis, le deuil est vécu différemment aussi chez les gens, selon leur relation avec la personne. Donc, parfois il peut y avoir des blocages au niveau du deuil. Et puis, une personne peut se virer vers la consommation ou peut développer aussi des difficultés au niveau de la santé mentale.»
«Je ne dirais pas que quelqu’un qui a vécu un deuil a plus de chance de se tourner vers les substances, mais plus les gens qui ont vécu plus de stresseurs et plusieurs traumatismes. C’est un élément et une chose parmi tant d’autres qui peuvent influencer l’addiction.»
En tant que spécialiste, Miriam Mitron a évoqué l’aspect politique en citant la prohibition qui désigne une politique publique où le gouvernement rend illégal la production, la distribution ou l’usage d’un produit jugé dangereux ou moralement inacceptable.
«La prohibition pour les drogues illégales, c’est sûr que ça contrôle. Pour ce qui est vraiment du cannabis et de l’alcool, comme dans le passé lorsqu’ils les ont prohibés, ce n’est pas nécessairement une solution parce que ça va se vendre sur le marché noir.»
D’après Mme Mitron, le cannabis qui est vendu dans un magasin, comparé à la vente sur le marché noir, c’est très différent, car au magasin ça peut être plus contrôlé au niveau de la qualité du produit.
Toutefois, elle apprécie du côté du gouvernement les ressources qui sont disponibles au niveau de la prévention dans les agences communautaires et les écoles également.
Par contre, la conseillère a mentionné aussi l’aspect culturel, soulignant que si «on habite dans une petite ville», il y a quand même une culture de consommation par rapport à l’alcool, qui est présent dans les restaurants et partout.
Ce n’est pas juste au niveau du gouvernement, mais c’est plutôt au niveau de la culture elle-même que les gens vont boire ou emporter une bouteille de vin à un souper. Donc, ça fait partie de notre environnement. Quelqu’un qui a un problème d’alcool a souvent plus de difficultés à le reconnaitre parce que, justement, c’est tellement partout. C’est normalisé comparativement, peut-être, aux drogues illégales.
Cependant, la conseillère a partagé avec nous quelques informations concernant la consommation en se basant sur un document de référence qu’elle utilise dans son domaine de travail, provenant du Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances.
Selon les plus récentes recherches de cet organisme, «boire moins, c’est mieux (…). Il n’y a pas de quantités ni de sortes d’alcool bonnes pour la santé. Que ce soit du vin, de la bière, du cidre ou un shooter d’alcool fort, ça ne change rien. Boire de l’alcool, même en petite quantité, entraine des conséquences pour tout le monde, peu importe l’âge, le sexe, le genre, l’origine ethnique, la tolérance à l’alcool ou encore les habitudes de vie.»
Pour les gens qui veulent obtenir des ressources locales sur l’usage de substance ou la dépendance, Miriam Mitron vous invite à visiter les Services de Toxicomanie Cochrane-Nord Inc. de Hearst pour avoir de l’aide.
«Nous, vraiment, on accueille les gens où ils sont et on les guide vers où ils veulent être», souligne Mme Mitron, précisant que leur rôle est tout à fait différent d’un centre de traitement qui prône l’abstinence totale à ses patients.
