le Mercredi 3 juin 2026
le Lundi 27 octobre 2025 11:08 Santé

L’Ontario peine à recruter des médecins dans les régions francophones

  Photo : Générée par IA / Le Nord
Photo : Générée par IA / Le Nord

En Ontario, environ 2,3 millions de personnes n’ont pas de médecin de famille, selon l’Association médicale de l’Ontario (AMO). Ce problème est lié au manque de recrutement de nouveaux médecins, notamment dans les régions francophones. Plusieurs communautés, surtout dans le Nord et en milieu rural, sont à la recherche active de médecins.

L’Ontario peine à recruter des médecins dans les régions francophones
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Pour examiner cette situation, France Gélinas, députée provinciale de la circonscription de Nickel Belt, dans le nord-est de l’Ontario, était à l’émission L’info sous la loupe sur les ondes de CINN 91,1 afin de détailler les problèmes liés au recrutement de médecins, plus précisément ce qui concerne les ententes de partenariat de la province avec d’autres pays.

Photo : France Gélinas/Facebook

Un manque de médecins dans le nord de l’Ontario

Députée depuis 2007, porte-parole du Parti néodémocrate (NPD) en matière de santé et de services sociaux, ainsi que sur les questions touchant les affaires francophones, Mme Gélinas plaide pour que la province conclue des ententes ou des partenariats avec d’autres pays, car cela pourrait aider à attirer de nouveaux médecins et à les installer dans les régions où il manque du personnel de santé pour assurer un bon service à la population.

Selon Mme Gélinas, tous les pays ayant réussi à conclure des ententes de partenariat pour le recrutement de médecins en Ontario sont des pays anglophones. Cela fait en sorte que, dans certaines régions de la province, il existe un manque énorme de médecins de famille, notamment dans certaines villes du Nord.

« Je l’ai rapporté plusieurs fois, de dire qu’avoir des ententes ça aide à apporter de nouveaux médecins, en les amenant dans des régions insuffisamment desservies. »

Étant psychothérapeute de formation et ancienne directrice du Centre de santé communautaire de Sudbury, la députée de l’opposition a souligné qu’il y a des francophones en Ontario et qu’il serait souhaitable d’établir également des ententes avec des pays francophones. Cependant, à son avis, le gouvernement ne l’a jamais fait.

La députée plaide pour des ententes avec des pays francophones

Ils savent que c’est leur responsabilité, affirme France Gélinas, tout en reconnaissant que les ententes fonctionnent bien. Mais, jusqu’à présent, il n’y a eu aucune démarche ni volonté d’établir des ententes collatérales avec des pays où le recrutement de personnes francophones serait tout à fait possible.

« Il y en aurait en France, en Belgique, le français, ça se parle partout : du Luxembourg, dans plusieurs pays d’Afrique et dans plusieurs pays un peu partout. Mais, non, le gouvernement n’a pas cru que c’était quelque chose qui en valait la peine. »

Dans son rôle de députée et en tant que Franco-Ontarienne, Mme Gélinas a mentionné qu’à chaque fois qu’elle interpelait ses collègues du gouvernement de l’Ontario au sujet du recrutement de médecins à l’étranger, ils répondaient que le programme fonctionne bien et qu’ils sont très fiers d’attirer des médecins tout en s’assurant qu’ils travaillent dans des régions insuffisamment desservies.

Mais, lorsque j’amène le point, il y a beaucoup d’endroits où on a besoin de médecins qui parlent français. Nous aussi, on est sous-desservis. Ils répondent par “ah bien”, et s’arrêtent là. Et ils ne disent rien en tout.

La députée a rappelé qu’elle est politicienne depuis assez longtemps et que ce qu’elle a lu entre les lignes, c’est qu’ils ne sont pas fiers de ce qu’ils sont en train de faire. Mais, ils n’ont aucune intention de le changer.

« Les ententes avec les pays anglophones ont commencé par les libéraux lorsqu’ils étaient au pouvoir en Ontario. Mais, ça s’est accéléré sous les conservateurs depuis 2018. »

De plus, selon l’opposante, certains pays comme la Belgique sont prêts à conclure une entente avec l’Ontario afin de se développer conjointement, notamment sur les aspects liés aux affaires francophones, dans l’intérêt des deux parties.

« Lorsque j’étais présidente de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, on a accueilli la Belgique ici. Le président de l’Assemblée est venu jusque chez nous dans le nord de l’Ontario. Ils sont venus souper chez moi, on leur a expliqué tout ça et ils sont très ouverts à des ententes. Mais, moi je suis en opposition, je ne suis pas dans le gouvernement. J’ai partagé tout ça avec le gouvernement et ça n’a rien changé. »

Cependant, d’après France Gélinas, en tant que députée de l’opposition, elle a le droit de faire des propositions de loi, bien sûr, mais celles-ci ne doivent pas entrainer de couts, même si une entente entre deux pays demande juste à être développée.

« Ce n’est pas une mauvaise idée un projet de loi, mais moi je ne donne pas de faux espoirs aux gens. Depuis qu’on a le gouvernement conservateur en place, des projets de loi de l’opposition qui ont été acceptés, on les compte sur les doigts d’une main. Et ça fait sept ans qu’ils sont là. »

En outre, les ententes de partenariat avec d’autres pays, notamment la Belgique, sont à plusieurs niveaux, indique Mme Gélinas. Ça peut vouloir dire qu’une certaine partie de la formation pourrait se dérouler soit en Belgique, soit en Ontario.

« On a beaucoup de choses en commun avec la Belgique. Si tu regardes du côté du système de la garderie qu’ils ont mis en place, parce qu’en Belgique, ils ne parlent pas seulement le français. Mais ils ont trois langues officielles (…). Il y a des choses qu’on fait bien ici en Ontario, mais il y a des choses qu’on pourrait copier et coller de la Belgique. »

Pour la députée, l’idée est de se rapprocher afin d’en apprendre davantage l’un de l’autre et de mieux comprendre comment les conseils scolaires francophones ont été mis en place en Ontario. D’un autre côté, Mme Gélinas a également souligné l’intérêt que la Belgique pourrait avoir à collaborer avec la province sur certains aspects qu’elle aimerait reproduire à partir de l’exemple ontarien.

« On est deux démocraties où la francophonie est une langue reconnue, mais minoritaire », explique-t-elle.

L’opposante dénonce la privatisation du système de santé

La députée Gélinas admet que la santé constitue la plus grande priorité du gouvernement provincial et que ses investissements dans ce domaine atteignent près de 84 milliards de dollars. Cependant, elle dénonce la mise en place de cliniques privées, car ces dernières ne sont pas soumises à la Loi sur les services en français.

« Pour nous, les francophones, le gouvernement qu’on a en place en ce moment a une priorité pour la santé, c’est la privatisation. Il essaie de mettre en place le plus de cliniques privées pour commencer avec les tests diagnostiques. Et là, ça s’en va avec les chirurgies, genou, hanches, etc.  Et puis, c’est toujours la même chose, notre système de santé, il est couvert par la loi sur les services en français (…). À date, ces cliniques privées n’ont aucun intérêt à nous desservir, nous les francophones. C’est la priorité, ils sont en train de construire des cliniques de millions de dollars pour faire des chirurgies pendant qu’on a, nous autres, des salles d’opération vides. Parce qu’on n’a pas suffisamment de chirurgiens. »